Jeudi 14 juin 2012
[Un Film] « D’obédience quoi ? », ou « L’Antisémite » par quelqu’un qui l’a vu
L'antisémite enfin exposé ! Dieudonné à poil ! Jacky Rigaux en slip ! Le parrain de sa fille ! Le crottin de sa chèvre ! Tout tout tout vous saurez tout sur le plus infréquentable des nègres de France ! C'est marqué dessus, c'est enfin avoué et par l'intéressé lui-même, il l'est, on le savait mais en voilà la preuve, Dieudonné M'Bala M'Bala l'est, c'est certain, antisémite. Il a osé ! Il a poussé jusqu'à commercialiser sa haine envers les juifs, il l'a filmée. Un DVD et puis quoi encore, le présenter à Cannes ? Il a osé aussi !
Heureusement, il y a une justice et le DVD n'a reçu aucun visa et le film a été refusé par Cannes, on l'a échappée belle, un peu plus et la soit-disant sainte liberté d'expression piétinait notre apitoiement assisté post-45. On a échappé à cet infâme film qu'on a bien entendu raison de condamner sans l'avoir même vu : tout est dans le titre ; et cette affiche... pouah ! Alain Soral, Robert Faurisson, toute l'équipe est là, et c'est produit par un iranien, pas la peine de chercher qui finance l'antisémitisme international. Encore un sale coup de l'ami Ahmadinejad ! Dieudonné n'est peut-être pas co-responsable (avec Jacky) de l'Holocauste, comme certains l'ont affirmé (il ne faut pas exagérer) mais il sera co-responsable (avec Mahmoud) de la prochaine guerre au Moyen-Orient lorsque l'Iran enverra ses missiles nucléaires sur les rues de Jérusalem.
Fi donc, illustre pingre de l'amour humain ! Tu ne nous auras pas convaincus de te suivre dans ton aventure hasardeuse, tes théories séculaires et humanistes n'auront eu raison de personne ou presque et tes considérations athées n’entacheront pas notre idéal laïque !
Non mais on se fout de qui ?
J'entendais l'autre jour un ami dire "Le problème c'est que Dieudonné n'est même plus drôle, aujourd'hui. On ne peut même plus le défendre avec l'argument selon lequel il est le meilleur de nos humoristes." J'ai tiqué, je n'ai pu faire autrement que de tiquer, j'ai même presque fait un collapsus pulmonaire au son de cette remarque. Comment donc peut-on penser (je sais fort bien que mon ami le disait à moitié pour rire, je sais aussi qu'il n'est pas le seul à y avoir pensé) qu'un homme doive nécessairement avoir à son actif un talent ou un génie particuliers afin d'être automatiquement dédouané de ses fautes ou d'être défendu devant ses accusateurs ? C'est le raisonnement qui amène tant de braves gens à "pardonner" à Louis-Ferdinand Céline ses pamphlets parce qu'il y a le "Voyage" et "Mort à Crédit". Un génie et un salaud se partageant la vedette on les accepte, on les tolère, mais par pitié éloignez de ma vue ces "erreurs" que je ne saurais voir ! Mille fois non. Dieudonné considéré par certains comme le dernier grand humoriste français et Dieudonné considéré par d'autres (les deux groupes se rejoignent parfois !) comme le plus grand antisémite en activité sur le territoire sont une seule et même personne et les critiques faites de ses agissements sur la scène "politique" ne peuvent pas plus entacher son talent d'humoriste que celui-ci peut excuser ses fautes éventuelles.
Évitons de revenir sur l'affaire Dieudonné, sur les erreurs de jugement grossières et qui m'attristent, des deux côtés, de la ratonnade médiatique et des esprits obtus des uns comme des égarements apportant de l'eau au vin de ses adversaires de l'autre et contentons-nous de répondre à cette question de "L'Antisémite", le film.
