Mercredi 18 juillet 2012

[Vise un peu] Liars – WIXIW

Publié à 9h00 | 3 commentaires

Tremblez, misérables mortels, car rien ne sera plus pareil. Cependant, ne vous attendez pas à un déluge, des immeubles qui s'effondrent, des météorites qui s'écrasent : nous sommes en train de nous éteindre à petit feu, de nous noyer tout gentiment.

Durant une année comme celle-ci, alors que la qualité de la pop dans son ensemble s'avère particulièrement décevante, on était en droit d'attendre la sortie du nouveau Liars comme le messie qui nous donnerait enfin quelque chose de concret, de marquant à nous mettre sous la dent. Voilà une décennie que le trio déconstruit, subvertit, ou fait évoluer la musique indie, pop et consorts, change d'aspect à chaque disque tout en restant reconnaissable entre mille, dans le coup tout en nageant sensiblement à contre-courant.

Lorsque l'album a été rendu disponible en streaming, j'ai malgré tout redouté le moment de m'envoyer les premières notes dans les tympans, comme une sorte de mauvais pressentiment entamé par le single No.1 Against The Rush, pas mal mais pas génial, mais j'ai tout de même gardé foi en l'idée que je m'apprêtais à entendre quarante minutes salvatrices qui allaient me tirer de ma torpeur. Allez, il n'y a pas de raison. Je me suis même dit, pour plaisanter : "si le dernier Liars est nul, c'est la fin de la musique !".... Merde.


(N°1 Against The Rush)

À quoi bon jouer dans le titre sur l'année de sortie (WIXIW => MMXII => 2012) d'un disque dont le contenu se révèle bien moins apocalyptique, bien moins désespéré, grandiose et destructeur que l'extrême chef d’œuvre "Drums Not Dead" sorti six années plus tôt ? Comment, ou plutôt pourquoi le trio new-yorkais s'est-il ramolli comme ça alors qu'il y a deux ans à peine il entonnait encore avec fougue un brulôt post-punk anticonformiste bien plus juste ?

Ah, quelle Apocalypse, mes aïeux ! Si nous sommes bel et bien rendus à la Fin, alors quelle tristesse qu'un tel groupe s'achève sur ce qui, si la Terre continuait de tourner à la fin de l'année, devrait n'être qu'une parenthèse dans leur discographie tant l'évolution est faible, et trop convenue. Les morceaux ne sont pas mauvais - on y trouve même quelques belles trouvailles mélodiques - mais dans l'ensemble ce dernier chapitre est d'un tel vide ! Que n'ont-ils pas explosés fièrement, en poussant le meilleur de leur style dans un jusqu'au-boutisme sonore, ou encore une véritable auto-révolution avec des couilles plutôt que ce faux renouvellement, ces blips et ces blops, cet espèce de Kid Autechre décidément trop facile qui ne parvient pas, ou bien trop peu, à renouer avec toute la tension, l'effroi, la névrose qui habitent leurs meilleurs titres !


(Octagon)

2012 n'est pas encore finie. À défaut d'être une fin du monde, jusqu'ici c'est au moins un sérieux coup porté à mes illusions et la musique pop (au sens large) a encore, à quelques exceptions près, un long chemin à faire (en essayant de ne pas trop se mordre la queue), et du boulot à abattre pour parvenir à entretenir la flamme qui l'habitait encore il n'y a vraiment pas si longtemps. Car maintenant c'est tout froid, comme cet album, sa pochette, et ses beats gelés, ses synthés glaciaux ou vaguement éthérés, cette "Chilliars-wave" qui ne provoque plus aucune secousse et qui attend, passive, la cryogénie.

Vous avez le droit d'avoir encore de l'espoir. Vous avez le droit de croire qu'une main de lumière va venir saisir votre bras englouti dans la mélasse et vous tirer vers le haut. Moi, quand j'entends ça, je n'attends plus rien que le néant. Jusqu'au prochain ?

Matt

Matt, le 18 juillet 2012 | 3 commentaires

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3 commentaires

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  1. Je ne savais même pas qu’ils avaient sorti un nouvel album…

    TANK

    27 juil 12 @ 14 h 13 min

  2. Drôle de groupe, les Liars. J’ai écouté tous leurs albums, je trouve qu’ils ont toujours su se renouveler et rester intéressants… mais ils m’ont toujours frustré car ils n’ont jamais sorti de chef-d’œuvre ni même de très bon disque à mes oreilles.

    Ce qui est d’autant plus bizarre, et problématique pour moi, c’est que le “mérite” artistique de leurs albums, leur originalité ou leur radicalité… semble ne pas être liée du tout au plaisir d’écoute que j’en retire.

