Jeudi 19 juillet 2012
[Réveille-matin] Réveillez-vous.
Réveillez-vous. Haut-le-coeur, gueule de bois, peu importe le mal, il compte et bien plus que vous ne le croyez de réaliser par-dessus tout que vous souffrez. Nous sommes malades ! ne serait-ce que de n'y voir plus suffisamment clair, souffrants que nous sommes d'une accommodation automatisée, laquelle nous fait goûter les plus infâmes plats surgelés, décongelés, réchauffés, mâchés puis recuits comme s'ils étaient les meilleurs des mets. Nous ouvrons chaque matin des yeux fermés qui d'écran en affiche et jusqu'au papier journal ne trouvent ni raison ni moyen de rien regarder. Voir les yeux fermés, le mieux que l'on puisse faire, un moindre mal pour les anarchissimilistes, le plus grand Bien pour les moralistes bourgeois. "Vive la dynamite spirituelle !" dis-je moi, car enfin non tout ça n'est pas acceptable. Une chanson-nitro en guise d'alarme, tout ce qui est présentement en mon pouvoir, le reste est vôtre.
Ouvrir la radio étant ici hors-sujet, il s'agit de choisir : quel son pour se réveiller enfin ? La logique du marché, de l'offre, de la demande et bien entendu cette dictature bénie du neuf réclament Ty Segall, nouveau Lennon/Reatard récemment consacré, apôtre d'une rétromaniaquerie avouée, dont les incarnations sont aussi variées que les épîtres à ses fidèles ; cette fois-ci masqué d'un psychédélisme furieusement néo-classique, de quoi faire mouche sans coup férir.

(Ty Segall & White Fence - Tongues, sur l'album "Hair", 2012)
Bien entendu, twist et grand chambardement ! là n'est pas la solution annoncée.
Vous réveilleriez-vous seulement, d'entendre un tel psychédélisme onaniste prodigué par Untel Segall, sans nulle autre visée pour lui que de bien faire, sans nul autre choix pour vous que d'y croire de bon coeur ? J'ai choisi il y a longtemps d'assimiler le psychédélisme, et particulièrement lorsqu'il est musical, à un gigantesque couloir en perpétuel mouvement, tube imaginaire aux dimensions indignes d'intérêt, mû par la force de l'esprit, bardé de mille couleurs, de mille images défilant en lui, sur lui, en tous sens, sans début ni fin, direction ni signification. Jamais n'ai-je cependant pu assimiler cet étrange objet où les connaissances s'entremêlent et progressent sans arrêt à une porte ouverte sur une pensée plus libre, sur des sensations décuplées... Toutes ces connotations et ces clichés découlant des années 60 et du mythe du LSD, cette symbolique libertaire du psychédélisme, tout cela m'est étranger. Mon tube à images m'évoque davantage une aliénation (certes volontaire, agréable) au torrent incontrôlable et enivrant du ressenti et de la pensée. Non pas un envol surhumain au-dessus des images mais plutôt un ensevelissement sous leur nombre. De mon point de vue, le psychédélisme ne peut ouvrir aucun oeil. Il n'est bon qu'à satisfaire nos désirs récurrents d'opulence (philosophique ou sensationnelle). Fi donc de Segall, favori de la régence de l'éveil et place à un challenger hors du coup pour, enfin, peut-être, voir l'émergence du réveil !
(ou enregistrée, en quatre parties, 1, 2, 3, 4)
(Gustav Mahler - Symphonie N°1 - Titan, composée en 1888 et terminée en 1903)
C'est un parti pris et libre à vous de vous rendormir après tout mais enfin comment incendier son esprit, comment animer la machine de ses méninges si tout est fait à votre place ? Si tout s’emboîte comme il faut, si la musique coule de source, de la même source que le reste en fait, comment engager votre esprit ? Je fais le choix de l'abandon pour ainsi dire de la culture populaire le temps (au moins) d'un matin chômé (il vous faudra du temps cette fois-ci pour ouvrir les yeux !) et vous invite à prendre la mesure d'une musique qui ne vous bousculera pas, ne vous mordra pas le derrière, ne vous remuera pas les pieds et ne vous satisfera pas de manière directe. La Première Symphonie de Gustav Mahler, c'est un moment avec l'artiste, lequel inquiète, amuse, prend à parti et gambade avec celui qui saura l'écouter. Ça n'est pas monochrome, ni monomaniaque, ça ne va pas de soi, ça raconte ce que vous y verrez, et ce que vous y verrez ne vous sera pas imposé, ça sera vous-mêmes. Vous l'écouterez d'un bout à l'autre et retour et peut-être y entendrez-vous ce que d'autres avant vous y ont entendu et qui n'existe plus beaucoup dans le dogme populaire, quelque chose d'alarmant, de passionnant, quelque chose de tangible et d'éternel, la puissance d'un Titan au service de simples mortels, le plus grandiose son de clairon, le plus merveilleux des réveille-matin que l'on ait pu vous servir ici en trois ans et demi de bonnes et loyales grâces, et aussi le dernier.
Joe Gonzalez
2 commentaires
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Merci pour ces louanges, elles me flattent et participent du processus décisionnel qui inlassablement bouffe mes méninges quant à la suite de mes apparitions web.






















Je ne me lasse pas d’écouter les symphonies de Beethoven dirigées par le même et grand Bernstein.
Magnifique article. Le plus beau depuis trois ans et demi pourtant bien fournis. C’est typique ça… envoyer du gros bois vert juste avant de foutre les voiles pour encore plus dégoûter les gens. Salop. Après un papelard pareil tu ne peux pas arrêter, ce n’est pas autorisé par la bienséance ni encore moins par le bon sens. Des articles comme celui-là, quitte à n’en publier que moins souvent, ça te fait un blog en or dix-huit carats, le genre qui finit publié en librairie et qui te fout les larmes aux yeux à chaque fois que t’y retourne.