Mardi 3 juillet 2012
[Alors quoi] Une image qui se passe de commentaires
ou "De l’inutilité des commentateurs sportifs de match de foot de haut niveau"
Je me souviens avoir apporté une très grande importance aux commentateurs sportifs. Ils faisaient pour moi entièrement partie d'un match (de football notamment), ils lui donnaient un sens. L’image avait besoin, pour être parfaitement comprise, pour être sublimée, de ces commentaires. Malheureusement, le journaliste TV était souvent étouffé par l’image sur laquelle il se reposait (mais qui m’était insuffisante). J’allumais alors parfois la radio (là où tout est à imaginer) et coupais le son de mon poste télé. Le spectacle était autant dans ma tête que devant mes yeux.
La télévision numérique et l’avènement d’une technologie toujours plus performante a réduit à néant mon intérêt pour ce journaliste-là. Et cela n’a, en rien, rendu mes matchs moins intéressants. L’évolution de la réalisation des matchs de football, et ce surtout pour les grands événements, a évolué à un point tel que le commentateur y perd tout son sens.
Le moment clef se situe sans doute à la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud où ce nouveau langage de réalisation a atteint son paroxysme. Le match de foot télévisuel devenait plus que jamais cinématographique - bien qu’il l’était déjà profondément dès son origine. Il reste de cette Coupe du Monde des images fortes, des ralentis. La multiplication des caméras sur le terrain a créé une sorte d’être omniscient à qui plus rien n’échappe : la caméra. Ainsi, du hors-jeu jusqu’au goal en passant par le simple geste technique, tout est vu et disséqué par cet œil qui ne rate plus rien (ou du moins en donne l’illusion). Phénomène logique, dans une société où le langage s’effectue de plus en plus, précisément, par l’image.
Ces ralentis ont donné une autre dimension aux actions. Ils nous permettent de voir ce qui était alors invisible. Lors de la Coupe du Monde en Afrique, ces super-ralentis donnaient à voir plus que le fait (un tir cadré, par exemple), ils montraient surtout le mouvement réduit à sa dimension la plus archaïque, à son sens le plus cinématographique. Se dévoilent alors devant nous des muscles qui se tendent, un bras qui rebondit mollement, une motte de terre qui vole dans l’air, pareils aux vaisseaux de "2001 : L’Odysée de l’espace". L’image a atteint une force telle qu’elle se suffit désormais amplement à elle-même. Mieux, elle offre un plus, une sorte d’instant inconnu, entre le mouvement simple et la photographie, où les corps deviennent fragiles et prennent des formes nouvelles, des formes plus vraies (une approche presque scientifique du mouvement où la part de magie, "comment a-t-il fait ça ?", trouve une réponse logique). En cela, ces images deviennent fascinantes car elles dévoilent le corps comme il nous est rarement permis de l’admirer, pareil aux plus belles statues grecques, enfermées dans un mouvement.
Ces images nouvelles n’ont plus besoin d’êtres portées par une voix. Nombreux sont d’ailleurs les commentaires creux de journalistes qui se trouvent, non plus dans la position de celui qui voit (depuis le stade) mieux que le téléspectateur, mais dans la même condition que celui-ci. Ce qui donne des : "et voilà une magnifique image" ou des "quel magnifique mouvement". Du reste, ces commentateurs fantômes, devenus des analystes (dépourvus de recul sur ce qui se passe, on l’a vu dernièrement pour le match Espagne – France lorsque Jean-Michel Larqué ne manquait pas de rabaisser bêtement les joueurs français) plutôt que de réels yeux, ne sont utiles que pour donner le nom du joueur qui détient le ballon à un instant t et pour crier "goal" le plus fort possible. Ils deviennent, soit des exutoires d’émotions, soit des remèdes contre l’ennui. Le reste, ce qui fait la matière du match, ils le découvrent avec nous, en même temps que nous, sur la lucarne désormais toujours plus grande.
Julien Masure
6 commentaires
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Ce qui est le plus insupportable c’est la redondance des commentaires comme s’ils étaient en train de faire de l’audiodéscription pour aveugles, par contre regarder un match sur une chaine étrangère c’est un solution ;genre chaines allemandes ou italiennes si si! C’est beaucoup plus sobre.
Comme dirait l’autre « La télé c’est de la radio mais avec des images »…
Timon -
C’est le commentateur dans sa forme actuelle qui est inutile, des modèles comme Larqué, Balbir, etc. Mais je ne crois pas que leur médiocrité personnelle remette en question l’utilité de la profession toute entière. Au contraire, un type éclairé, capable de produire une analyse tactique fine, peut apporter beaucoup aux images. L’apport sera forcément embryonnaire puisque produit à chaud. Il demandera à être complété par une analyse en studio, ou un papier plus approfondi.
Ce que les images, ou plutôt ce que le montage dit du jeu est limité par le cadre et les connaissances du spectateur. Apporter un troisième intervenant c’est étirer ces limites et donc offrir une possibilité de meilleure compréhension du jeux. D’autant plus que, vu l’évolution de la réalisation dont tu parles ici, les cadrages sont de plus en plus serrés avec bien souvent un seul homme à l’écran, voire une simple partie de son corps. Cela occulte 21 autres joueurs + 4 ou 5 arbitres. Autant d’acteurs qui font le match tout comme le porteur du ballon.
Ce qu’on a gagné en esthétisme et en détail, on l’a perdu en intelligence de jeu. Le commentateur peut compenser cette perte. -
D’accord avec Marc. Beaucoup crachent sur Arsène Wenger mais je trouve que c’est le seul commentateur qui apporte un plus par rapport aux images. C’est peut-être le seul commentateur TV à connaitre quoi que ce soit au football tel qu’il s’est joué ET tel qu’il se joue, à pouvoir décrypter les tactiques mises en place et leur évolution durant le match.
Certes il ne dit pas grand chose mais perso ça me va très bien !
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Depuis la mort de Thierry Roland, je ne regarde plus de foot.
Ceci étant dit, j’en regardais pas avant non plus…
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Ne pourrait-on envisager des improvisations musicales en direct? Quelque part entre Miles Davis, Rugby d’Arthur Honegger http://soundcloud.com/beatalair/honegger-rugby-1928/s-DWA3j et les pianistes de muet?






















pas mal l’idée radio +Tv je testerais ça la prochaine fois. et on est d’accord ça radote à mort chez les commentateurs / et puis les blagounettes ne sont plus ce qu’elles étaient (ah ben voui)