Vendredi 6 juillet 2012

[45 tours] Jim Carroll Band – People Who Died

Publié à 9h20 | pas de commentaires

Lorsque l’on est issu de trois générations de tenanciers de bars irlandais, qu’on a été (brièvement) l’amant de Patti Smith et qu’on a développé une addiction à l’héroïne dès l’âge de treize ans, on est mûr pour un album de rock urbain aux senteurs new-yorkaises méphitiques. Jim Carroll, poète avant tout, est l’homme d’un best-seller, "The Basketball Diaries", et d’un disque, "Catholic Boy", même s’il en a commis d’autres par la suite, franchement dispensables.

Au moment où sort cet album, Jim Carroll revient d’un long séjour en Californie pendant lesquel il a réussi à décrocher. Définitivement clean, l’homme s’adjoint un groupe de teigneux, pour délivrer, sur quarante minutes furieusement rock n’rollesques, un témoignage particulièrement bien senti d’où ressort sa familiarité avec la mort.

Titre incroyable, People Who Died se décline comme une longue nécro où Jim Carroll évoque la disparition de ses amis trop tôt trépassés, en général dans des circonstances particulièrement sordides. Ca commence au collège avec des sniffeurs de colle et des Lolitas de onze ans qui mélangent quaaludes et vin rouge. Je ne vous raconte pas la suite, mais tout y passe, de l’accident bête à la maladie grave (Bobby got leukemia, 14 years old, He looked like 65 when he died), sans oublier les suicides, les rixes et les balles en peine poire pendant la guerre du Vietnam. Ce titre date de 1980, donc avant les années sida, sinon, Carroll aurait certainement rajouté un couplet.


Dis comme cela, ça fait peur. Mais Jim Carroll choisit l’option punk sur les cinq minutes de ce brûlot. People Who Died, croyez-le ou non, est entraînant. C’est le titre de l’album où le groupe se lâche complètement, avec une rythmique trépidante et des guitares qui miaulent méchamment. Paroles mises à part, ça donne envie de se danser un bon rock, avec passes compliquées et partenaires qu’on fait voltiger dans les airs. Bref, la tuerie absolue, stratégiquement placée sur l’album en fin de première face.

L’idée géniale de Carroll, sur ce titre, est d’avoir pris le contre-pied rythmique de son contenu, pour, en dépit de la gravité dramatique du texte, réaliser un titre à la fois festif et tragique. Une sorte d’oxymore musical parfait.

Quant à Jim Carroll, il est mort paisiblement chez lui d’une crise cardiaque, à sa table de travail, à l’âge quand même peu avancé de soixante ans.

 

AGM

AGM, le 6 juillet 2012 | pas de commentaires

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