Vendredi 1 juin 2012
[Réveille-matin] Terry Riley – In C
Si la popularisation du noise répétitif par le Velvet Underground doit beaucoup à John Cale, lui-même fût très redevable à de multiples compositeurs, dont il était contemporain et qui ont tous à un moment ou un autre flirté avec le minimalisme. Parmi ceux-là, Terry Riley (avec qui Cale réalisa justement un album dans les années 70) fût l'un des piliers de ce mouvement tel qu'il se développa dans les années 60 ; sa composition In C étant la plus emblématique, la plus connue et la plus jouée encore aujourd'hui.
Facile, trop facile d'associer en permanence les sixties au rock garage, au psychédelisme et au début du prog ; c'est sans compter que la décennie regorgeait de compositeurs de musique dite "écrite" dont les travaux ont influencé dans l'ombre, tels des marionnettistes, des dizaines de groupes pour les années à venir, et dont la trace est toujours présente aujourd'hui par un indubitable effet de ricochet accouplé à la destruction des barrières temporelles de notre ami le web.
Une percussion aigue qui bat inlassablement l'hypnotique cadence, par-dessus laquelle un groupe au nombre indéfini de musiciens (une trentaine environ) reproduisent une succession de motifs autant de fois qu'ils le veulent, en commençant par une gamme de do ("C" en angais) puis en glissant vers d'autres ; In C est une merveilleuse ambivalence entre le sublime mélodique et l'acharnement nerveux pouvant conduire l'auditeur à se fracasser la tête contre un mur. Ce ne serait pas exagérer que d'y entendre les prémices des fresques synthético-futuristes de Kraftwerk ou par exemple du thème d'Halloween de Carpenter qui verra le jour quinze ans plus tard.
Mais ne nous emballons pas trop pour l'instant ; nous en sommes en 1964, le président des Etats-Unis Johnson vient de déclarer la guerre à la pauvreté alors que des musiciens un peu allumés tentent de réaliser des morceaux de plusieurs dizaines de minutes en se contentant de quelques notes ou de bourdonnements chaotiques. Les Riley, Glass, Reich et autres La Monte Young ne savent pas forcément qu'il vont être responsables, au grand dam de certains et au bonheur des autres, de toute une tendance musicale ayant bercé la dernière partie du XXème siècle, de Neu! à Bowie, de Sonic Youth à Aphex Twin. Il faut rendre à César ce qui est à César, sur fond de pulsations incessantes et de gammes simples à répéter ad vitam æternam.
Matt





















trés bonne idée que de faire entendre Terry Riley le précurseur, musique répétitive c’est certain, mais riche de substance. Ecoutez-voir aussi « Poppy Nogood and the Phantom Band » et « Persian Surgery Dervishes ». J’ai découvert grâce à Daniel Caux, quand il officiait sur France Musique (ou Culture), les heures tardives de la nuit, et aussi à Jean Pierre Lentin dans « Actuel », qui nous mettait la puce à l’oreille, par ces étonnantes trouvailles musicales.