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Auteur Sujet: Romans, nouvelles, poésies etc.  (Lu 1658 fois)

Joe Gonzalez

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Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #15 le: juin 15, 2012, 10:06:54 »
Tu es décidément un garçon plein de bon sens. Paul Gadenne, c'est une super idée après Proust. Mon professeur de littérature, à l'Université d'Agen (j'étais en fac d'Anglais), était une sorte de spécialiste de Gadenne, il avait prété à mon frère (quelques années après, dans le même cursus) des bouquins de lui. J'aime beaucoup Gadenne, c'est light. C'est bien écrit, un brin fin de semaine, un brin mélancolique, un brin pessimiste, mais toujours light. C'est l'inverse de l'extrême. Après Proust, ça va te donner un grand bol d'air (du Sud, je pense, ça dépend ce que tu lis) et te donner le temps de décompresser de l'imposant Combray avant, peut-être, de t'attaquer à un autre gros et grand morceau (la suite du Temps de Proust, ou Céline, ou autre).


J'ai commencé à regarder "Un Amour de Swann", de Volker Schlondorff, avec Jeremy Irons, Fanny Ardant, Ornella Mutti et Alain Delon. C'est plutôt pas mal !
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Brice

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Re : Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #16 le: juin 17, 2012, 07:55:57 »
Je sais, pour l'originalité on repassera.  :kaboomboom:

C'est plein de préoccupations bourgeoises, il y a des mots qui sont même pas dans mon Larousse...non non, en fait, j'adore. Je le lis par petits bouts, une trentaine de pages par jour, c'est mon shoot quotidien de Combray, ça me donne envie de manger des asperges (alors que j'aime pas ça), de lire Anatole France, de déjeûner à 11h le samedi, d'aller à la messe, d'avoir une vieille tante à moitié gaga...c'est surtout merveilleusement beau et introspectif, c'est comme un tableau dans lequel on rentre sans vouloir sortir.

Après je compte lire Paul Gadenne. Any connoisseurs ?


Je l'ai terminé (avec beaucoup de difficultés) il y a 2 ans. C'est vrai que c'est beau, avec des mots compliqués et tout. A l'époque, je voulais me faire toute la saga, mais j'ai abandonné après celui la. En fait, je me suis rendu compte que les mœurs bourgeoises de l'époque ne m'intéressaient pas du tout finalement. Ça a été un calvaire de le finir.
Tu as lu le premier tome, Matt?

Je suis encore moins original puisque je viens de finir Millénium (1). Je précise que je n'ai vu aucun des films. Je me tâte à poursuivre la série. j'ai trouvé que la première histoire se suffisait à elle même. A votre avis, les autres volumes valent le coup?

Joe Gonzalez

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Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #17 le: juin 18, 2012, 10:06:21 »
Jamais lu.
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Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #18 le: juin 19, 2012, 10:54:09 »

Etrange lecture pour un livre hors du commun. Après Siddartha, j'y allais les pieds devant, décollés du sol, sans souci peur de rien peur d'un chien, et je me suis pris un carton avant même la mi-temps.

C'est en trois parties, voire quatre, et la forme est aussi étonnante que le contenu. D'abord une "note de l'éditeur" dans lequel ce dernier (une sorte de narrateur introductif) explique qu'un certain Harry Haller venu loger chez sa tante l'a séduit avec ses drôles d'habitudes de misanthrope un peu snob. Le narrateur explique comment il a envisagé ce personnage étrange et comment après sa disparition il a décidé de publier une partie de ses carnets, trouvés dans sa chambre. On est alors lancés dans les carnets de Haller, qui se définit sans arrêt comme un "loup des steppes", une métaphore schizophile de la misanthropie et qui se met en scène dans ses carnets, dans une sorte d'autofiction. Très vite, il tombe lors d'une balade semi-onirique sur un homme étrange qui lui tend un petit livre qui semble parler de lui, le "Traité sur le Loup des Steppes", où il est question de suicide, des Immortels et de la division de la personnalité de Harry lui-même. Après cela, les carnets reprennent et l'histoire de Harry s'emballe totalement, à partir d'une nuit de désespoir où il rencontre par chance une jeune femme qui le mènera vers une meilleure connaissance de lui-même, vers une plus grande fragmentation encore de son être et, peut-être vers la mort de l'un d'entre eux.