Ce dernier n'est pas drôle, pas un instant, pas plus qu'il n'est intéressant, crédible ou bien joué. C'est infernal, un ratage complet, une sous-merde infâme à côté de laquelle "Le Serment de Tobrouk" passerait pour un chef d'oeuvre et je pèse mes mots. Dieudonné lui-même y joue une caricature de son personnage et laisse de côté le talent d'écriture (et de jeu) qu'on lui connaissait sur scène pour s'entourer de comédiens ou simili-comédiens (Soral, Faurisson, Jacky, qui eurent gagné à ne pas revêtir de costume, même pour la "blague") professant des dialogues très écrits et mal écrits tout au long d'un script ahurissant de connerie. C'est indigne de Dieudonné. Pourtant le postulat de départ (réaliser une comédie populaire sur l'Holocauste) était valide et drôlement ambitieux ! Il aurait fallu pour mener le projet à bien s'accorder non pas à déblatérer de façon égocentrique toutes les saloperies qui passaient par la tête de l'auteur mais plutôt à fomenter un déverrouillage par le rire du mythe de la Shoah, qui aurait alors permis à tout un chacun de considérer cet épisode horrible de l'Histoire, comme presque chaque autre évènement regrettable et indignant depuis que l'homme est homme, avec un oeil critique, du respect pour les victimes ET une dose de drôlerie pour le désamorcer et ne pas s'écrouler sous son poids. Le film n'atteint jamais l'ombre de cet objectif de désamorçage, et au contraire s'enfonce dans un cynisme et un second degré douteux qui ne feront qu'offrir du grain à moudre à ceux qui voudraient conserver cet héritage indéboulonnable de la Shoah comme fardeau de l'humanité. On peut comprendre que Dieudonné ait profité de l'occasion d'un tel film pour se décharger de sa névrose vis à vis du sionisme, en caricaturant la position des défenseurs de cette doctrine (Soral personnifiant la pression ignoble du lobby juif sioniste telle que Dieudonné la critique régulièrement). Il eût été plus malin de faire de cette critique un détail sur son canevas, d'être plus subtil (et surtout plus drôle !) dans cette entreprise particulière qui n'aurait pas dû être au centre d'un film que l'on aurait aimé meilleur, moins négatif.
C'est Dieudonné lui-même qui en ressort amoindri. Le film, potentiel grand oeuvre lamentablement bâclé, ne fait que ternir l'image du comédien, de l'humoriste et surtout du commentateur social. Jamais il n'empêche le sionisme, qui s'en voit presque renforcé tandis que la Shoah conserve tout son inviolable caractère sacré. Pour autant, le film n'est pas une oeuvre purement antisémite, pas plus qu'elle n'appelle à la haine raciale, ou bien par mégarde, ou bien des cons. Il ne faut pas confondre les actes manqués d'un grand humoriste (sur le déclin ?) et ses relations difficiles avec ce que l'on peut dire ou non. C'est un raccourci que beaucoup trop (qui n'ont vu ni le film, ni les spectacles ni même n'ont entendu le principal intéressé nulle part - on le boycotte - depuis des années) s'emploient à véhiculer et s'il fallait retenir une seule chose de ce film, ce serait qu'il FAUT voir ce dont on parle, il FAUT entendre les accusés avant de les condamner et il FAUT conserver un esprit critique et ne pas applaudir mécaniquement tout ce qui provient d'un supposé talent.
Dieudonné aurait entamé la production d'un nouveau long-métrage, consacré à l'Afrique. Souhaitons-lui d'apprendre des erreurs de "L'Antisémite" et de servir cette fois-ci son propos, son combat, en n'oubliant pas au passage de nous faire marrer. On en aurait bien besoin.
Joe Gonzalez
18 commentaires
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Relis l’article, Camarade !
« le postulat de départ (réaliser une comédie populaire sur l’Holocauste) »
« fomenter un déverrouillage par le rire du mythe de la Shoah, qui aurait alors permis à tout un chacun de considérer cet épisode horrible de l’Histoire, comme presque chaque autre évènement regrettable et indignant depuis que l’homme est homme, avec un oeil critique, du respect pour les victimes ET une dose de drôlerie pour le désamorcer et ne pas s’écrouler sous son poids »
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Non mais sérieux, son film est pourri, et il prouve déjà, en le voyant, qu’il n’est pas antisémite.
Ensuite, c’est un mec qui a fait l’effort d’aller vers les autres, il a été à Auschwitz, il a recu des rabbins, par contre en retour il s’est fait tabasser par des extremistes, une bombe sur un spectateur à un spectacle, je veux bien qu’on ne l’aime pas, qu’on ne le considère pas drôle, mais de là à parler de malade paranoïaque, faut VRAIMENT VRAIMENT ne rien faire d’autre que de lire, voire, de regarder, que les médias conventionnels (conventionnés?). -
Dieudonné n’a jamais eu la prétention d’être le plus grand réalisateur … d’ailleurs que peut il esperer de ce film qui n’a aucun visa d’exploitation ?
il s’est fait plaisir en jouant une comédie qui choquera les haineux comme « JOSETTE K » !J’ai regardé le début du film et j’ai abandonné au bout de 15 min … voilà mais j’aime beaucoup l’humouriste, c’est tout simplement le meilleur.
