Lundi 16 juillet 2012

[Alors quoi] Aujourd’hui, E. va mieux… et c’est tant pis.

Publié à 9h04 | 3 commentaires

2005, j'ai 16 ans. A l'heure où l'Internet n'est pas encore installé dans toutes les chaumières, je découvre quelques morceaux d'un certain groupe dénommé EELS, sur des bandes originales de films. A la Noël, j'offre alors "Electro shock blues" à ma soeur qui aime aussi, mais je le lui pique en douce tellement je suis séduite dès la première écoute. Je découvre ensuite que le chanteur, Mr E., a perdu presque toute sa famille successivement : suicide, cancer et crise cardiaque. Il le mentionne souvent dans ses textes et cela renforce la dimension mélancolique et torturée de ses morceaux. Charmée par ce contraste entre la voix rauque et abimée de E. chantant la mort et sa musique toute légère, délicate et pleine de petits choeurs aériens, j'en redemande, je veux encore !


(Elizabeth on the Bathroom Floor)

C'est lors d'une sortie shopping à la fnac de Chartres, la "grande ville" la plus proche de chez moi, que je tombe sur "Blinking Lights & Other Revelations". D'emblée, l'artwork me plait beaucoup, et puis comme j'achète très peu de disques, j'essaie de rentabiliser : 20€ pour 2 CDs de 16 morceaux chacun ça me semble un bon rapport qualité prix. Aux premières écoutes, je repère les gros tubes pour ensuite me les passer en boucle... Mais les années passant...



(Last Days of my Bitter Heart)

Je me suis rendu compte que les interludes me plaisaient d'autant plus. Quelques pistes seulement, une stucture minimaliste, cette dimension est mille fois plus poétique, plus intéressante, plus touchante que les morceaux pop. Je ne me rendais pas bien compte de l'effet que produisaient sur moi ces disques mais je devais plus tard faire le constat qu'ils allaient éveiller en moi une foi musicale.


(Dusk : A Peach in the Orchard)

2011: Cela fait un certain temps que je fantasme à l'idée de voir mon idole sur scène. Je sais que les places partent vite et que la salle risque d'être comble. Il y fait très chaud et tout le monde semble très enthousiaste... Et puis le concert commence.

Soudain, la relation intime et exclusive que j'avais jusque là établie avec Mark Oliver Everett s'est vue comme anéantie par tout ce public plein de bons sentiments et d'entrain. Fans des succès du groupe, ils tapaient dans leurs mains chaque fois que possible. Bien sûr je pressentais cette situation mais je ne pensais pas être aussi déçue. Les musiciens sur scène, beaucoup trop nombreux, et les doux morceaux aux pistes claires bien détachées les unes des autres dans la salle formaient alors un brouaha compact et étouffant. Les morceaux auquels je trouvais depuis des années une singularité poétique et une certaine bizarrerie de génie étaient interprétés de manière tout à fait banale, baignés dans un jus d'instruments à vent. Un moment de franche rigolade pour ce EELS d'aujourd'hui, cette bande de gais lurons barbus mais pour moi c'était l'extinction de cette musique qui m'avait tant faite vibrer.

J'ai depuis ce jour enterré la sombritude de Mark Oliver Everett et entamé le deuil de sa mélancolie.

J'ai le sentiment étrange de lui en vouloir d'être heureux et de gâcher ainsi son oeuvre musicale. Mais ne serait-ce pas là une suite logique ? S'il n'avait pas su soigner sa déprime, ne serait il pas mort aujourd'hui ? Alors, mort de l'artiste ou mort de sa peine ? L'actualité de EELS n'a plus grand intérêt pour moi. Il faut accepter que les choses changent malgré tout, avec les risques encourus et ne pas espérer mais bel et bien passer à autre chose, il y a un temps pour tout. L'art a une fin et c'est ce qui fait toute sa vérité et son authenticité.

Emilie B.

Emilie B., le 16 juillet 2012 | 3 commentaires

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3 commentaires

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  1. « 2005, j’ai 16 ans. A l’heure où l’Internet n’est pas encore installé dans toutes les chaumières » –> tu n’es pas si ancienne que ça, je te rassure

    nico

    16 juil 12 @ 9 h 26 min

  2. ah mais je t’assure que c’est vrai, dans ma région en tout cas !

    Emilie B.

    16 juil 12 @ 12 h 07 min

  3. End Times en début 2010 c’était quand même pas super guilleret ! (celui d’après en revanche…)

    Enfin c’est vrai que la dernière « trilogie » de Eels n’est pas d’un grand intérêt, c’est un peu une resucée de trois de ses meilleurs albums (Electro shock, Daisies, Souljacker) mais sans génie.

    J’ai beaucoup d’affection pour ce barbu même si je n’attends plus rien de lui, et certaines pépites froides de End Times ont malgré tout fait mon affaire.

    Matt

    27 juil 12 @ 11 h 35 min

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