C'est Entendu - Le Forum

 

Auteur Sujet: Romans, nouvelles, poésies etc.  (Lu 1652 fois)

lamuya-zimina

  • Staff CE
  • Garçon dans le vent
  • *****
  • Messages: 682
    • Voir le profil
    • · : ·
Romans, nouvelles, poésies etc.
« le: mars 17, 2011, 02:29:59 »
Dernièrement j'ai fini Ghostwritten de David Mitchell, après avoir lu Cloud Atlas dont j'avais déjà parlé un peu :

Citer


le concept est simple mais efficace : il y a en fait six histoires dans le livre, chacune mettant en scène un personnage principal différent dans une époque et un lieu différents (ça va du 19e siècle au futur post-apocalyptique). au début les histoires semblent ne rien à voir en commun, même au niveau du style et du ton (ça va du comique au dramatique en passant par le thriller), mais tout arrive à tenir debout et à former un tout prenant, avec un message humaniste qui reste assez discret pour ne pas devenir moralisateur.

l'exercice était assez délicat, vu que chaque histoire a son propre rythme et certaines prennent plus vite que d'autres; pour être honnête, tout n'est pas parfait, la sixième histoire m'a un peu moins accroché et la fin de la cinquième (très bonne à part ça) en fait des caisses et finit par ressembler trop à son inspiration. n'empêche qu'à part ça, les 500-600 pages sont passées vite et avec plaisir.  :)

(il paraît qu'il va être adapté en film par les frères Wachowski et Tom Tykwer... je ne sais pas ce que ça va donner.)

Ghostwritten est son roman précédent (son premier roman, d'ailleurs) et il suit un principe très similaire, avec des histoires qui n'ont apparemment rien à voir entre elles et qui pourtant s'entrecroisent de manières inattendues. (Par exemple, le narrateur d'une des parties du roman est un membre d'une secte qui se prépare à commettre un attentat terroriste ; dans une autre partie, on suit un jeune Japonais qui vend des disques de jazz dans un magasin spécialisé…)

Il y a beaucoup de similarités entre les deux livres (et on retrouve même des personnages secondaires dans l'un et dans l'autre) ; mais Ghostwritten a un ton et une forme plus libres que Cloud Atlas, Mitchell ne change pas de style à chaque partie, les moments où les histoires se rencontrent sont peut-être encore plus étonnants, ce qui donne au final un récit plus réussi, plus agréable à lire, sans lourdeur. Le livre est à la fois très prenant et étonnamment "ouvert" : il n'y a pas de message évident (même si il y a des choses à en tirer), les parties se terminent souvent sans véritable dénouement (mais avec assez de pistes pour pouvoir imaginer plusieurs suites possibles)… ça peut paraître frustrant, décrit comme ça, mais au final je trouve ça plus intéressant qu'une fin bien définie.

En tout cas j'ai beaucoup aimé et je recommande vivement !

Les premières lignes : http://www.nytimes.com/books/first/m/mitchell-ghostwritten.html



Sinon je lisais les Mythologies de Barthes en alternance, mais j'ai un peu laissé tomber à la moitié — les réflexions de Barthes sont souvent très intéressantes mais plus ça allait, plus j'avais un regard critique sur ce qu'il écrivait… et moins je le trouvais convaincant en fait, il y a beaucoup d'articles où j'ai eu l'impression qu'il prenait comme évidence ce qui pour moi ne l'était pas et où il se passait d'argumenter. Quand en plus ça se référait à des sujets que je n'ai jamais connus, disons qu'il tombait un peu à plat.
Cela dit je le reprendrai sans doute, il y a quand même beaucoup de choses à en tirer !



…et là je commence les Chroniques de l'Oisau à Ressort de Haruki Murakami.
« Modifié: mars 17, 2011, 02:36:06 par lamuya-zimina »

Joe Gonzalez

  • Staff CE
  • Hipster Garbage
  • *****
  • Messages: 2409
    • Voir le profil
Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #1 le: mars 17, 2011, 09:50:49 »
C'est marrant parce que j'ai pensé l'inverse de la moitié des Mythologies, c'est à dire que Barthes argumentait beaucoup trop autour de concepts qui me paraissaient limpides et essentiels.
"La religion récente du bonheur me soulève le cœur."

Pascal Quignard, "La Haine de la Musique".

