Vendredi 13 juillet 2012

[Un Artiste] Quentin Dupieux : cet étrange Oizo

Publié à 10h08 | 2 commentaires

L’un est DJ et éparpille son électro pêchue dans les boites branchouilles de Paris à New-York. L’autre est réalisateur et donne un ton parfois neuf et innovant au paysage cinématographique français. Sorte de Docteur Jeckyll et Mister Hyde, Quentin "Mr Oizo" Dupieux est avant tout un créateur de formes atypiques, tantôt trop hypes, tantôt carrément surprenantes. "Wrong", son dernier film, raconte l’histoire d’un homme à la recherche de son chien. Dans la niche de celui-ci gît Flat Eric, la peluche du premier succès du cinéaste-musicien. Au générique du début de Wrong s’inscrit "Music by Mr Oizo", l’instant d’après "A film by Quentin Dupieux". Tout est là, dévoilé en quelques secondes : un être à la fois artistiquement ambidextre et identitairement bipolaire. 

Les personnages de Quentin Dupieux cultivent ce qui ressemble, de prime abord, à de l’absurde. Le pneu de "Rubber", par exemple, est un être étrange qui est à la fois inerte et pourtant constamment en mouvement. Une sorte de mouvement perpétuel, un rond, qui n’a ni début ni fin, ni tête ni pied. Quoi de plus inoffensif qu’un pneu ? Celui-là, pourtant, est assassin et répond à une nouvelle logique, non-traditionnelle. Son apparence est en contradiction avec son comportement.


Flat Eric dans la vidéo promo de "Stade 3", dernier EP de Mr oizo, joue aux échecs avec William Fichtner, présent dans "Wrong".

Dans "Wrong", Dolph (Jack Plotnick) s’inscrit, lui aussi, dans cette absurdité. A l’image de cette première scène, hilarante où il apprend que son chien a disparu. Egaré et triste, il va relever son courrier. Il y découvre deux choses : une lettre, sans adresse, ainsi qu’un flyer pour une pizzeria qui livre à domicile. Etonnamment, il est intrigué par le flyer, et appelle la pizzeria (il n’ouvrira jamais la lettre). L’on découvre alors un personnage beaucoup plus complexe, dépressif, qui vient de tiquer sur le logo de la pizzeria : un lièvre sur une moto. Il demande : « Pourquoi une moto si le lièvre représente déjà la vitesse ? »

Ce qui intéresse Dupieux, c’est précisément la symbolique des choses, comme ce « lièvre sur une moto ». La question vaut aussi pour ses autres films : « pourquoi un pneu ? » « Qui sont ces shivers » dans "Steak" ? Mais une symbolique double, celle de l’apparence et celle du sens. Comme pour cette autre scène réussie dans la pièce où travaille Dolph, alors qu’il est licencié. Dans la pièce, une pluie ininterrompue s’abat sur les bureaux des employés. Deux choses sont à voir : l’aspect comique, où le travail devient un effort gêné, presque impossible, où l’eau mouille le papier ; ensuite, l’aspect symbolique, où cette pluie représente une espèce de monotonie dépressive, les goutes d’eau offrant un son monocorde, figurant la répétition vaine par excellence.

Surgit alors l’impression que Dupieux transpose sa condition dans ses films, comme s’il était, à l’instar de ses personnages et de son monde filmique, un être fait de dualité. Comme si lui-même était une superposition de symbole, un musicien hype et un réalisateur atypique, souvent plus intéressant que de nombreux « auteurs » auto-proclamés. N’est-il pas lui aussi un « lièvre sur une moto », une accumulation de symboles qui se complètent (il fait la musique de ses films) et se contredisent (il est hype et original). Il faut regarder ses films comme l’on appréhende sa personnalité : complexe et dont les étiquettes, avec lesquelles il s’amuse, ne définissent jamais ce qu’il est. Voilà peut-être le talent de cet artiste, être à la fois le bourreau provocateur et la victime hilare de sa propre mise en avant médiatique.

 

Julien Masure

Julien Masure, le 13 juillet 2012 | 2 commentaires

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2 commentaires

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  1. Son film au pneu (dont j’ai oublié le nom, c’est dire) était d’un ennui profond. Une bonne idée rigolote de court-métrage de 5 minutes qu’il était totalement incapable déployer sur une longue durée. Ca aurait fait un clip rigolo. Et bien qu’on ne la voit que quelques minutes, Roxanne Mesquida arrive quand même à se foutre à poil, ce qui vaut d’être salué. Enfin je veux pas être désagréable, elle est gentille comme tout en vrai…

    Anonyme

    14 juil 12 @ 10 h 12 min

  2. C’était moi au dessus.^

    (N°6)

    14 juil 12 @ 15 h 18 min

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