Jeudi 21 juin 2012

[Vise un peu] iamamiwhoami – kin

Publié à 7h34 | 6 commentaires
J'ai découvert iamamiwhoami en sortant de ma grotte il y a quelques semaines à peine, avec la sortie de “kin”. Soit après tout le buzz que le groupe avait entretenu dès 2010 au moyen de vidéos énigmatiques et autres aguiches mystérieuses. (Si vous avez, vous aussi, raté l'affaire, les sites et articles dédiés permettant de vous rattraper sont légion — ici par exemple pour démarrer.) Tant pis pour moi : j'aime beaucoup ce genre d'alternate reality game… mais le fait d'être passé à côté de tout cela à l'époque m'a aussi permis de découvrir le groupe par sa musique même, (presque) sans a prioris ni attentes.
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Et ce que j'ai entendu ne m'a pas vraiment préparé à ce que j'allais découvrir du projet par la suite.
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Mais commençons par le début…
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1. préludes; bounty
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Les éléments formant l'univers “para-musical” d'un groupe peuvent tenir à la fois de l'art et du marketing : tout dépend de la démarche adoptée par les artistes. La pochette d'un album peut être accessoire, ou bien partie intégrante de l'œuvre si l'artiste y met du sien ; idem pour les clips ou même les titres des pistes. Chez iamamiwhoami, tout semble lié et réfléchi. On peut accuser le groupe de jouer les cartes du teasing et du marketing viral, mais ce serait être aveugle au fait que leurs énigmes sont prenantes et leur univers digne d'intérêt (ne serait-ce que par la beauté de certaines vidéos)… La création d'une œuvre multimédia, qui se développe sur plusieurs plans pour former un univers à la fois plus fragmenté et plus “total” que ce que l'on peut créer à l'aide d'un seul : c'est bien cela qu'a créé iamamiwhoami avec ses premiers projets (à savoir les courtes vidéos-“préludes”, puis les chansons formant le projet “bounty”, sorties sous forme de clips individuels puis dans un film-“concert” d'une heure… mais pas en album studio !).
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Après avoir écouté “kin” (j'y viens, j'y viens…), j'ai donc regardé “in concert”, film d'une heure (un peu trop) glauque mais réussi, qui d'une certaine manière marque l'aboutissement du projet “bounty” : la mise en scène dansée de ce qui semble être un sacrifice humain, commis par plusieurs personnages mystérieux. On est quelque part entre, disons, David Lynch et Lady Gaga (ou autre chanteuse pop à la garde-robe fourmillante et excentrique… remplacez par Björk si vous voulez être plus gentil). La musique est pop mais pas inintéressante : une ballade sur sons de clavecin électronique (b), des chants sur percussions sourdes et telluriques (t), des beats presque furieux à un moment donné (u-2), rien d'extrêmement original mais quelques belles réussites.
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“bounty” est un projet aux multiples facettes : on peut écouter les chansons pour elles-mêmes (en version studio ou sur l'enregistrement audio d'“in concert”), regarder chaque clip individuellement, assister au film et/ou tenter de déchiffrer et d'assembler les pièces du puzzle — les impressions seront différentes à chaque fois. Une démarche honorable, un résultat qui l'est aussi, mais qui pourra néanmoins susciter une critique chez ceux qui ne s'intéressent qu'à la musique et pas à l'art multimédia : iamamiwhoami a-t-il entièrement voulu ce décalage entre le style résolument pop de la musique et les thèmes, images et histoires beaucoup plus glauques du reste du projet ? Ou le groupe a-t-il utilisé ces images comme des béquilles, pour donner au projet une dimension sombre et étrange que les chansons seules — contrairement à celles de Fever Ray, par exemple — n'atteignent pas ? (*)
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2. kin
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En écoutant “kin” pour la première fois, sans aucune information concernant le projet, j'ai donc entendu une synth-pop relativement classique. Loin d'être mauvaise, mais pas révolutionnaire pour autant. Si on m'avait présenté iamamiwhoami comme un projet explorant les mythes de manière “terrifiante” (sic), j'aurais sans doute été déçu ! Quant aux vidéos qui accompagnent chacune des pistes (“kin” est également un “album audio-visuel”), elles sont nettement plus minimalistes, moins invasives… et honnêtement moins prenantes que les mandragores aux visages noirs et personnages-animaux déroutants que l'on a pu voir auparavant.
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Pourtant, ce deuxième projet ne sera pas une suite décevante pour tous. “kin”, contrairement à “bounty”, est un véritable album, un projet musical avant tout ; et ce qu'iamamiwhoami a perdu en mystère, le groupe le gagne en refrains accrocheurs, avec un style plus franc, plus centré sur les mélodies (et moins sur les atmosphères).
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Contrairement aux travaux de The Knife ou Fever Ray dont semble s'inspirer le groupe (la comparaison est presque inévitable : deux chanteuses suédoises à la voix atypique, qui évoluent dans un univers synth-pop à la fois sombre et relativement accessible et qui sortent plein de vidéos…), iamamiwhoami sans ses images ne présente pas d'atmosphère unique. Tout est accessible, rien ne sonne réellement nouveau et la surface est assez lisse. Ce manque d'originalité est néanmoins pardonnable vu la qualité des compositions : sever ouvre l'album avec résolution, lenteur et une voix presque plaintive, sensuelle tout en étant quelque peu inquiétante ; drops et in due order peuvent se percevoir comme des appel à la danse tout en présentant une certaine tension (ou, dans la seconde, une certaine agressivité), good worker a quelque chose de rétro et est surtout particulièrement accrocheuse… la production est impeccable, les sons de synthé semblent baigner l'auditeur, et malgré une ou deux pistes un peu oubliables (rascal notamment), “kin” laisse une très bonne impression. L'album se termine d'ailleurs sur un final parfait, résolument dansant, plus accrocheur que tout ce qu'a pu sortir le groupe auparavant et qui donne envie de rappuyer immédiatement sur le bouton “play”. Pas bizarre, donc, “kin” — mais pop au cœur, et pas raté pour autant !
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Que penser d'iamamiwhoami après tout cela ? Moins original que ses inspirations, jamais tout à fait unique, le groupe ne manque pourtant pas de qualités ; on pourrait accuser Jonna Lee et ses acolytes d'en faire un peu trop pour attirer les curieux et satisfaire ceux qui s'intéressaient au projet pour son caractère multimédia, de quoi faire le buzz confortablement sans jamais trop chambouler les auditeurs, mais ça serait faire preuve de cynisme. “bounty” était une œuvre multimédia cryptique et labyrinthique dans laquelle on peut se perdre en interprétations, “kin” est un très bon album de synth-pop, et ce n'est pas pour cela que l'un est meilleur que l'autre. Les deux sont tout à fait recommandables, et même à ne pas manquer si vous aimez le genre — tout dépend de ce que vous recherchez.
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— lamuya-zimina
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(*) J'ai l'impression que le grand public est beaucoup plus disposé à accepter des images bizarres et dérangeantes que de la musique partageant les mêmes qualités… Une musique aussi glauque que les vidéos d'iamamiwhoami illustrée par des vidéos aussi classiques que leurs chansons n'aurait sans doute pas rencontré le même succès. Pourquoi cette différence ?

