Samedi 5 mai 2012
[Réveille-matin] Syd Barrett – Effervescing Elefant
L'éléphant métaphorique de la semaine n'est pas, pour une fois, un cadre du Parti Socialiste. Il s'agirait plutôt du proverbial "elephant in the room" de nos amis anglais, celui-là même désignant une vérité sue de tous mais que personne n'ose exprimer. La vérité c'est qu'on sait tous qui sera le prochain président de la République Française. On le sait mais on ne le dit pas. Soit par déontologie journalistique, soit par pudeur, soit par fair-play pour l'autre camp, soit par peur de se tromper, les raisons sont nombreuses. Dans mon cas, je n'hésite pas à déclarer à qui veut l'entendre que c'est plié depuis des semaines mais je ne me risquerai pas à l'écrire ici en toutes lettres pour la bonne raison que j'ai peur... d'un soubresaut horrible qui me donne tort. J'ai peur... de jinxer le vainqueur annoncé, de lui porter malheur par une assertion trop anticipée. J'ai les foies ! Encore 36 heures avant d'en avoir le coeur net et j'ai les genoux qui tremblotent, les molaires qui s'entrechoquent et j'en chie grave dans mon froc. Alors pour faire passer le temps et penser à autre chose, je n'ai rien trouvé de mieux que de chantonner, siffloter, tapoter une comptine un peu idiote, infantilisante et foncièrement absurde, enregistrée par feu-Syd Barrett, par qui d'autre ?
Une histoire de tigre effrayant dont toute la savane se méfie et qui, après avoir répondu aux animaux qu'il n'ont rien à manger sur les os, préfère avaler l'éléphant effervesciste... Je dois être un peu maso ; cette histoire a tout de même quelque chose de salement prémonitoire. Au point où on en est, qu'est-ce qu'on risque ? Aaaaaallez je le dis, je l'écris, je le fais parce que c'est beau, beau dans le sens où ce que je perçois me procure du plaisir et je perçois un avenir direct (avant la crise, la guerre ou que sais-je) radieux, heureux, un avenir direct d'une durée d'une semaine ou deux durant lequel je me sentirai heureux d'être en France, heureux de n'être plus bouffé par la honte dans mon propre pays, heureux de ne me sentir pas malaisé entre Marigny et la rue du Faubourg St Honoré, heureux de ne plus revoir chaque matin certains visages, heureux de ne plus vivre dans la France de Nicolas Sarkozy, heureux par voie de fait d'avoir vu le sacre de Françoise Hollande.
Et deux semaines de tendre liesse plus tard, ce sera avec plaisir que j'entamerai face à vous ma critique acerbe du socialisme hollandien.
Joe Gonzalez
2 commentaires
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J’apprécie particulièrement le pragmatisme de la phrase finale





















J’ai les foies autant que toi voire plus ! Fous-moi pas la chiasse…