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Joe, explique-moi comment on peut honnêtement prétendre faire un film fomentant « un déverrouillage par le rire du mythe de la Shoah, qui aurait alors permis à tout un chacun de considérer cet épisode horrible de l’Histoire, comme presque chaque autre évènement regrettable et indignant depuis que l’homme est homme, avec un oeil critique, du respect pour les victimes ET une dose de drôlerie pour le désamorcer et ne pas s’écrouler sous son poids » en collaboration avec des gens qui ont consacré leur vie à démontrer qu’il s’agit bel et bien d’un mythe. Tu y crois quand tu l’écris ?
Chuenthez, je ne vois pas en quoi le fait d’être la cible d’extrémistes pourrait donner un quelconque crédit à qui que ce soit. C’est un peu comme se dire que Soral et Faurisson sont ouverts et gentils car ils sont amis avec un noir.
Sur ce je retourne me vautrer dans mes confortables médias conventionnels, médias qui comme chacun le sait ne font jamais la moindre pub aux coups médiatiques stupides de Dieudonné, qui ne semble vivre que pour ça.
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Franchement, y en a encore pour le défendre ? Ou même pour en avoir quelque chose à foutre ?
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Rien à voir. Tu parles de paranoïa, alors qu’il relate simplement les faits qui lui sont arrivés. Quand de telles choses t’arrivent, ce n’est pas de la maladie paranoïaque. Par contre, de le considérer antisémite et s’attaquant donc, à toute la population juive de l’univers, ça c’est de la paranoïa maladive, véhiculée par de nombreux médias. Il tient à démontrer à quel point cette paranoïa est stupide, par la provocation, qu’on peut trouver drôle ou non, mais qui ne reste que de la provocation, dans son métier qui est comédien. Il est contre le sort reservé à n’importe quel homme, au fait qu’il soit « diabolisé », en se montrant au coté de Faurisson (dont il ne défend pas les thèses, il l’a souvent répété – dire qu’on est pas raciste alors qu’on a un ami noir et tout aussi débile que de dire qu’on est négationniste parce qu’on a des amis négationnistes), ou Le Pen. C’est en se confrontant à ces gens, en débattant et en démêlant le vrai du faux qu’on peut faire avancer l’Histoire. Les réduire à des infréquentables, ca leur donnera toujours une attitude de martyr, et ça fera toujours venir des gens vers eux. En France, par exemple, il n’y a qu’un seul parti qui a voulu se confronter à Le Pen et cherchant à expliquer en quoi son programme était mauvais et dangereux – ce parti s’est d’ailleurs un peu trop perdu là-dedans au final – mais au moins ça a permis – à ceux qui ont voulu s’y intéresser, pas vraiment les médias traditionnels, pour qui Le Pen = le mal suffit, et a suffi d’ailleurs à donner un gros coup de pouce à l’UMP – d’y voir plus clair. Faurisson, tant qu’on ne le laisse pas s’exprimer, on ne pourra pas se rendre compte à quel point ce qu’il dit est abject dans la plupart de ces analyses « scientifiques ». Dieudonné se moque et dénonce cet état de fait en montrant les « infréquentables » et en les caricaturant. Le problème c’est que lui étant déjà un « infréquentable », ça n’a pas franchement marché.
Enfin, Dieudonné vivait très bien sans qu’on l’emmerde avec toutes ces histoires et ses blagues. Il fait des blagues « antisémites » (si on veut…) dans le Divorce de Patrick et tout le monde crie au génie, le mec remplissait l’Olympia et le Zenith, donc non, il avait pas vraiment besoin de coups de pouces médiatiques avant qu’on lui donne des coups de pieds au cul médiatiques. -
Je préfèrerai que les gens en ait rien à battre et laissent ceux qui l’apprécient avoir toute la liberté de l’aimer, plûtot que de nous expliquer combien ce personnage est dangereux sur des arguments faux du type « Il parle avec Faurisson donc c’est un négationniste », ou encore « Il critique la politique d’Israel et se fait financer par l’Iran donc c’est un antisémite ». Yves Rocher finance la campagne du FN, j’utilise la crème de douche Yves Rocher, je suis un fanatique d’Hitler?