    They Threw Us All In a Trench and Stuck a Monument on Top est finalement un disque de post-punk énergique mais assez moyen dans l’ensemble, à part quelques passages très réussis ; j’en retiens surtout “Mr. You’re on Fire Mr.”, la piste où ils chantent “I’d rather be lost than found…” (je n’ai jamais retenu son nom) et surtout “This Dust Makes That Mud” avec sa boucle interminable (c’est l’une de mes pistes préférées du groupe). J’ai parfois l’impression qu’ils crient et font du bruit en vain sur les autres pistes, et que leur son manque encore un peu de personnalité par rapport aux albums suivants.

    They Were Wrong, So We Drowned est nettement plus affirmé et plus original ; c’est un album que j’aime bien parce qu’il a un son que je n’ai jamais entendu ailleurs, même si certains passages me saoûlent un peu et que je ne le réécoute pas souvent.

    Drum’s Not Dead, c’est la grande énigme pour moi… Tout le monde dit que c’est le chef-d’œuvre du groupe mais il ne m’a jamais accroché. Je l’ai essayé plusieurs fois, à chaque fois en me disant que j’avais raté quelque chose aux écoutes précédentes : des années plus tard, rien n’y fait. Il ne m’a jamais procuré le moindre frisson, ni le moindre choc, ni la moindre impression d’être dans un autre monde.

    Je préfère le style plus classique (mais aussi plus construit et moins “brouillon” que sur les deux premiers disques) de Liars et Sisterworld : c’est paradoxalement quand ils adoptent des structures plus rock, moins expérimentales et moins expressives, que je trouve leur musique la plus convaincante. J’ai l’impression que c’est à partir de ces albums-là qu’ils ont commencé à être plus constructifs que subversifs ; il y a toujours des pistes que je trouve moyennes sur ces disques (surtout sur Liars), mais ça, c’est le cas sur tous leurs albums. (Si seulement ils arrivaient à sortir tout un album aussi bon que “Plaster Casts of Everything” !)

    Quant à WIXIW… Tout le monde dit qu’il a un côté Kid A très marqué et c’est très vrai—je peux comprendre sans problème qu’on y entende un manque d’originalité et un manque de cojones à cause de ça. Les critiques que tu formules dans l’article sont à mon avis entièrement fondées : ce disque ne démolit rien et ne subvertit rien. Mais (à part la piste-titre ratée) j’aime beaucoup les entendre dans ce registre cotonneux électronique, j’ai l’impression qu’en reprenant le style de Radiohead à leur sauce ils montrent à quel point ils savent jouer les caméléons sans perdre leur âme ; ce disque a une atmosphère dans laquelle je me retrouve, une sorte de spleen contemporain où tout semble embrumé mais empreint d’un certain malaise—j’ai l’impression qu’ils montrent justement aux chillwavers comment ce style peut être réussi, et en ce moment, c’est celui que je préfère écouter de toute leur discographie.

    Après, j’ai peut-être une “écoute daltonienne” des Liars ; j’ai l’impression qu’il y a un (ou plusieurs) éléments de leur musique auxquels je ne suis absolument pas sensible, et que je juge leurs albums uniquement selon les autres. Peut-être est-ce tout simplement parce que je n’ai jamais aimé le punk ?

    lamuya-zimina

    5 août 12 @ 21 h 55 min

  3. C’est possible, l’aspect « punk » est un des trucs que j’aime chez eux, et je crois que c’est ça aussi qui fait qu’à ton inverse je trouve que Drums Not Dead est un chef-d’oeuvre, une super bombe…j’y vois une espèce de « post-no-wave à la 00′s » dans ce son « droneux » et grinçant des guitares, et je trouve l’ambiance absolument incroyable – assez « apocalyptique » justement. La première piste avec ces guitares qui tourbillonent, ce « bam, bam, babam babam, bam » et cette voix (« seee, seee, sunshine and seee sorroooow ») est un peu mon idéal de perfection. Ça me surprend, vu tes goûts je pensais que tu devais l’aimer aussi. Comme quoi… :)
    Sisterworld aussi, je le vois comme un sommet, une »vraie » suite logique du post-punk pour paraphraser la critique de Joe. Je trouve que comme DnD l’album a vraiment une identité propre, un son ultra-cohérent et jamais entendu ; qu’il n’y a finalement pas tant de guitares mais qu’elles surgissent toujours à point nommé, que le songwriting est dément, que c’est rempli d’une espèce de rage et d’ironie, de peur aussi, et d’une certaine beauté – les premières notes de I Still Can See A Outside World par exemple me tuent de sublime.

    Je vois ce que tu veux dire pour WIXIW mais je n’y trouve pas mon compte, je perçois ce spleen à certaines occasions mais je ne le trouve pas valorisé, encadré correctement (et pourtant je suis un gros « spleeneux » dans l’âme), je trouve que cette ambiance électro-éthérée ne va pas assez loin. La froideur ça peut être très beau (certains morceaux de DnD justement) mais là je la trouve banale, pas pertinente, ça me paraît vraiment vide. Surtout pour du Liars.

    Matt

    6 août 12 @ 9 h 39 min

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