Vendredi 25 mai 2012

[Vise un peu] Shackleton – Music for the Quiet Hour / The Drawbar Organ EPs

Publié à 11h15 | 3 commentaires
Parfois, il peut être bon de s'engager à l'aveugle dans un disque, sans savoir à quel(s) genre(s) il appartient, qui en est l'auteur ou quoi que ce soit d'autre. Je n'aurais peut-être pas découvert mon deuxième album préféré de l'an dernier si j'avais su qu'il était signé par le leader de Porcupine Tree — et je n'aurais probablement pas écouté “Music for the Quiet Hour / The Drawbar Organ EPs” si on m'avait dit que Sam Shackleton faisait du dubstep.
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Non pas que je déteste absolument tout dans le dubstep (je reconnais qu'il y a de bons disques dans le genre), mais l'invasion de ces sons à la palette limitée, aux percussions basiques (voire médiocres) mises en avant au point de faire mal à la tête (même chez les grands noms) ou aux bass drops vulgaires finit par me saoûler franchement. Il faut un peu de talent pour continuer à faire du dubstep en évitant les poncifs et les écueils qui finissent par paraître inhérents au genre… Heureusement, du talent, Shackleton en a. Mais il ne s'agit pas tant ici de faire du “dubstep de qualité” que de s'inspirer du genre puis de s'en éloigner, et surtout de le rendre étrange — étrange et captivant.
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“Music for the Quiet Hour” peut évoquer deux images qui semblent ne rien avoir de commun : la longueur et l'imprévisibilité mêmes de cette première composition (qui s'étend sur plus d'une heure), les drones, résonances, tempos lents et basses profondes font ressembler ce disque à un long voyage dans l'espace vers des planètes inconnues — rarement désertes, jamais tout à fait hospitalières. Mais les percussions (d'inspiration africaine ?) sont aussi un élément fondamental de cette musique : dansantes, prenantes et étonnantes au milieu de cette étrangeté, elles complètent à merveille le tableau en apparaissant à la fois familières tout en restant, quelque part, animées de mystère. (Tout dans cet album semble être une danse ou un trip à la frontière du connu et de l'inconnu.)
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… et là, je m'emporte encore un peu plus et je me mets à penser à une histoire racontée par un explorateur par une chaude nuit d'été ; une histoire par certains côtés extravagante, improbable, sans jamais paraître impossible. Car “Music for the Quiet Hour” est aussi une narration — au sens propre comme au sens figuré. De nombreux fragments de spoken word sont présents, notamment une lettre du parolier (Vengeance Tenfold) adressée à sa petite-fille qui vit en l'an 2065 ; plus souvent, des phrases isolées, dont une référence à Fela Kuti (je crois). Mais surtout, les rythmes et les directions que prennent l'album sont trop inhabituels pour être ignorées. On sort d'une lente ligne droite dans le vide pour arriver soudain à un rythme enjoué et déconcertant, puis on perd le sens de l'équilibre : les voix s'étirent, on ne sait plus si les sons vont à l'envers ou pas, les répétitions donnent l'impression qu'on est à l'intérieur une boucle temporelle. Ces effets sont pourtant trop maîtrisés pour tomber dans le gimmick ou le chaotique: on ne sait pas encore où l'on va, mais l'excitation de la découverte nous pousse toujours plus loin pour le découvrir.
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Je vous ai surtout parlé du premier disque, mais les pistes des “Drawbar Organ EPs” (qui accompagnent “Music for the Quiet Hour” sous la forme d'un second CD ou de trois vinyles, selon les versions) sont tout aussi réussies. En fait, je vous recommanderais même de débuter par là : les mélodies et rythmes de ces pistes (plus accessibles et plus adaptées à l'écoute diurne) sont plus évidents, les structures peut-être plus classiques, mais toute la personnalité du son de l'artiste se retrouve concentrée dans ces morceaux que l'on peut percevoir comme des histoires indépendantes et/ou des descriptions plus détaillées de paysages rencontrés lors d'un périple parallèle à celui qu'on entend sur l'autre disque. Deux moitiés complémentaires, un même style qui s'exprime dans deux formats différents.
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Au final, on n'a pas vraiment envie de classer “Music for the Quiet Hour / The Drawbar Organ EPs” dans le dubstep — et pas seulement parce que ce genre finit par avoir (du moins à mes oreilles) mauvaise réputation, mais surtout parce que ce disque est tout sauf un “album de genre”. N'hésitez pas à embarquer : le voyage est enivrant.
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— lamuya-zimina

lamuya-zimina, le 25 mai 2012 | 3 commentaires

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3 commentaires

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  1. Un artist bien cool, vraiment différent de ce qui se fait dans le style.

    add

    25 mai 12 @ 15 h 53 min

  2. Je suis en train de l’écouter, de nuit, en entier (EP’s compris), en écrivant, seul chez moi. Ca fonctionne à mort. C’est très bon. Le spoken word me rappelle (un peu) Terre Thaemlitz sur son dernier disque, là. (DJ Sprinkles). Merci de l’avoir écouté pour nous !

    Joe Gonzalez

    7 juin 12 @ 23 h 34 min

  3. un des album de l’année, et je suis d’accord avec le rapprochement des spoken words de Terre Thaemlitz. Dans les deux cas, en effet, le sens des paroles rends leur éxistence « materielle » magnifique. ce qui est inédit, il me semble, en musique éléctronique.

    simon

    8 juin 12 @ 15 h 40 min

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