Dimanche 22 juillet 2012
Vidéodimanche #87

par Joe Gonzalez
art par Jarvis Glasses
On a vu vous et moi défiler des centaines de ces clips souvent à gerber d'ennui, parfois fantastiques de justesse, presque toujours révélateurs. Il me semblait dans l'ordre des choses que ce tout dernier numéro de Vidéodimanche, je devais le consacrer à une sorte de définition personnelle du concept et à une apologie de ce que, moi qui depuis des semaines et des semaines m'échine à décortiquer ce qui ne tourne pas rond dans la cliposphère, je considère être un bon clip.
Un clip, c'est une œuvre visuelle avant tout, et comme tout document visuel, il documente pardi ! La cliposphère dans son ensemble est un indicateur, en premier lieu, un miroir sur le monde qu'elle éclaire et met en mouvement, le microcosme de la musique populaire. De ce fait, chaque clip est d'intérêt public et exégétique. Le plus mauvais des courts-métrages "plaqué" sur une chanson, avec ses ralentis imbitables, ses clichés cinématographiques et son petit scénario étrange-et-mignon-et-cool qui va bien, même celui-là participe de la gigantesque fresque qu'est la cliposphère et qui conte à qui souhaite ouvrir yeux et oreilles les us, coutumes, looks, idées, envies et rythmes de la génération qui l'enfante, du plus jeune des publics-types censé avaler ces images et s'y retrouver au plus âgé des vitriers censé imager la réalité dudit public. La cliposphère prise à un temps X est un kaléidoscope symbolisant une époque donnée dont X serait le centre, et de ce point de vue, chaque clip est passionnant.
Évidemment, l'anthropologue et le sociologue du Dimanche que vous êtes peut-être doit comme moi commencer à voir plus clairement se définir les contours de sa génération (ou de celle de ses enfants, je salue au passage nos lecteurs du troisième âge !) et cet aspect scientifique des clips doit désormais vous nifler un brin ! Vient la question de ce qui départage la simple peinture d'une culture du clip de talent. Un clip réussi ne met pas seulement en scène une culture, il met en scène les acteurs-mêmes de la musique. Un clip réussi met en scène les musiciens. Non contents d'être les acteurs principaux d'une simple étude de cas culturel, ils seront par ailleurs mis en situation de représenter leur musique, de se représenter personnellement. Les images, le décor, l'enchainement des images, le look et les actes des musiciens seront en accord avec ce qu'ils représentent ou veulent représenter. L'ambiance qu'ils souhaitent distiller, l'idée qu'ils veulent promouvoir, leur carré de prairie culturel particulier, leur folie à eux, c'est tout ça qui sera transmis par les images autant que par la musique. Un clip vraiment réussi ne se contente pas de vous placer en observateur, il cherche à vous convaincre, à vous vaincre, à faire de vous sa chienne, à vous faire participer, à vous faire croire en une musique, en une personnalité, en un univers artistique tout entier. Un clip entièrement réussi instillera en vous la sensation qu'il souhaite, vous fera associer à tout jamais les notes entendues aux images dévorées des yeux, vous donnera envie d'à votre tour prendre les armes et vaincre les suivants. A vous de voir si la dernière cuvée qui vous est servie recèle ce genre de pépite.
Peaking Lights - Beautiful Son
(brillamment abuser d'un enfant)
Zola Jesus - Seekir
(croire avec son âme à l'idée folle de l'eurodance pour indie kidz)
Bloc Party - Octopus
(fanatiques de Blur en phase adulte)
Le1f - Wut
(post-rap dégingandé)
SSION - Feelz Good (4-EVR)
(raccourci clavier pour smiley pute)
The-Dream - Dope Bitch (feat. Pusha T)
(R&Bling pris au mot)
5 commentaires
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vous devez adorer les clips de Romain Gavras!
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Butler : Absolument pas : les musiciens n’y figurent pas des masses, il n’y a pas une idée qui m’y semble généralement en phase ou en relation directe avec la musique, et/ou il illustre souvent des artistes que je trouve eux-mêmes assez peu intéressants.
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Les légendes sont géniales
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pourtant ta description m’a fait penser à ces clips de suite!




















C’est beau ce que t’écris ta race.