Comme je m'y attendais, Hesse est encore une fois tout sauf obtus, son style est clair et parfois un peu niais, surtout au début, et notamment tout au long du "Traité sur le Loup des Steppes" où il se montre didactique de façon un peu poussive. J'avoue avoir presque remballé le livre à ce moment-là. Pourtant, très vite, on sort de ces répétitions un peu ringardes du terme un peu ringard de "Loup des Steppes" (au début du livre, ce terme revient si souvent que j'en avais la nausée). Dès lors que Harry se laisse aller à son aventure, à son apprentissage, on entre dans un très grand livre, dans la lignée de Siddartha.

Hesse use donc d'une forme extraordinaire comme d'une aventure fantasmatique et bizarre (j'ai parfois songé au Romain Gary des Clowns Lyriques, avec cependant quelque chose d'encore plus "fantastique") pour donner sa vision d'un monde petit-bourgeois à l'aube de la Seconde Guerre (on est en 1927 en Allemagne) qu'il critique farouchement. La mort que Harry poursuit mais dont il a une peur bleue c'est celle de ces bellicistes bourgeois qu'il croit combattre. Seulement, Hesse ne nous laisse pas seuls face à un monde qu'il veut mettre à terre, et propose, comme dans Siddartha de l'amour, une philosophie et un idéal basés sur la psychologie (le roman est très inspiré par ses propres expériences auprès de Carl Jung) et la quête des Immortels (Mozart, Goethe) et de l'immortalité (pas littérale, spirituelle) par l'acceptation de la multiplicité de la personnalité et de l'accomplissement de tâches plus grandes que l'existence.



(Hermann dans ses oeuvres)

C'est un très beau roman assez étrange et dont tout le final, du bal masqué au long voyage dans le théâtre des insensés, est à la fois somptueux et assez fin pour se révéler convaincant, malgré l'incongruité du devenir des personnages (Haller tire le catogan de Mozart) et la distance-même qui tient du fait que l'on soit en train de lire une fiction écrite par un personnage de fiction.

Je vous le recommande chaudement !
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Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #19 le: juin 27, 2012, 11:40:50 »

Ce livre, sorte d'autobiographie de Stefan Zweig, est une mine, dans tous les sens du terme.

Zweig y raconte de son propre point de vue, non pas les épisodes précis de sa propre vie, mais la façon dont tout au long de sa vie, de 1881 à 1941, il a observé l'Europe se transformer, ce "Monde d'Hier" qui à Vienne avant 1914 était symbolisé par l'Empire des Habsbourg et sa stabilité proverbiale, il l'a vu sombrer, contre sa volonté de pacifiste européen, d'européen pacifiste, par deux fois.

C'est une mine d'or en cela qu'on y suit tout de même la vie de Zweig et son évolution dans le métier de littérateur, de ses débuts enthousiastes au lycée, lorsque Rilke et Von Hofmannsthal lui montraient la voie, à ses rencontres fructueuses avec Emile Verhaeren, Rodin, Romain Rolland, Sigmund Freud, et bien d'autres, jusqu'à sa collaboration dans les années 30 avec Richard Strauss. On y découvre l'Europe d'alors, au gré de ses voyages, l'Europe où l'on pouvait aller sans papiers, sans passeport. On y découvre des auteurs que l'on ne connait pas suffisamment ou que l'on découvre sous un jour plus familier, qu'ils soient viennois(les Schnitzler, Kraus, ...), anglais (Shaw et Wells), français ou belges (Rolland, Valery...) et même italiens. L'apprentissage du métier et la façon dont Zweig se construit dans cette vieille Europe ont quelque chose d'attirant, de charmant, on a envie de connaitre une telle paix, qui semble plus durable que la nôtre et ne l'était pas forcément.

Mais ce livre mine aussi le moral de quiconque n'a pas suffisamment en tête la trivialité de la guerre qui emporte tout, en 1914, qui arrive soudainement et est portée par les journaux, les bellicistes de tous bords. Et puis il y a la paix et la misère, l'inflation, la dévaluation, la folie. Et la façon dont Zweig raconte la montée de Hitler (dont le nid d'aigle était visible depuis la maison de Zweig à Salzbourg), comment personne n'a rien vu venir, comment tout le monde a laissé faire, pensant que "ça ne pourra pas durer", et comment la fuite est devenue nécessaire et pesante, voilà qui a de quoi miner le moral et réveiller les consciences, même 70 ans plus tard.

