Mercredi 27 juin 2012
[Fallait que ça sorte] Police on my back
Dans le temps, j’animais une radio libre avec quelques copains. KSBR, ça s’appelait, pour faire californien. Et, en 1980, on n’avait rien trouvé de mieux, dans notre palmarès annuel, que de sacrer "Reggatta de Blanc" meilleur album. Attention, je n’étais pas tout seul à décider, hein, mais, à l’époque, la bande à Sting entrait beaucoup plus dans nos préoccupations musicales que Joy Division, qu’à vrai dire, personne parmi nous n’écoutait.
Tout cela est tellement lointain que je me demande si j’ai vraiment aimé ce groupe ou si je me suis laissé prendre par le tourbillon d’une exaltation aussi générale qu’inexplicable. Enfin pas si inexplicable que ça en fait, Police ayant pu être classé, selon les avis les moins autorisés, parmi les punks ! Alors, si les punks c’était ça, même ma tante était prête à en tâter parce que Sting, c’était quand même pas le genre à narguer son public, façon Johnny Rotten ou Jean-Jacques Burnel. Juste cette combinaison de mécano qu’il arborait sur scène et que je trouvais très seyante.
De là où nous étions, nous voyions quand même assez mal les vrais enjeux de l’affaire. Car The Police (d’ailleurs, on disait simplement Police) était un groupe pas mal fabriqué, par Stewart Copeland, notamment, un arriviste qui a bien vu la brèche par où le succès allait s’engouffrer. De même, il ne nous serait jamais venu à l’esprit de nous interroger sur l’âge avancé du guitariste Andy Summers. Trente-huit piges, à l’époque, ça faisait un peu vieux pour un punk, d’autant que si on s’était renseigné, on aurait su que l’homme avait joué avec Kevin Ayers et Eric Burdon. De toutes façons, Summers, on s’en fichait un peu, vu que le groupe misait tout sur la rythmique. The Police, c’était un peu la fin des guitar heroes, remplacés par des mecs qui produisaient des bruits bizarres avec leurs pédales d’effet.
Et puis, truc marrant, avec The Police, on avait décidé de faire un trio de blonds, à une époque où la blondeur se portait pas mal (voir Paul Simonon ou, défense de rire, Billy Idol). Peroxydés, les membres du groupe avaient l’air de faux-frères. Il faut croire qu’on était sensible à l’apparence, ça plus le sillon d’une new wave (l’expression est lâchée) qu’ils avaient contribué à créer en la nourrissant avec l’engrais du reggae, à coups d’albums aux noms mystérieux et finalement complètement cons. Tiens, un peu de sémantique, au passage : "Reggatta" donc Jamaïque, vaguement, oui mais, "de Blanc", c’est-à-dire pour vous les petits minous, un truc bien fréquentable et aseptisé, pas du gros dub de blacks enfumant le dancehall avec leurs spliffs qui puent. Du reste, on avait un peu de mal avec le reggae, le vrai. Marley, à la limite, mais pour les autres, on se forçait un peu. Par exemple, on achetait le dernier Steel Pulse mais on le mettait seulement pour faire genre. Avec The Police, on avait le reggae pour les nuls, la version pas originale. Mais qui sait, peut-être que Sting le roublard nous a ouvert la porte vers d’autres horizons, et que si j’écoute un Culture de temps en temps, c’est, en partie grâce à lui ?
(Message in a Bottle)
Du reggae, substrat sur lequel le groupe s’est beaucoup reposé, on avait la rythmique, sautillante, souple, élastique, mais pour l’esprit, tu repasseras. D’ailleurs, dans le genre con, on avait aussi le ska à l’époque, et ses « tchick-a-tchick, tchick-a-tchick ». Un Madness s’enchaînait toujours assez bien avec un Police dans les rallyes. Sur la fin de Message in a Bottle, on pouvait même se tenter un petit pogo, pas en se foutant des coups de boules dans la tronche non plus, on était dans le seizième.
