Samedi 21 juillet 2012

[Alors quoi] La Fin Du Monde, en forme de samossa

Publié à 11h01 | 3 commentaires

Après l’invasion l’hiver dernier des cerfs, renards et autres figures du bestiaire forestier, les images qu’on nous propose depuis quelques mois semblent rafraîchir une «tendance» née il y a quelques années, et largement diffusée depuis par les industries de la  musique et de la mode. Nul besoin d’être un érudit de graphisme, nous expérimentons tous chaque jour ce face à face souvent navrant avec des images qui semblent formées du même moule - un moule triangulaire. Des clips et pochettes d’albums aux T-shirts imprimés de nos amis hipsters, nous ne pouvons avoir échappé au symbole le plus usé de l’année : voici revenu le règne du Triangle et de son univers interstellaire-mystique. Fort de millénaires de symbolique, il ne pouvait réapparaître à notre époque qu’un peu fatigué,  ou un poil ridicule. Ceux qui crurent y voir un renouveau de la Franc-Maçonnerie seront déçus : le triangle n’est aujourd’hui plus qu’un signe marchand, une promesse de vente. Mais comme tout symbole, même marketing, il se doit d’être analysé comme témoin d’une époque.

Et justement, il y a comme une odeur d’apocalypse qui traîne.

(Image 1) Drew turner /  (Image 2) Chritian Conlh / (Image 3) Leif Podhajsky

Renards dorés et loups bienveillants se font désormais plus rares que les stylisations de voies lactées sur les T shirts de TopShop, et la forêt semble avoir été délaissée pour d’autres paysages moins verdoyants. Comme pour nous rappeler que le confort de la vie de bucheron canadien n’était qu’un leurre, même s’il a réchauffé nos fantasmes tout l’hiver. L’heure est grave, le Triangle et ses dérivés graphiques forment le nouveau All-Seeing Eye qui nous regardera fixement jusqu’au Jugement Dernier. Montagnes, pyramides et gros diamants sont les nouveaux symboles de force et de stabilité d’une époque qui semble redouter une fin proche. Et le Graphiste n’a jamais eu tant de responsabilité dans l’entretien de ces nouvelles mythologies. La peur de la Fin nous fait ressortir des tiroirs tout le symbolisme mondial : mélangeons triangles, mandalas, constellations et œil de la Providence, nous cumulerons ainsi les chances de survie.

Inutile toutefois de chercher flammes de l’enfer et paysages dévastés imprimés sur T-shirts, ces croyances revernies n’ont plus rien en commun avec les textes bibliques ; tant qu’à redouter l’apocalyspe, autant la montrer sous son plus bel éclat. A grand renfort d’imagerie psychédélique, le chaos se donne désormais à voir sous une explosion de fragments kaléidoscopiques aux couleurs acidulées. Et rien de mieux choisi que l’industrie musicale pour propager cette iconographie : les pochettes d’albums n’ont jamais été tant empreintes de messages faussement subliminaux depuis les délires graphiques des 70’s. Le maître en la matière s’appelle Leif Podhajsky et signe l’identité musicale de nombreux groupes, dont Tame Impala. C’est sans grand étonnement qu’on découvre la pochette du dernier-né "Apocalypse Dreams" bariolée de couleurs qui évoquent davantage le dream que la fin du monde. L’univers du génial Leif n’en reste pas moins sublime ; pourvu que ceux qui maîtrisent l’art du graphisme apocalyptique restent les préférés de cette industrie musicale.

 

Leif Podhajsky : (Image 1) visuel ayant servi à l’identité de l'album "Inner Speaker" de Tame Impala / (Image 2), pochette de l'album "Apocalypse Dreams" de Tame Impala

Mais dans ce remous d’images mi-risibles, mi-séduisantes, nous n’arrivons même plus à prendre au sérieux cette Apocalypse prévue pour les fêtes de fin d’année. Même le délire Maya a été récupéré par la mode en une effervescence de motifs néo-amérindiens. Que nous y croyions encore un peu ou non, les prédictions de ces nouveaux graphistes-gourous ont au moins le mérite de nous proposer une nouvelle vision plus acceptable du chaos, reste à savoir combien de temps la tendance va perdurer.

Alors roulons encore de beaux patins à ce Triangle étincelant comme une couverture de survie avant d’assister à sa déchéance.

C. H

Extrait du clip d'I’ll be alright de Passion Pit, fraîchement visible sur Internet, dans lequel un gardien de musée embrasse goulûment une œuvre triangulaire allumeuse.

La Rédaction, le 21 juillet 2012 | 3 commentaires

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3 commentaires

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  1. Leif Podhajsky, (Image 1) visuel ayant servi à l’identité de « Inner Speaker », Tam Impala / (Image 2) Album « Apocalypse Dreams », Tame Impala

    pas compris

    julio

    21 juil 12 @ 14 h 04 min

  2. La fin du monde arrivera par la teucha. Le triangle, tu l’inverses, c’est un pubis de meuf. C’est le triangle des bermudas.

    stavros

    21 juil 12 @ 19 h 25 min

  3. Merci pour ces commentaires forts intéressants ! Julio, je serai ravie de t’expliquer ce que tu n’as pas compris…mais je ne comprends pas moi même ton commentaire

    C.H

    22 juil 12 @ 22 h 59 min

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