Thomazinou

  • Fuckin' Amateur
  • *
  • Messages: 22
    • Voir le profil
Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #2 le: mars 19, 2011, 09:21:44 »

Excellent bouquin de philo par le plus excellent des philosophes du Burkina !

Julien Masure

  • Staff CE
  • Garçon dans le vent
  • *****
  • Messages: 240
    • Voir le profil
    • Twitter
Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #3 le: avril 05, 2011, 12:04:29 »


C'est pas toujours très bon (voire même de mauvais gout par moment) et c'est ultra post-moderne donc ça m'intéresse.
"Wherever we are, what we hear is mostly noise. When we ignore it, it disturbs us. When we listen to it, we find it fascinating." (John Cage, 1937)

Joe Gonzalez

  • Staff CE
  • Hipster Garbage
  • *****
  • Messages: 2409
    • Voir le profil
Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #4 le: avril 05, 2011, 12:21:01 »


C'est l'un des grands livres de la Turquie moderne. Cinq nouvelles consacrées à cinq villes turques. Je viens juste de le commencer, ça a l'air bien.
"La religion récente du bonheur me soulève le cœur."

Pascal Quignard, "La Haine de la Musique".

Joe Gonzalez

  • Staff CE
  • Hipster Garbage
  • *****
  • Messages: 2409
    • Voir le profil
Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #5 le: octobre 06, 2011, 05:27:22 »


J'ai terminé la première grande partie de mon anthologie de Philippe Muray, et c'est un tautolivre, le livre qui dit tout ce que je pense, avec les mots que j'ai dans la tête, qui me fait néanmoins cogiter et ressentir de l'indignation, de l'accordance et quelques désaccords. Muray n'est pas réactionnaire, il est critique. Il n'a de cesse que de tenir sa position de non-consensuel, de critique de la société post Nouvel-Ordre Mondial. De la société d'Après l'Histoire, de la société hyperfestive, cordicocrate de l'Homo Festivus, où l'Empire du Bien s'apprète à triompher de tout mal, même ceux nécessaires, où la critique est béquillée par la toute puissante censure bienveillante et où les individus visent à l'enfance perpétuelle dans une masse uniformisante. C'est beau de lire pendant une centaine de pages la vérité quand on est habitués à voir le mensonge partout ailleurs ou presque. Je le recommande à tout le monde ici. Vite. Et surtout Vincent et Rémi. Moi j'ai déjà commencé la suite, "Après l'Histoire".






Parallèlement j'ai lu cette introduction au situationnisme par Debord. C'est un petit texte et de ce fait il est assez restrictif de sa pensée (je suppose, je n'ai lu que ça). Une première partie voit Debord expliquer comment la société de la fin des années 50 est (très) critiquable mais comment les mediums pour la critiquer manquent. Il évoque de nombreux courants de pensée ou artistiques (du marxisme au lettrisme en passant par l'expressionnisme ou le dadaïsme) révolutionnaires et leurs échecs successifs. C'est très intéressant et ça se lit comme la première moitié d'un thriller à suspense. Il pose le décor, montre l'assassin (le consensus) et les différentes pistes permettant de le débusquer mais on sent qu'il s'apprête à révéler son masterplan pour le traquer à mort. Or...... de ce point de vue la seconde partie déçoit un peu. On sent que le concept situationniste n'est pas encore tout à fait concret au moment de la rédaction de ce livre, les idées sont évanescentes, vagues et on tend à se dire "mais où vas-tu, Guy ? Et en quoi ces bribes de concepts peuvent-elles réussir là où les autres ismes ont échoué ?". Le situationnisme ne semble à la lecture de ce livre qu'une agitation pseudo révolutionnaire à vocation agitatrice, dont la principale incarnation serait Le Détournement. C'est un peu léger, je dois avouer, et c'est pourquoi je pense lire quelque chose de plus complet de la part de Debord prochainement, notamment parce que sa critique des critiques m'a paru plutôt cohérente. Je suis curieux en fait de savoir ce qu'un homme cohérent, érudit et averti tel que lui peut proposer de concret ou de théoriquement valable pour remédier à la difficulté d'une critique semi-pérenne de la société post-révolutionnaire.
"La religion récente du bonheur me soulève le cœur."

Pascal Quignard, "La Haine de la Musique".

