On m'a offert de nombreux livres le weekend dernier, pour mon anniversaire. Je n'ai pas encore terminé de lire celui-ci (ça ne sera pas bien long tant je le dévore !) mais j'ai déjà envie d'en parler ici !
Et j'embraie de suite en vous citant un passage qui m'a beaucoup plu, dans une lettre adressée il y a 134 ans depuis Paris par un Maupassant employé de Ministère (de la Marine) à son ami et maitre Flaubert dans sa Normandie :
"Je ne comprends plus qu'un mot de la langue française, parce qu'il exprime le changement, la transformation éternelle des meilleures choses, et la désillusion avec énergie, c'est merde.
Le cul des femmes est monotone comme l'esprit des hommes. Je trouve que les évènements ne sont pas variés ; que les vices sont bien mesquins ; et qu'il n'y a pas assez de tournures de phrases. "
Ah quel régal que ces échanges, qui vont de l'entremise concernant telle ou telle affaire (faire muter Maupassant d'un Ministère à un autre, pour sa santé mentale, récupérer quelque chose l'un pour l'autre...), à la prise de nouvelles (de la maman de Maupassant, amie d'enfance de Flaubert, ou d'amis écrivains tels Zola, Tourgueniev et d'autres...) en passant par la franche camaraderie de deux compères tantôt sérieux à propos de leurs ennuis, tantôt franchement lubriques, comme ce passage d'une lettre de Flaubert, alité à la suite d'une fracture :
[justify]"Les lubricités que nous disons ma soeur grise et moi me causent des accès de priapisme courts mais énergiques.
Depuis hier je peux me lever et je ne suis plus obligé de chier dans mon lit, grand soulagement.
Je vous embrasse.[/justify]
Gv Flaubert.
[justify]Je me touche en pensant à vous.[/justify]
Soeur Clitoris."
On suit par ailleurs, entre 1973 et 1980, la complicité grandissante des deux amis qui commentent la progression du "Bouvard et Pécuchet" que Flaubert fait avancer et pour certains passages duquel il demande l'aide de Maupassant, concernant des lieux qu'il lui faut mieux connaitre.
On entrevoit aussi un peu de la politique de la fin du 19ème siècle, telle que vue par ces grands littérateurs (Zola qui court après sa Légion d'Honneur et la manque à chaque fois) sans doute peu républicains d'ailleurs. On entrevoit, chez eux, une noblesse d'artistes très critiques de leur époque et des ultradémocrates, quelque chose qui doit faire d'eux de passifs défenseurs d'un royalisme éclairé mais rien n'est bien avancé.
Toujours est-il que ces manières de s'adresser l'un à l'autre, avec respect, formules bien pendues, admirables ou simplement farceuses, voilà qui est un plaisir de lecture délectable ! Comment aurais-je pu trouver meilleure publicité pour "Bouvard et Pécuchet" que je rêve désormais de dévorer. Et "Une Vie", ce roman que Maupassant délaisse parce que rentrant tard chaque soir de son ennuyeux travail de Ministère, il n'a plus la force de s'y mettre, qu'il peut m'évoquer de choses !
Je vous recommande activement ET cette correspondance ET les éditions de La Part Commune, dont je suis tombé amoureux pour leur format, leur papier et leur mise en page. Un vrai plaisir de lecteur !