J'ai adoré ce livre et la façon dont Zweig fait se cotoyer enthousiasmes pour la paix, l'art et l'amitié entre les peuples, et l'angoisse d'un apatride face à la haine et à la violence qui peuvent surgir à tout moment.
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Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #20 le: juin 28, 2012, 12:44:54 »

Ma première lecture de Kraus a été sinon apaisante au moins passionnante. Je passe sur le texte d'introduction de Benjamin qui est un peu trop intellectualisant et dont le style m'a laissé froid pour en venir au sujet : il s'agit d'une demi douzaine d'articles, de longueurs variées, issus de la Fackel, la revue/journal anti-presse de Kraus et datés du début du 20ème siècle (de 1909 à 1918 et on sent le ton changer au fil des années).

Que dire sinon que c'est très fin, alambiqué et qu'à partir d'évènements triviaux (la "découverte" du Pôle Nord, le meurtre d'une femme blanche à Vienne dans le quartier chinois) ou d'observations aigres (la façon dont la Presse allemande et autrichienne poussait les pays vers la guerre), Kraus établit avec un ton violent, péremptoire mais pas dénué de pédagogie, d'humour et de poésie, les responsabilités qui incombent à ceux que l'on ne considérait pas alors comme responsables de chacun des maux sociétaux qui les accablaient : les petits et grands bourgeois, les journalistes, les intellectuels, les publicistes, et la morale du Vienne d'alors.

Il faut lire Kraus parce qu'il tape juste (et malgré ses propres torts et ses propres choix douteux, il ne manque jamais une occasion de mettre son ego sur-dimensionné en avant pour montrer qu'il n'est pas aveugle à ces torts) et parce que les victimes de ses frappes sont diablement d'actualité.
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Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #21 le: juillet 12, 2012, 04:49:07 »
On m'a offert de nombreux livres le weekend dernier, pour mon anniversaire. Je n'ai pas encore terminé de lire celui-ci (ça ne sera pas bien long tant je le dévore !) mais j'ai déjà envie d'en parler ici !


Et j'embraie de suite en vous citant un passage qui m'a beaucoup plu, dans une lettre adressée il y a 134 ans depuis Paris par un Maupassant employé de Ministère (de la Marine) à son ami et maitre Flaubert dans sa Normandie :

"Je ne comprends plus qu'un mot de la langue française, parce qu'il exprime le changement, la transformation éternelle des meilleures choses, et la désillusion avec énergie, c'est merde.
Le cul des femmes est monotone comme l'esprit des hommes. Je trouve que les évènements ne sont pas variés ; que les vices sont bien mesquins ; et qu'il n'y a pas assez de tournures de phrases. "


Ah quel régal que ces échanges, qui vont de l'entremise concernant telle ou telle affaire (faire muter Maupassant d'un Ministère à un autre, pour sa santé mentale, récupérer quelque chose l'un pour l'autre...), à la prise de nouvelles (de la maman de Maupassant, amie d'enfance de Flaubert, ou d'amis écrivains tels Zola, Tourgueniev et d'autres...) en passant par la franche camaraderie de deux compères tantôt sérieux à propos de leurs ennuis, tantôt franchement lubriques, comme ce passage d'une lettre de Flaubert, alité à la suite d'une fracture :

[justify]"Les lubricités que nous disons ma soeur grise et moi me causent des accès de priapisme courts mais énergiques.
Depuis hier je peux me lever et je ne suis plus obligé de chier dans mon lit, grand soulagement.
Je vous embrasse.[/justify]
Gv Flaubert.
[justify]Je me touche en pensant à vous.[/justify]
Soeur Clitoris."

On suit par ailleurs, entre 1973 et 1980, la complicité grandissante des deux amis qui commentent la progression du "Bouvard et Pécuchet" que Flaubert fait avancer et pour certains passages duquel il demande l'aide de Maupassant, concernant des lieux qu'il lui faut mieux connaitre.
On entrevoit aussi un peu de la politique de la fin du 19ème siècle, telle que vue par ces grands littérateurs (Zola qui court après sa Légion d'Honneur et la manque à chaque fois) sans doute peu républicains d'ailleurs. On entrevoit, chez eux, une noblesse d'artistes très critiques de leur époque et des ultradémocrates, quelque chose qui doit faire d'eux de passifs défenseurs d'un royalisme éclairé mais rien n'est bien avancé.
Toujours est-il que ces manières de s'adresser l'un à l'autre, avec respect, formules bien pendues, admirables ou simplement farceuses, voilà qui est un plaisir de lecture délectable ! Comment aurais-je pu trouver meilleure publicité pour "Bouvard et Pécuchet" que je rêve désormais de dévorer. Et "Une Vie", ce roman que Maupassant délaisse parce que rentrant tard chaque soir de son ennuyeux travail de Ministère, il n'a plus la force de s'y mettre, qu'il peut m'évoquer de choses !

