Mardi 10 juillet 2012
[Vise un peu] Death Grips et Killer Mike (à l’assaut de mes oreilles dubitatives)
Je ne devrais peut-être pas vous parler de ces albums. Non qu'ils ne méritent pas qu'on en parle (encore que… vu le buzz qu'ils ont fait, vous en avez peut-être déjà entendu parler tellement de fois que vous en avez votre claque depuis longtemps), mais parce que ce sont des disques qui appartiennent à un genre qui, d'habitude, me fait fuir.
J'aime autant écouter du hip-hop agressif que j'aime me faire hurler dessus par un caïd patibulaire qui déblatère un sabir inintelligible en me brandissant des images de banlieues moches sous le nez (*). Le hip-hop que j'aime d'habitude n'a rien à voir avec tout ça et est souvent atmosphérique voire instrumental, se situe parfois du côté de l'abstract hip-hop, est posé, a du groove, volontiers les deux— en tout cas il ne me gueule pas dessus sèchement en me traitant de bitch nigger motherfucker et autres butorderies inconvenantes dès que j'appuie sur le bouton “play”.
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C'est donc bien parce que j'ai entendu de bons échos sur ces albums et parce que j'essaie d'écouter un peu de tout que j'ai daigné écouter “The Money Store” de Death Grips et “R.A.P. Music” de Killer Mike… Voici ce que j'en ai retiré. (Inutile de vous prévenir que cette critique sera tout à fait subjective et sans doute, hélas, peu intéressante pour les vrais amateurs du genre ; si vous appréciez le hip-hop mieux que moi, je vous invite à m'expliquer dans les commentaires tout ce que j'aurais raté et mal compris !)
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Death Grips, tout d'abord. Ma première réaction à l'écoute de ce deuxième album du groupe (ou premier si on considère qu'“Exmilitary” n'était qu'une “mixtape”… une mixtape, c'est comme un album mais en moins bien fini, c'est ça ?) fut assez intense et loin d'être entièrement négative : un mélange de répulsion face à la brutalité crasse de ce que j'entendais, mais aussi d'intérêt pour les rythmes et sons électroniques qui rendent ce hip-hop presque expérimental. Je n'aurais pas pensé supporter les éructations et beuglements de Stefan Burnett pendant quarante minutes, mais les instrumentations souvent inattendues ont eu un effet presque hypnotique sur moi : comme lors de l'écoute d'un disque de noise contenant des motifs, mélodies, voix, rythmes enfouis dans le bruit, j'ai écouté “The Money Store” en ayant l'impression de débroussailler le terrain, avec la certitude de tomber sur des pépites sonores au milieu de toute cette hostilité. Parfois ce ne furent que quelques sons, voire un seul sample répété, mais il y a toujours eu quelque chose pour me donner envie de continuer à écouter : sur Hustle Bones par exemple, cette mélodie de quatre notes sur un sample qui me fait l'effet d'une hallucination lumineuse ; sur Double Helix, c'est un tout, ces sons métalliques, ce sample de voix féminin utilisé de manière apparemment chaotique mais pertinente, ce simple “double” prononcé lors du refrain comme une décharge contenue d'énergie brute, tout concourt à créer une atmosphère plutôt prenante. J'ai bien fini par fatiguer lors de la seconde partie de l'album, nettement moins intéressante à mes oreilles, mais la dernière piste, l'électrique et dansante Hacker, m'a plu suffisamment pour que je finisse sur une note agréable.>>
(Hustle Bones)
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Passons à Killer Mike. J'avais déjà entendu ce rappeur en tant qu'invité sur les derniers albums d'OutKast, mais ses prestations ne m'avaient pas donné envie d'approfondir ; à sa voix, je m'attendais à ce que son album solo soit quelque chose de franchement bourrin. J'avais un peu raison sur ce point précis, mais tort de partir avec un a priori négatif.>>
Je me rends compte maintenant à quel point il est naïf de présumer du son d'un artiste de hip-hop uniquement parce qu'on l'a entendu rapper chez quelqu'un d'autre : l'album commence certes d'une manière brutale sur Big Beast, mais les sons et la production ont tout de même quelque chose de prenant ; et les choses deviennent carrément séduisantes par la suite, quand ces mêmes qualités viennent agrémenter des pistes entraînantes et un flow plutôt polyvalent et varié ! Untitled est déjà excellente avec ses percussions multiples sur une mélodie plutôt sombre, mais le meilleur moment de l'album est pour moi sans hésitation Southern Fried, dansante à souhait avec ses notes glitchées :
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(Southern Fried)
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(Reagan)
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Ces albums ne m'auront pas converti à ce genre de hip-hop, mais j'en aurai tout de même tiré quelque chose (si ce n'est qu'au niveau du son). Je pourrai congédier “The Money Store” de ma bibliothèque sans trop de regret, et conserver “R.A.P. Music” que je réécouterai encore souvent avec plaisir ; et s'il y a quelque chose à retenir de cette expérience, c'est bien le fait que bannir des genres entiers de sa discothèque, c'est toujours rater quelque chose.
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— lamuya-zimina
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(*) : J'écoute bien, à côté de ça, des albums qui ressemblent au bruit d'une imprimante jet d'encre en train de violer un tamagochi, mais c'est une autre histoire.



