Joseph Karloff

  • Staff CE
  • Garçon dans le vent
  • *****
  • Messages: 797
    • Voir le profil
Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #6 le: octobre 07, 2011, 08:47:39 »
Bourdieu aussi est un mec bluffant, mais lui non plus n'a pas tellement de solutions ou de pistes... Peut-être parce qu'il n'y en a pas, au fond :kaboomboom:

Joe Gonzalez

  • Staff CE
  • Hipster Garbage
  • *****
  • Messages: 2409
    • Voir le profil
Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #7 le: octobre 26, 2011, 05:36:37 »


Cette série d'oeuvres courtes (inachevées) de Robert Musil, l'auteur allemand le plus important du 20ème probablement (avec surtout "L'homme sans qualités"), est vouée à décortiquer la Femme dans ses diverses incarnations. Physiquement et physiologiquement d'une part et surtout de l'intérieur, d'autre part. On la voit ainsi, la Femme, dans ses contradictions et ses terribles paradoxes, tels que Musil les envisage. Ces travers ont l'air aussi vrai que possible et semblent naturels même s'ils sont comptés par un homme, forcément biaisé dans son image de la pensée féminine, mais c'est une pensée terriblement jouissive à lire quand on est comme moi-même un camarade Musilien en matière de jugement plus ou moins misogyne. Nous aimons la Femme plus que tout au Monde et pourtant nous luttons sans cesse pour la comprendre, elle qui nous semble sublimée par ses attitudes et ses pensées hors du commun (le nôtre, certes).

Musil écrit fort bien cette implicite quête qui est la sienne de la vérité féminine, notamment à travers l'histoire de cette jeune femme pour qui un prétendant prétend (en effet) se tuer le soir-même si elle ne l'aime pas, et qui s'inquiète de sa décision et, lentement et en secret même de sa propre perception, jouit de ce choix, s'imagine aimée à jamais par un fantôme, se complait dans son unité, dans sa personne, dans son fort, jusqu'à l'annonce de la survie de l'homme où tout s'effondre d'elle et de son fantasme.
"La religion récente du bonheur me soulève le cœur."

Pascal Quignard, "La Haine de la Musique".

lamuya-zimina

  • Staff CE
  • Garçon dans le vent
  • *****
  • Messages: 682
    • Voir le profil
    • · : ·
Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #8 le: octobre 27, 2011, 11:03:10 »

J'ai beaucoup aimé les Chroniques de l'oiseau à ressort. C'est typiquement un roman de Haruki Murakami, avec un personnage un peu paumé qui décide de se laisser aller après avoir quitté son boulot (sur un coup de tête), qui rencontre des personnages juste assez normaux pour être crédibles, et à qui il arrive des choses inhabituelles qui virent parfois au fantastique. J'ai eu l'impression que Murakami se faisait plaisir à écrire et à laisser courir son imagination, d'ailleurs il y a beaucoup de pistes qui ne sont pas suivies jusqu'au bout, de personnages intrigants laissés de côté. Peu importe : il n'y a qu'une sous-histoire qui m'ait un peu moins accroché, sinon j'ai dévoré les 800 ou 900 pages. (Sérieux, pour peu qu'on croie un peu au fantastique ça donnerait envie d'être chômeur et de se balader au hasard sans se soucier du reste…)




Pale Fire de Nabokov (je sais, c'est un classique et beaucoup d'entre vous doivent déjà le connaître, mais bon), c'est un peu l'inverse : un “roman” à la forme très inhabituelle, qui consiste en les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf premières lignes d'un poème autobiographique inachevé (écrit par un auteur fictif) qui aurait dû en compter mille, ainsi que d'une introduction et un commentaire particulièrement long et digressif (par un commentateur fictif). Le poème ne raconte qu'un fragment de l'histoire ; tout le reste se trouve dans les digressions du commentaire et entre les lignes. Le style d'écriture est du coup assez difficile à définir vu que Nabokov n'écrit jamais "lui-même" mais uniquement à travers — et par les travers — de l'un des deux personnages. En tout cas il y a énormément de choses cachées, des événements dramatiques, de l'humour, des personnages croqués de manière assez acerbe, une absence de moralité, de la satire du monde littéraire, peut-être (sans doute ?) même une satire politique… Je pense que je le relirai un de ces jours !