Je vous recommande activement ET cette correspondance ET les éditions de La Part Commune, dont je suis tombé amoureux pour leur format, leur papier et leur mise en page. Un vrai plaisir de lecteur !
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Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #22 le: juillet 12, 2012, 04:49:26 »
Terminée la correspondance des deux amis, terminée avec la vie de Gustave, inopinément close par du sang dans la tête, et sur une série de coups de sangs relatifs au procès avorté de Guy et aux impayés de son éditeur.

J'ai enchainé avec Gailly :



Très court, j'ai bien du mal à appeler un roman ce qui représente plutôt une courte nouvelle mais Minuit étant Minuit, soit. J'ai aimé la façon dont Gailly mêle torrents de pensée (celui de l'homme, celui de la femme, le sien, et parfois des bribes de ceux qu'ils croisent), mise en abyme, et ultradiégétisme avec une sorte de plaisir solitaire avoué. Il cite Joyce à dessein en guise d'introduction et aurait pu ajouter Perec sans choquer quiconque. J'ai aimé voir Paris, et un trajet que je connais par coeur qui plus est, raconté en 1993, lorsque téléphones portables ne voulait rien dire. J'ai trouvé beaux cette irruption d'un bel homme mûr dans le métro, chantant en Allemand un lied de Schubert, ainsi que la stonsba finale dans les escaliers.

Je goûte un peu moins deux choses que je trouve récurrentes (par essence, par style) chez Gailly et que j'ai donc retrouvées ici : une sorte de sentiment général, d'ambiance dirons-nous, un peu malaisante me concernant, et qui consiste en le manque de vigueur, de grandeur, de volonté, de force chez beaucoup (tous ?) des personnages. Il y a chez eux une peur, une faiblesse, une mort sourde, quelque chose de moribond, de dépassé... Ils suivent leur chemin comme un fil d'Ariane sans jamais ou presque initier rien du tout, ils se laissent aller, et le narrateur (Gailly) le dit lui-même, et les critique, se critique sans doute lui-même. Ca n'est pas un reproche parce que c'est son style et son personnage, c'est lui enfin ; mais ça peut avoir tendance à me mettre mal à l'aise, moi qui, faible gars, ne me contente jamais (plus) du flot et cherche sans cesse à m'élever un peu plus.

L'autre reproche que je pourrais faire, c'est que si le style n'était pas si fort, si la recherche ne méritait pas tant de louanges, on se surprendrait à lire un script de cinéma, tout bonnement, et un script de cinéma, ça n'est pas de la littérature, du moins pas au sens où je l'entends. Ca n'est pas vraiment un reproche du coup, et vous l'aurez lu quelques lignes plus haut : j'ai aimé le livre. Mais si ma tante en avait, on l'appellerait "mon oncle", et dans ce cas-là, je me ferais un malin plaisir de rouster mon oncle dans les roustons. Heureusement que Gailly reste une tante, donc.
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Matt

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Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #24 le: août 30, 2012, 02:06:07 »
Je vais l'acheter ctaprem'  :D
Je suis en train de lire Le Bonheur, et c'est géant.

(depuis mon dernier message sur ce topic, après avoir fini Du Côté de Chez Swann j'ai lu L'Invitation chez les Stirl de Paul Gadenne, Voyage au Bout de la Nuit (enfin dépucelé de Céline), Le Joueur de Dosto', Le Joueur d'échecs de Zweig et Au Régal des Vermines mais tenter de parler de tout ça serait une entreprise trop conséquente)
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Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #25 le: août 30, 2012, 02:23:42 »
Fais-le en petits paragraphes ! Ca m'intéresse beaucoup. Et au passage où as-tu dégoté Le Bonheur, mon salop ?


(par ailleurs, je te serais reconnaissant d'exposer (à moi en privé ou en mail ou à tous dans le topic idoine) où en sont tes études, tes projets de vie etc  :???:
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Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #26 le: août 30, 2012, 11:55:59 »
J'ai emprunté Le Bonheur a la médiathèque de ma ville (Troyes). Je ne m'attendais pas à y trouver du Nabe alors ç'a été une agréable surprise de voir qu'ils avaient le Régal, Alain Zannini, Visage de Turc en Pleurs...(des éditions qui avoisinent les cent euros sur le net).