lamuya-zimina, le 21 juin 2012 | 6 commentaires

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6 commentaires

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  1. Allez, je le dl pour voir un peu !
    Chouette article, Lamu !

    TANK

    21 juin 12 @ 10 h 50 min

  2. Oui, bon article et bonne conclusion. Le buzz aujourd’hui se fait sur une pseudo mystique (Wu-Lyf, ah ah ah) ou une pseudo bizarrerie (Lady Gaga) qui en fait ne fait peur et n’intrigue vraiment personne. C’est l’équivalent du bon vieux clip sur MTV il y a 20 ans. Les « projets multimédias » et autre trucs fumeux du genre ne sont qu’une façon d’essayer de relancer les ventes quand l’industrie du disque s’écroule.

    (N°6)

    22 juin 12 @ 13 h 13 min

  3. Et que pense Joe de cet album ?

    TANK

    25 juin 12 @ 10 h 05 min

  4. Je ne l’ai pas écouté, le buzz-vidéo m’avait pour le moins éloigné de ce groupe tout de minuscule vétu.

    Joe Gonzalez

    25 juin 12 @ 10 h 11 min

  5. Parce que moi je trouve ça pas top du tout, alors toi ça risquerait de te donner envie de tout casser.

    TANK

    25 juin 12 @ 10 h 30 min

  6. j adore ce genre mysterieux et atypique de ce groupe que j ai connu par hasard en aout dernier j ai ete tres emballé par les melodies et l univers mysterieux de jonna lee smith

    david

    29 sept 12 @ 17 h 01 min

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