Les Anneaux de Saturne de Sebald (que j'ai lu en traduction anglaise : je ne parle pas assez bien allemand pour le lire en version originale, et la traduction française que j'ai trouvée m'avait l'air assez lourde au niveau du style) est… je ne sais pas trop. Le livre n'est pas mauvais mais ne va nulle part, l'auteur ne fait que se remémorer divers épisodes historiques ou anecdotes qui ne partagent que de vagues liens, avec des photos et images en guise d'illustrations (procédé que je n'aime pas beaucoup : ça entrave l'imagination). Je l'ai lu en entier sans déplaisir, et en apprenant plusieurs choses, mais sans grande satisfaction.




Time's Arrow de Martin Amis part d'une idée toute simple : un homme, après sa mort, perd tous ses souvenirs liés à sa vie mais se met à la revivre… à l'envers. Sans comprendre ce qui lui arrive. Ça donne lieu à plusieurs passages intéressants, parfois amusants, parfois glauques (conseil : ne lisez pas la quatrième de couverture — le dos du bouquin, avec la présentation — si vous ne voulez pas vous gâcher la surprise !). Mais… difficile de ne pas avoir l'impression que le livre aurait pu être meilleur, aller encore plus loin. La fin notamment est quelconque et sans surprise. Et le fait que le narrateur ne comprenne jamais qu'il est en train de vivre une vie à l'envers, alors qu'il a gardé toutes les connaissances nécessaires au niveau de la langue, est difficilement crédible… Bref, une bonne idée de départ, mais peut-être pas aussi bien exploitée qu'elle aurait pu l'être. Ça vaut le coup d'être lu quand même, je pense.




J'ai nettement préféré les Fictions de Borges : plusieurs récits là aussi basés sur des idées simples mais souvent brillantes. Des récits concis, marquants, et qui souvent arrivent en dix pages à faire plus d'effet que certains romans en cinq cents ; tout n'est pas du même niveau mais j'ai aimé la grande majorité, et j'en ai adoré quelques-unes. (Je continuerai avec L'Aleph bientôt !)




Enfin Les Gommes d'Alain Robbe-Grillet m'a laissé sur ma faim : une histoire de meurtre dont on connaît la solution depuis le début et qui finit en un twist prévisible…? L'idée aurait pu tenir en nettement moins de pages, j'ai l'impression que l'auteur amorçait quelque chose qui aurait pu devenir très intéressant mais laisse toutes les pistes stagner. À moins que j'aie raté quelque chose.
« Modifié: novembre 01, 2011, 11:31:34 par lamuya-zimina »

Joe Gonzalez

  • Staff CE
  • Hipster Garbage
  • *****
  • Messages: 2409
    • Voir le profil
Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #9 le: octobre 28, 2011, 10:24:56 »
Je n'ai jamais lu Robbe-Grillet mais dans la mesure où il est sensé avoir inventé le Nouveau Roman, je pense que tu es passé à côté de cet aspect-là, justement. Je lirai les Gommes bientôt, tiens.
"La religion récente du bonheur me soulève le cœur."

Pascal Quignard, "La Haine de la Musique".

lamuya-zimina

  • Staff CE
  • Garçon dans le vent
  • *****
  • Messages: 682
    • Voir le profil
    • · : ·
Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #10 le: novembre 01, 2011, 11:27:16 »
C'est justement parce que je savais qu'il avait inventé le “Nouveau Roman” que j'ai voulu essayer, je m'attendais à un truc plus expérimental/plus complexe… Tu me diras ce que tu en auras pensé !

Joe Gonzalez

  • Staff CE
  • Hipster Garbage
  • *****
  • Messages: 2409
    • Voir le profil
Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #11 le: novembre 02, 2011, 10:12:43 »
No problemo !
"La religion récente du bonheur me soulève le cœur."

Pascal Quignard, "La Haine de la Musique".

lamuya-zimina

  • Staff CE
  • Garçon dans le vent
  • *****
  • Messages: 682
    • Voir le profil
    • · : ·
Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #12 le: juin 04, 2012, 11:55:46 »


August Strindberg – Le Chemin de Damas

Strindberg n'est pas mon auteur préféré, mais Le Chemin de Damas est un texte intéressant. Il s'agit d'une longue pièce de théâtre en plusieurs parties, à la limite du roman, qui raconte l'histoire d'un écrivain paranoïaque et dépressif dont s'éprend une femme. Les deux finissent par partir en une sorte de pélerinage… Le début est un peu pénible vu que l'écrivain (appelé “l'inconnu” dans les didascalies) semble voir le désespoir et la damnation absolument partout, mais le texte devient franchement prenant par la suite avec ses réflexions sur la nature humaine, la petitesse de la société, les relations entre hommes et femmes, la religion… On a l'impression que ce ne sont pas seulement les personnages mais aussi et surtout Strindberg lui-même qui est dérangé, tiraillé entre diverses idées, et qui présente ses réflexions accompagnées de ses hésitations tout le long. Ce qui n'en rend le texte que plus attachant quelque part, même si l'auteur n'y apparaît pas forcément comme sympathique et que je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit.