Bon, effort de mémoire. Ai-je aimé "Outlandos d’Amour" (parce que je vais m’arrêter là, comptez-par sur moi pour disséquer "Ghost in the Machine" ou "Synchronicity", parus à une époque où The Police a complètement cessé de m’intéresser) ? Oui, j’ai aimé Next to You, parce que le morceau me semblait dépoter dans l’urgence, oui, j’ai aimé I Can’t Stand Losing You parce qu’on pouvait reprendre le refrain en chœur, oui, j’ai aimé Rooooooooooooxane, parce que, à l’époque, je n’avais pas encore écouté "Berlin" (de Lou Reed, Ndlr) et que cela correspondait à l’idée que je me faisais du sordide. Remarquez, je dis ça, mais c’est tout juste si l’on faisait attention aux paroles. Mais quand même, le coup de la pute, ça nous avait marqué, avec Sting qui faisait son abbé Pierre des trottoirs.
Après cela, "Reggatta de Blanc" fut d’emblée élevé au rang de chef d’œuvre. Ah, la basse bien ronde de Walking on the Moon ! Doom-doom-doom-padam-doom-doom-doom, ça faisait et on se fredonnait mentalement le gimmick en cours quand on s’ennuyait. Et puis, il y avait un ou deux morceaux un peu mystérieux (Reggatta de Blanc, Contact) qui dénotaient quelques préoccupations vaguement expérimentales. On sait maintenant que c’était le truc de Stewart Copeland, celui qui voulait tirer le groupe vers les musiques tribales et auquel on doit, par la suite, quelques travaux intéressants (par exemple, sa B.O. pour Rusty James, le film de Copolla). Sting, le vieux minet, l’homme qui savait jouer de la basse tout en chantant haut-perché (et croyez-moi, c’est pas facile, demandez à McCartney), visait déjà d’autres horizons, qui furent d’abord jazz-rock, puis variétoche. Aujourd’hui, il se prend pour Alfred Deller et reprend du Dowland.
Que reste-t-il de tout cela (dites-le moi) ? Je n’ai plus un The Police dans ma discothèque. Tout ce que je vous raconte, c’est de mémoire. Un malheureux dégât des eaux a eu un jour raison de ma collection de vinyles et s’il y a un groupe dont je n’ai pas jugé utile de racheter le moindre opus en CD, c’est The Police. Les Pretenders, j’ai racheté, certains Joe Jackson, aussi, "Fear of Music" des Talking Heads, évidemment, mais The Police, que dalle, même en promo à 3,99 euros chez Auchan. Je ne vous parle même pas des groupes de garçons-coiffeurs à la Duran Duran ; ça, c’est comme les drogues dures, je n’y ai jamais touché (bon, si, quand même, j’ai dansé une fois sur Dont You Want Me de Human League, mais c’était pour emballer et ça s’est soldé par un échec ; non, c’est pas vrai, j’ai Don’t You Want Me sur mon i-pod ; en fait J’ADORE Don’t You Want Me et j’ai même pas honte).
(Don't You Want Me)
J’ai trop aimé ce groupe à tort. Il y avait une émulation générale à l’époque qui nous faisait prendre des vessies pour des lanternes. Du Capitole à la Roche Tarpéienne, il n’y a qu’un pas et, après avoir sacralisé le trio, on l’a tout simplement…oublié . Et puis, ça a vraiment mal, mais alors très mal vieilli. Certes, il y en a eu d’autres dans le genre (que ceux qui écoutent encore les B 52’s lèvent la main), mais les « éooo, oh, oh », c’est vraiment devenu insupportable.
The Police était un groupe pour ados, l’écouter au-delà de la vingtaine est une faute de goût.
AGM
3 commentaires
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Le premier album des B 52′s est une bombe et quinconque ne l’écoute pas aujourd’hui commet une faute grave.
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Je suis d’accord avec (N°6) (et c’est pas souvent) ! Le premier B 52′s est super bien.























Chouette témoignage ! Je me suis toujours demandé comment The Police avait pu conserver une telle aura, aujourd’hui encore, au delà de leurs 3-4 tubes vraiment réussis.