Finir le premier tome de la Recherche du Temps Perdu m'a immensément donné envie de poursuivre ; j'ai trouvé parfaitement mon compte dans cet univers où les détails sont tout. Durant Combray je me suis impregné de l'écriture comme rarement dans un livre ; j'avais l'impression d'en avoir des réminiscences quand en pensant je formulais des phrases dans ma tête pendant les heures suivant la lecture - le fait que je l'ai lu lentement et régulièrement a sûrement joué. J'ai adoré la manière dont la dernière partie établit un lien entre les deux premières pour entamer les tourments du coeur du narrateur vis-à-vis des Swann, dont j'espère me délecter dans le deuxième tome. Une de mes meilleurs lectures so far.

L'Invitation Chez Les Stirl ne m'a pas déçu et a même parfaitement réalisé le fantasme que je m'en faisais (même si je sais qu'aborder un livre en s'imaginant déjà ce qu'on souhaite y trouver, c'est vraiment à éviter). Faut dire que le thème d'un protagoniste invité chez des amis dans une grosse baraque ça m'enchante, depuis que j'ai lu Poe.
Ce langage léger, classieux et précis, cette maison sans fin, ces personnages au mystère presque fantômatique mais si réels après tout (Ethel !)...Un court roman vraiment excellent.

J'avais oublié de dire que j'ai aussi lu un Françoise Sagan, Dans un mois dans un an et j'ai trouvé ça absolument ignoble, superificiel, stupide. Un insipide moment ! J'ai abregé mes souffrances au bout de soixante-dix pages.

Le Joueur de Dostoïevski, un court roman également mais très puissant. Quel monde que celui de ces aristo' accros aux casinos qui font leur fortune et la dilapident aussitôt autour d'une table de roulette ! Et cette étonnante galerie de personnages russes auxquels se mêlent arrivistes et observateurs de différentes nationalités, source ambivalente de comique (certains passages avec la grand-mère sont vraiment drôles) et de tragique (leur déchéance, et surtout celle du narrateur, chute vertigineuse). Je l'ai dévoré.

Je ne saurais quoi rapporter du Voyage sans énoncer des banalités tellement tout a été dit sur ce chef d'oeuvre et son auteur.
Comme quelqu'un qui découvrirait le cinéma et essaierait de parler par exemple de Citizen Kane, c'est trop ardu...

Le Joueur d'Echecs est très bien mais ça m'a laissé sur ma faim, j'ai besoin de plus de Zweig ! (j'ai La Confusion des Sentiments sous le coude.) C'est un bref et bon récit. L'impact psychologique des procédés nazis sur le personnage de Mr.B est effrayant à imaginer, et donne une dimension inquiétante à cette nouvelle..

Concernant Au Régal des Vermines...Je ne vais pas radoter ici ce qui a été écrit dans les deux articles sur CE mais Nabe est un sacré personnage et un sacré écrivain ; malgré ma piètre connaissance des contemporains j'ai du mal à imaginer qu'il y aie eu grand-monde ces dernières décennies à atteindre aussi haut. Vraiment ça tombe bien pour moi d'avoir fait sa découverte ces derniers mois, alors que mon intérêt pour la littérature s'éveille croissant..Le Régal est une belle baffe, un coup de tatane dans la gueule de la morosité artistique, un livre à la puissance et à la virulence indéniable, un paquet de nerfs époustouflant et jouissif. Et même beau. Une verve très communicative puisque même les fois où sa pensée va à l'encontre de la mienne je trouve que ses paroles/écrits sont des bijoux. C'est le principe. J'ai lu je sais plus où qu'il disait que quand on lisait Shakespeare, l'intérêt n'était pas de "dialoguer" avec lui et d'être d'accord ou non, mais de fermer sa gueule et d'essayer de tout comprendre à son oeuvre, ses mécanismes, sans postulat de départ. Ça parait assez essentiel ici ! Et c'est d'ailleurs bien pratique d'avoir saisi l'essence du Régal pour aborder Le Bonheur.