Il y a une version anglaise lisible gratuitement sur Project Gutenberg, si vous voulez un aperçu.









Peter Høeg – Les Contes de la Nuit

Une collection de nouvelles liées entre elles : toutes les histoires se passent le même jour (le 19 mars 1929) et parlent toutes, d'une façon ou d'une autre, de personnages ambitieux et passionnés en quête de vérité. Un mathématicien qui a perdu foi en les mathématiques et se retrouve au Congo pour l'inauguration d'une ligne de chemins de fer, par exemple, ou une scientifique qui a toujours refusé les avances des hommes et qui essaie de réaliser une expérience sur “la durée de l'amour”… Tout est à la limite du réalisme et de l'impossible, souvent surprenant, bien raconté, j'ai beaucoup aimé.

Par contre j'ai voulu enchaîner avec La Petite Fille Silencieuse du même auteur, mais j'ai abandonné à la moitié vu à quel point c'était confus…









Rudolph Wurlitzer – Nog

Un roman psychédélique (écrit en 1968) basé sur une focalisation interne et un narrateur complètement indigne de confiance. Le narrateur, donc, s'appelle peut-être Nog. Ou peut-être pas. Il parle d'une pieuvre et de trois “souvenirs” (qui sont peut-être fabriqués de toutes pièces) auxquels il se raccroche, souvenirs dont il se sert pour mystifier les autres personnages quand ceux-ci lui adressent la parole. On ne sait jamais trop si ce type est dérangé, sous le choc après un traumatisme, amnésique ou drogué vingt-quatre heures sur vingt-quatre — il y a sans doute d'autres explications possibles encore. Et là commence une sorte de périple à travers les États-Unis, où le narrateur se retrouve entraîné dans des lieux mal famés entouré de personnages… finalement aussi improbables dans leurs réactions que le narrateur même (à se demander si tout le monde n'est pas fou ou drogué en permanence). Autant vous le dire tout de suite : ne vous attendez pas à une explication quelconque ! Mais c'est un bon bouquin, intéressant, trippant même. Je lui reproche juste d'avoir trop de scènes de sexe un peu gratuites.









Inger Christensen – Azorno

Autre roman expérimental court, original et auquel on ne peut pas être sûr de comprendre quoi que ce soit, Azorno raconte l'histoire de cinq femmes et de deux hommes (un écrivain et son personnage ? un écrivain et son pseudonyme ?) ; l'histoire semble être celle d'une relation amoureuse entre les femmes et l'écrivain en question, mais les faits changent à chaque changement de section et de narrateur. En fait, chaque femme est narratrice à tour de rôle, et si l'on devine une partie des faits qui ont eu lieu, savoir qui a fait quoi est presque impossible… Je pense qu'il y a deux manières de lire ce livre : soit en échafaudant des théories, en faisant du va-et-vient entre les sections pour vérifier et en dessinant des schémas sur des feuilles de brouillon à part, soit en se laissant aller et en ayant le tournis.

Et là, j'ai petit un coup de gueule à lancer : les traducteurs ont fait n'importe quoi au niveau des participes passés qui indiquent le genre des personnages (il n'y a pas de telles marques de genre en danois), et font dire “Je me suis levé” à une femme, “Je suis sortie” à un homme etc — sans aucune logique ni cohérence, même d'une phrase à l'autre au sein d'un même paragraphe. Alors qu'on peut quand même identifier qui parle la plupart du temps, le texte n'est pas confus à ce point… Ça m'a énervé au point que j'ai fini par corriger le bouquin moi-même avec un crayon. Si vous maîtrisez plusieurs langues, préférez une autre traduction que la française !









