Jeudi 12 juillet 2012

[Fallait que ça sorte] Nerve Net Noise – Dark Garden

Publié à 9h07 | pas de commentaires

Si le nom de Nerve Net Noise vous dit vaguement quelque chose (et si ce quelque chose n'est pas l'album “Nerve Net” de Brian Eno ni le réseau nerveux des cnidaires si vous êtes biologue), c'est peut-être parce qu'on vous avait déjà parlé de ce groupe l'hiver dernier, en vous présentant brièvement “Meteor Circuit”. Pour rappel : “Meteor Circuit” est le genre d'album que l'on écoute seulement à la suite d'un pari, quand on est complètement défoncé, ou bien si on est un nerd musical à la curiosité sans bornes et aux goûts entièrement dissociés de ceux du grand public — bref, un disque qui avait naturellement sa place au sein d'une sélection de “disques bizarres” pour se faire une séance mindfuck. La plupart des auditeurs normaux en seraient restés là. Mais je tenais à vous reparler plus en détail de ce projet, qui n'est pas qu'une curiosité pour amateurs d'expérimentations inécoutables !

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Nerve Net Noise est un projet mené par deux Japonais qui poussent l'expérimentation radicale dans le domaine de la musique à un point que peu osent atteindre. Leur mode opératoire est le suivant : Hiroshi Kumakiri (alias Kumax) fabrique des synthétiseurs, Tagomago se charge du traitement du son, et… personne ne “joue” réellement de ces synthétiseurs. Le duo les installe, essaie différents réglages puis les laisse tourner en quasi-autonomie, modifiant le moins possible les sons émis (d'une manière plus ou moins contrôlée) par les machines. Le résultat est sans doute pire que ce que vous pouvez imaginer : certaines pistes, dénuées de toute notion d'harmonie, sont moins mélodieuses que ce que l'on peut obtenir avec une sirène d'alarme défectueuse et demandent franchement une ouverture d'esprit aussi large que la porte de Brandebourg pour être appréciées. Tenez, écoutez #1 pour voir :
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Un comédien qui voudrait parodier la musique expérimentale aurait du mal à faire pire que “Meteor Circuit”. L'album possède pourtant un je ne sais quoi de prenant, dans ses motifs complètement étrangers, inhumains, primitifs mais fascinants et qui deviennent de plus en plus rythmés et “construits” de piste en piste (#1 est la pire ; #5 pourrait être considérée comme de la musique par plus de 0,1% de la population). Pour tout vous dire, j'aime bien “Meteor Circuit”.
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Chose étonnante, les membres du groupe ne considèrent pas du tout leur musique comme quelque chose de froid ou d'abstrait. Et pour cause : leur but n'est pas uniquement de réaliser des expérimentations pour les sons mêmes qu'elles produisent, mais également de créer des réseaux de sons qui semblent posséder leur propre vie ; le duo perçoit une certaine beauté en cette création d'entités synthétiques animées qui échappent quelque part à leur contrôle. Les idées de Nerve Net Noise sont présentées plus en détail dans les liner notes de leurs albums, mais aussi dans des poèmes intitulés “Début” et “Vent d'été” ( ! ) sur le site du groupe. L'un des premiers synthétiseurs utilisés par Kumakiri est décrit en ces termes (dans un anglais plus qu'approximatif — j'interprète donc un peu, ne pouvant lire le japonais original) : « Cette première machine est capable de modulations incroyablement complexes. À partir des sons qu'elle génère, nous pouvons ressentir l'évolution du cosmos, depuis le big bang jusqu'au développement de l'esprit. Mais elle ne peut pas créer des sons beaux comme ceux d'une flûte ou d'un violon. »
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Nerve Net Noise va jusqu'à exprimer une certaine tendresse et s'aventure même dans le kawaii par moments : leur album “Various Amusements” est censé représenter la journée d'une gynoïde adolescente (qui nage, cuisine, fait du shopping, etc.), et le groupe a aussi composé une chanson toute mignonne en MIDI, accompagnée de paroles en japonais, qui n'a à peu près rien à voir avec ce qu'on peut entendre sur leurs albums mais semble présenter encore une fois la philosophie du duo sous forme poétique…
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À partir de là, je pourrais faire une digression totale vers les otakus, les savants fous et la science-fiction, vous demander si, d'après vous, une machine incroyablement complexe pourrait être dotée de sentience (je serais étonné que Kumakiri n'y croie pas en tout cas !), mais ne m'y connaissant pas du tout, je vais m'arrêter là et vous parler (enfin) de “Dark Garden” (album peuplé par les “habitants de l'obscurité” qui ont “toujours accompagné l'humanité, même s'ils ne sont peut-être que le produit de notre imagination”, d'après le livret).
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Ce septième album surprendra toujours les nouveaux venus par son étrangeté, mais ceux qui se sont déjà frottés à Nerve Net Noise le trouveront étonnamment… écoutable. Écoutez donc Smoke From Past ci-dessus : ça reste très “brut”, certes, mais ce jeu de rythmes a quelque chose de très vivant, presque entraînant ! D'autres pistes restent difficiles à s'enquiller (les premières notamment, ou Snail que certains jugeront redoutable, d'autres ridicule), mais Blood Have Everything You Need rappelerait presque des sons de guitare, Moth des grondements animaux… Si l'on essaie de suivre les idées de Nerve Net Noise, “Dark Garden” pourrait être le son produit par des entités plus évoluées que celles que l'on a entendues sur “Meteor Circuit” : on n'a plus affaire à de simples réseaux mais à des êtres que l'on commence à pouvoir comprendre, qui ont davantage de personnalité. Le monde prend formes, couleurs, on peut même imaginer des débuts de paysages, bref : un univers musical quasi-sui generis en pleine évolution.
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Plus accessible et plus riche que “Meteor Circuit” mais toujours carrément unique et impénétrable pour la plupart des auditeurs, “Dark Garden” est un album que j'apprécie beaucoup — autant pour ses sons que pour les idées du projet — et que je recommande sincèrement aux plus curieux d'entre vous.
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Tagomago ayant récemment quitté le groupe, Nerve Net Noise est aujourd'hui dirigé uniquement par Hiroshi Kumakiri et ses machines… J'espère qu'il va continuer. Des chercheurs-musiciens idéalistes et rêveurs dans son genre, il ne doit pas y en avoir beaucoup !
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— lamuya-zimina

lamuya-zimina, le 12 juillet 2012 | pas de commentaires

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