(j'ai bien gratté finalement)
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Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #27 le: août 31, 2012, 11:43:29 »
T'as bien de la chance d'avoir trouvé autant de Nabe en médiathèque (cela dit, je ne fréquente pas les bibliothèques, j'achète, du fait de mon rythme débile - je lis 7 bouquins en même temps au bas mot).

Lis "Le monde d'hier" de Zweig ! (et la Confusion, oui).

Je n'arrive plus à me souvenir si c'est "les Stirl" que j'ai lu de Gadenne, ou un autre (l'histoire était sensiblement la même). Mon professeur de littérature, en fac d'Anglais, à Agen, était le spécialiste (français - obv) de Gadenne, M. Sarrou. Il ne m'a pas initié, il a initié mon frère Rémi, qui avait suivi mes traces dans cette classe, quelques années plus tard, et c'est Rémi, qui s'étant acoquiné de Sarrou, m'a initié à Gadenne.

Le Régal, j'ai écrit mes impressions, après l'avoir terminé il y a peu, que je n'avais pas mises ici, mais que je recopie :

(et tant qu'à faire je mets aussi mes impressions sur les trois autres Nabe que j'ai lus) :


Citation de: Joe

Le voici lu enfin ce premier livre et je ne serai pas plus chauvin que bégueule, il est meilleur dans la forme que dans le fond.

La forme : un pamphlessai sur la Littérature, sur la vie, sur Nabe lui-même et contre tout ou presque. Lancer sa carrière littéraire sur un tel crachat, je reste convaincu que c'est suicidairement osé et foutrement héroïque. Il faut avoir les glaouïes (Nabe utilise sans cesse des mots du vernaculaire marseillais de mon enfance, qu'il orthographie à sa façon) de publier ça en prétendant avoir toute une carrière devant soi (tant on pourrait l'avoir flingué dès après).

Le fond : Nabe encense le jazz et les nègres. Il fait le portrait au vitriol de sincérité de lui-même, de ses parents, de sa femme Hélène. Il énonce sa pensée (optimisto-fascisante à tendance mysogino-racisto-désespérée) et fait l'apologie de Rebatet, de Bloy (tout un chapitre sur la religion chrétienne), de Céline, de John Cowper Powys et de Sade. Il passe en revue la littérature de son temps (en une masse informe), les incroyants, les femmes, les juifs, les jeunes et fait l'apologie du Vieux. Il se veut vieux, il s'imagine dorloté et oisif, lui qui dans la vie est un "assisté" incapable de jamais travailler.

Le problème de la forme et du fond, ce qui fait de ce livre un premier livre trop gavé de vomi pour être vraiment génial, c'est que Nabe se laisse parfois dépasser par sa fougue, son dégueulis et son envie de tout casser. Les jeux de mots amusants, les belles phrases, les trouvailles littéraires côtoient un vocabulaire ordurier parfois gratuit, de même que les belles idées, les attaques fondées et méritées et les tournures d'esprit intéressantes côtoient de vaines prises de position ou d'inutiles glaviots dans des directions naïves, "adolescentes" ou injustes.

Il y a des passages fantastiques dans ce livre, épiques ! Jouissifs ! On est parfois même ému par Nabe qui raconte l'amour pour sa femme ou qui décrit ses parents comme des personnages, avec derrière les gros traits une tendresse certaine. Et d'autres, moins nombreux, il est vrai, qui laissent pantois.

Mais ce qu'il est (le livre) suffit à le justifier à la fois comme un nécessaire ouvrage et comme un fameux coup de trique précoce. 







Citation de: Joe

Justement depuis quelques jours il me manquait terriblement, Nabe. J'avais très envie de commander le premier volume de son journal intime sur son site (mais il est très cher). C'est peut-être de lire le journal de Léautaud en même temps que la critique sociétale de Jean Clair (je parlerai des deux quand je les aurai terminés) mais Nabe me manquait terriblement. Avant-hier je suis passé à la Fnac Montparnasse et regardant nonchalamment à la lettre "N" suis tombé sur ce petit livre. Une brève session de visionnage de la section "vidéo" du site web des fans de Nabe plus tard, j'étais de nouveau prêt à me régaler et ci-fait. 45 pages vouées à l'écoute religieuse et littéraire de la "Marseillaise" (rebaptisée Spirit Jokes) d'Albert Ayler, un musicien de free-jazz franchement fantastique. Je pensais Nabe prêt à partir du prétexte aylerien pour critiquer la célébration du bicentenaire des "sans-culotte sans rien dedans" en bas de ses fenêtres mais le texte n'est finalement consacré qu'à Ayler. C'est une sorte de critique musicale avec les tripes (le genre dont était coutumier Lester Bangs), que j'aurais publiée sur C'est Entendu avec un sourire carnassier, et qui met Ayler dans la peau d'un mystique subversif et qui le met en scène dans une gigantesque bataille de la guerre de Sécession tandis que son groupe et son frère Donald donnent à sa Marseillaise une dimension politique. Comme tout essai musical un brin gonzo il y a quelque peu d'éclaboussure qui ne touche pas la cible mais peu importe ! Je n'avais pas lu un aussi bon commentaire musical depuis un bail (je connais par coeur mes recueils de Bangs) et le régal est consommé !