Stéphane Beauverger – Le Déchronologue

Une histoire de science-fiction qui se passe au XVIIe siècle, ou plutôt dans un XVIIe siècle uchronique où des déchirures temporelles font leur apparition. Ces failles apportent des “merveilles” (objets venus du futur) mais aussi des catastrophes (quand une faille s'ouvre brusquement au milieu d'une ville par exemple : tout ce qui était à la place de la faille se retrouve détruit, ce qui était à moitié dans la faille déchiré en deux). Le roman suit l'histoire du capitaine Henri Villon, qui cherche à faire commerce de ces “merveilles” au début — et finit par se retrouver embarqué dans une aventure désespérée à bord d'un navire qui utilise des “canons à minutes et à secondes” (des petites failles temporelles donc — le résultat peut être très gore). L'histoire est racontée de manière non linéaire ; à part ça, c'est classique dans la narration, mais très agréable à lire.









Fábio Moon & Gabriel Bá – Daytripper

J'ai un peu de mal à expliquer pourquoi j'ai adoré cette BD. Le sujet (les âges de la vie, la mortalité) est somme toute classique, les personnages aussi… Mais les dessins sont vraiment bons, les couleurs superbes — et surtout la narration fait son effet. Au début, elle est surprenante et peut paraître morbide. Mais c'est justement cette impression de morbidité qui change, puis qui finit par disparaître et qui fait la force de l'ouvrage. (Je n'en dis pas plus — j'ai commencé à lire sans connaître le principe et je crois que ça m'a permis de l'apprécier d'autant plus.)

Ne lisez pas tout d'une traite. Chaque soir où j'avais envie de lire Daytripper, je lisais un chapitre, et je crois que c'est comme ça qu'il faut faire.









Craig Thompson – Habibi

Ça aussi, c'est superbe. Une histoire qui se passe dans un pays arabe imaginaire, avec une femme (Dodola) vendue par ses parents qui recueille un très jeune esclave (Zam), s'échappe pour aller vivre avec lui et lui servir de mère dans un bateau échoué dans le désert… L'histoire est racontée en neuf chapitres avec une chronologie fragmentée, et surtout beaucoup de symbolisme recherché (ça n'est jamais difficile à lire, mais les « jeux de motifs » (je ne sais pas trop comment dire ça) sont parfois impressionnants). C'est une histoire d'amour, une histoire sur les histoires, et aussi une présentation des textes sacrés musulmans pas du tout prosélytiste mais qui en fait voir la beauté. Ça n'est pas un conte à l'eau de rose, d'ailleurs : certains passages sont assez durs, et on dirait parfois que Thompson se joue de nos attentes en préservant un moment l'illusion d'un monde oriental idéalisé et hors du temps pour nous replonger dans la réalité moderne l'instant d'après.


Joe Gonzalez

  • Staff CE
  • Hipster Garbage
  • *****
  • Messages: 2409
    • Voir le profil
Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #13 le: juin 05, 2012, 12:04:47 »
C'est amusant comme nos lectures ne démentent pas nos écoutes. J'ai l'impression que tu viens de parler de spoken word, d'ambient nordique expérimental, de post-psychédélisme et de pop indie.

Par ailleurs, j'écoute Donald Byrd, Dexter Gordon et Thelonious Monk en lisant Nabe et j'écoute Stravinsky et Mahler en lisant Rainer Maria Rilke et Herman Hesse.

  :kaboomboom:
"La religion récente du bonheur me soulève le cœur."

Pascal Quignard, "La Haine de la Musique".

Matt

  • Staff CE
  • Fuckin' Amateur
  • *****
  • Messages: 84
    • Voir le profil
Re : Romans, nouvelles, poésies etc.
« Réponse #14 le: juin 14, 2012, 08:01:25 »
Je sais, pour l'originalité on repassera.  :kaboomboom:

C'est plein de préoccupations bourgeoises, il y a des mots qui sont même pas dans mon Larousse...non non, en fait, j'adore. Je le lis par petits bouts, une trentaine de pages par jour, c'est mon shoot quotidien de Combray, ça me donne envie de manger des asperges (alors que j'aime pas ça), de lire Anatole France, de déjeûner à 11h le samedi, d'aller à la messe, d'avoir une vieille tante à moitié gaga...c'est surtout merveilleusement beau et introspectif, c'est comme un tableau dans lequel on rentre sans vouloir sortir.

Après je compte lire Paul Gadenne. Any connoisseurs ?
"And you know what ? coffee is not a replacement for food or happiness."