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Je ne peux qu’adhérer façon glu++ aux propos lumineux de chuenthez ci-dessus.
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Mais moi aussi, seulement il ne répond pas à ma question.
(Comment on peut sérieusement oser prétendre vouloir faire rire avec bienveillance sur la Shoah en exhibant avec force connivence un type qui martèle qu’elle n’a pas existé, et comment vous, en tant que spectateurs intelligents, pouvez y croire ne serait-ce qu’une seconde)
(et je ne parle même pas de l’autre mister PC -> FN -> Dieudonné, qui, c’est sur, est un type qui n’a pas de problème dans sa tête)
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Je n’ai pas bien compris ta dernière parenthèse mais pour la seconde, chuenthez a écrit : « Dieudonné se moque et dénonce cet état de fait en montrant les « infréquentables » et en les caricaturant. ». Mais ça ne fonctionne pas. Comme l’article et chuenthez le démontrent, nous croyons qu’il est possible de démonter la Shoah comme mythe de l’horreur intouchable mais nous pensons tous deux que la méthode de Dieudonné pour se faire n’est pas bonne et c’est pourquoi ça ne fonctionne pas et pourquoi le film est raté et nul.
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« Comme l’article et chuenthez le démontrent, nous croyons qu’il est possible de démonter la Shoah comme mythe de l’horreur intouchable mais nous pensons tous deux que la méthode de Dieudonné pour se faire n’est pas bonne et c’est pourquoi ça ne fonctionne pas et pourquoi le film est raté et nul. »
Mais bien sûr que c’est possible, mais Dieudonné ne peut pas le faire parce qu’au fond ce n’est pas ce qu’il veut, sinon il ne s’y prendrait pas comme ça (ou alors il est vraiment complètement con !). Ce qu’il veut c’est faire parler de lui, créer de la polémique, du buzz en conviant un FN et un négationniste dans une comédie sur la Shoah, comme un vulgaire Morandini de base.
Les « infréquentables », Dieudonné ne se contente pas de les montrer, il va bouffer chez eux et c’est bien cela que je lui reproche. Desproges (oh non pas encore lui putain !) disait « peut-on rire de tout ? Oui. Peut-on rire avec tout le monde ? Non. » Tout est dit. Desproges ne pouvait pas rire du racisme avec Le Pen, Dieudonné ne peut pas rire avec Faurisson sur la Shoah, je ne peux pas rire avec mon oncle sur les arabes. Point.
A MOINS D’ÊTRE UN FAUX-CUL, EVIDEMMENT.
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Franchement quel est l’intérêt de cet article? Générer plus de connections vers C’est Entendu? On ferait mieux de s’en tenir aux aventures-dont-vous-êtes-le-héros ou de reparler de musique.
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Arthur : l’intérêt ? Parler d’un film, parler de quelque chose (la réception de Dieudonné) qui m’intéresse. Quelle drôle de réaction !
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Ah ah, excellent le lien ! L’éloge d’Ahmadinejad comme guide dans la lutte contre le sioniste, ah ah, excellent le sketche, ah ah, il est trop con. Quoi ? C’est pas un sketch ? Il est sérieux ?
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Ah ben merde, il est vraiment trop con en fait. A une autre époque il aurait surement trouvé Amin Dada vachement sympa. Un autre grand anti-sioniste Amin…
Entre Dieudo et le bouquin de l’autre musaraigne Nabe, manque plus qu’un article sur la petite bonasse Machéral-Le Pen, qui je dois dire à un côté excitant dans le style petite pute fascitoïde.
Non mais sérieux, faites gaffe quand même à pas trop draîner des lecteurs chelou à force… -
J’adore le glissement de Nabe à Le Pen. Bien vu !
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(j’ai publié un article sur Le Pen il y a quelque chose comme un mois, d’ailleurs)






















J’ai une question, Joe : si (et seulement si) Dieudonné n’est pas un gros étron, ou un malade paranoïaque au dernier degré, peux-tu s’il te plaît m’éclairer sur ce qu’il essaye de faire avec ce film, au juste ?