Citation de: Joe

Une belle couverture cartonnée doucement caressée, un beau papier, pas de code-barres au dos, pas de quatrième de couverture en fait, pas même d'inscription sur la tranche, c'est là le premier livre de Marc-Edouard Nabe. C'est à dire le 28ème mais le premier qu'il édite lui-même, pour lui-même et pour ses lecteurs, sans intermédiaire douteux ou voleur. C'est aussi le premier roman d'un homme re-né. Entre 2006 et 2010, Nabe arrête. Non pas d'écrire, totalement, mais il ne poursuit pas sa "carrière" dans le milieu littéraire et de l'édition. Il ne publie que quelques tracts, poursuit en justice ses anciens éditeurs pour récupérer les droits de la majorité de ses œuvres et se lance dans l'Homme qui Arrêta d’écrire.

C'est une Bible, un Ulysse, un livre qui dans cinquante ans sera aussi impénétrable que le livre de Joyce. Ecrit à la première personne, au présent de l'indicatif, c'est un journal intime in vivo qui dure le temps d'une semaine. Le lundi matin, lâché par son éditeur, le narrateur, qui est et n'est pas Nabe, décide qu'il est temps d'arrêter d'écrire. De ce point de départ hésitant et paumé jusqu'au final onirique quelques 700 pages plus loin, l'ex-écrivain (qui n'en démord pas : il n'écrira plus !) se balade et rencontre tour à tour un blogueur métrosexuel qui l'initie au monde moderne, une jeune femme fanatique des écrivains, une masseuse, une actrice, des partouzeurs, des pédés, des représentants de l'ordre outrageants, un blogueur conspirationniste, Thierry Ardisson, Laurent Joffrin, François Busnel, Alain Bonnand, Emmanuelle Seigner, Alain Delon, Louise Bourgoin... ou plutôt leurs doubles !


(l'une des affiches promotionnelles que l'on peut encore trouver dans Paris, deux ans plus tard, notamment rue de la Glacière)

Tout du long, Nabe n'est pas exactement lui-même (son nom n'est d'ailleurs prononcé qu'une seule fois) et les personnalités qu'il croise ne sont pas non plus entièrement elles-mêmes, leurs patronymes volontairement écornés (pas seulement pour éviter les procès tant les visés qui se sentiraient offensés feraient mieux de comprendre qu'ils ne sont pas leurs propres personnages et que ces visions dérivatives de leurs caractères ne devraient pas les toucher, eux qui ont choisi d'offrir un personnage public d'eux). A mesure qu'il croise le Tout Paris, il se promène (essentiellement Rive Droite) et raconte tout Paris à sa façon, avec des anecdotes historiques, souvent liées à la littérature (rue Vivienne, il évoque Lautréamont, à Montmartre on passe près de chez Céline...). Le livre acquiert ainsi une sorte de dimension touristique et l'on se prend à fantasmer Paris et à ne plus pouvoir s'empêcher de sortir de chez soi, remettant à plus tard la lecture, afin de vérifier de ses propres yeux à quoi ressemble le jardin Marigny, un dimanche pluvieux, à quoi ressemble le Train Bleu, à Gare de Lyon, à quoi ressemble le jardin du Palais Royal quand on y passe simplement, à quoi ressemblent surtout les Champs Elysées, traversés comme il se doit dans la dernière partie du roman. Et si l'on ne peut sortir, on ne peut que chercher à approfondir les remarques et histoires lues et qui font allusion à tel peintre, à tel homme de télévision, à l'assassinat de l'un, au scandale de l'autre, et on glane ainsi une image de Paris que ni Lorant Deutsch ni Michel Drucker ni même Jacques Hillairet ne peuvent nous offrir.

Ce Paris-là, nostalgique encore de ce qu'il y restait il y a quinze ans, incessamment conscient de ce qu'il évoque (l'Histoire et les grands hommes) mais n'enfante plus vraiment, l'auteur le vend tant et si bien qu'on croirait que ses critiques incessantes sont autant de louanges. Si je n'avais pu, tandis que les pages tournaient, m'extraire du flot de mots et m'insérer de bon cœur dans le flot des briques et des corps pour vivre moi-même ces rues, ces gens, ces lieux, j'aurais sans doute vu mon cœur exploser ! Je ne suis pas allé partout et n'irai pas partout où l'on a bien voulu me glisser (boite de strip-tease, restaurants hors de prix, boite échangiste, galeries d'art contemporain, théâtre moderne) mais ceux où j'avais déjà été et ceux que j'ai de fait investis (l’Hôtel Amour, par exemple), me sont encore plus vivants par les impressions du narrateur, qui profite de cette semaine, qu'il qualifie tantôt d'affreuse, ridicule et en même temps d'épiphanique, pour commenter tout et tout un chacun, avec bienveillance critique et mépris doucereux. Comme il faut, en somme !

Évidemment, ce livre ne pouvait pas mieux tomber dans ma vie. Je l'ouvre au moment où je traverse une crise de foi et d'engagement presque aussi violente, soudaine et irrévocable que son auteur. Alors bien sûr, 350, 450 pages durant, j'attends. J'attends de savoir s'il va réécrire ou non. Et si oui, comment va-t-il y arriver. En vain et encore heureux ! La dernière journée de la semaine, ce long dimanche maussade sur les Champs Elysées, après un samedi soir très, trop enthousiasmant, trompeur, cette journée-là, où vont se mêler le sommairement trivial, l'improbable et le merveilleux, qu'aurais-je pu rêver de plus beau et de plus ouvert ?

N'ayant pas encore lu assez de livres de Nabe pour me prononcer sur la place que celui-ci occupe dans son œuvre, je peux néanmoins émettre l'opinion que c'est un chef d’œuvre moderne, parce que c'est une Bible, parce que c'est personnel, émouvant, musical et bourré d'humour ! Je recommande à quiconque souhaiterait comprendre Paris ou la France des années 2000, à quiconque se poserait des questions sur sa vocation, à quiconque voudrait un roman facile à lire qui fasse rire et qui déborde d'amour. En vérité, je le déposerais en dizaines d'exemplaires sur le stand "coup de cœur" du Virgin Megastore pour qu'il soit razzié. Mais on ne l'y verra pas. Il faut l'acheter sur Internet. Bienvenue au XXIème siècle.






Citation de: Joe
Je HAIS paumer tout un post pour rien. CON d'internet. Je disais que ça tombait bien, Thibault, puisque j'avais lu le recueil d'aphorismes de Nabe, "Chacun mes goûts", 1986, ses débuts, court, découverte elliptique en même temps que son avant-dernier roman (2010, 700 pages), pas aussi assuré, pas aussi précis mais de très belles choses :



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Tout grand révolutionnaire est jaloux des classiques. Picasso, Céline, Nietzsche.


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Dans le fond, les vrais révoltés ne veulent pas changer le monde. Je suis pour toutes les révolutions et contre leur résultat. Je rêve de révolutions suspendues.


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Se rend-on compte que, chaque fois qu'on dit le mot "merde", on enclenche un processus d'incarnation phénoménal capable - par sa répétition - de bouleverser l'équilibre des lieux et des personnes qui vous entourent ? Le phénomène se traduit immédiatement par la création dans l'atmosphère d'un véritable colombin, invisible certes, mais pas moins réel que l'homme de H.G. Wells.


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A l'époque des Macintosh, j'écris très lentement, formant bien mes lettres comme si c'était la dernière phrase qu'il me reste à vivre, me butant avec obstination aux caprices d'une plume que je trempe dans un encrier afin de perdre du temps pour réfléchir.


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Qui peut imaginer l'extase qu'il y a pour un écrivain à s'habiller le matin comme s'il partait au bureau et atterrir à sa table de travail ? A quel point l'élégance du dimanche aide à la tenue même de l'écriture, à la solennité d'écrire, comme à reprendre conscience de l'idée perdue de la littérature.


etc.
"La religion récente du bonheur me soulève le cœur."

Pascal Quignard, "La Haine de la Musique".