Lundi 14 mai 2012

[Vise un peu] Beach House – Bloom

Publié à 8h00 | 16 commentaires

Ce qui est intéressant cette fois-ci... Non, rien. Pas la peine de chercher.

Si les mots "aspérités", "profondeur", "contours", "reliefs" doivent ou peuvent être appliqués lorsque l'on décrit ou critique la musique populaire, alors il faudrait absolument ne pas les utiliser pour décrire le quatrième, que dis-je, l'énième album de Beach House, le très mal nommé "Bloom".

Quelle mouche a en effet bien pu piquer le duo-dont-tout-indie-kid-raffole pour mettre le mot "épanouissement" au firmament de son intention ? C'est offrir le gourdin pour se faire castagner par les gens comme moi qui justement espéraient de Beach House un renouvellement, enfin. Après trois albums en constante progression mais sans grande ambition, on ne demandait pas un "Kid A", mais tout de même ! Servir tous les deux ans une resucée édulcorée et glaner ainsi plus de fanatiques (le concert parisien était complet deux mois à l'avance), ça n'a rien de très brave et ça n'incite pas les critiques à louer l'effort. Quel effort ? Aucun, en effet, puisque "Bloom", qui aurait pu s'intituler "Capitalize" ou plutôt "Fructify" pour rester dans les métaphores florales, ne propose rien de neuf, aucune recherche, aucune évolution. C'est là un autre "Teen Dream", plus simple encore à aimer, moins raffiné encore, et plus proche des aspirations stadières d'un U2 que des ambitions post-pop d'un Radiohead. Soit. Après tout, l'exploration n'est pas une pensée commune et certains adorent stagner dans la beauté, car de beauté il est question et n'est question d'ailleurs que de ça.

 
(Myth)

La langueur béate, la belle mélancolie, le spleen doucereux, tel est le fond de commerce de Beach House depuis 6 ans et c'est très bien comme ça. Qui le fait mieux qu'eux ? Partant de là, Victoria Legrand n'a semble-t-il pas trouvé de raison valable d'épaissir son écriture (il y a tellement d'espaces entre n'importe lesquels de ses vers qu'on pourrait y faire pousser un jardin) ou d'approfondir son discours (vaguement universel). Alex Scally parait quant à lui s'épanouir dans le rôle de pupille de The Edge avec option botanique romantisante. Rien ici ne vous fera tiquer, ne vous fera de mal et, enveloppés dans le plaid réconfortant de l'indé-pensance, vous n'en aurez de toute manière pas envie. C'est là tout le pari (gagné à l'avance) d'un groupe zombie promis à un avenir florissant. Seulement pas dans des oreilles ouvertes.

 

Joe Gonzalez

Joe Gonzalez, le 14 mai 2012 | 16 commentaires

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16 commentaires

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  1. C’est un pur plaisir de te relire causer zik en ce beau matin de mai, et surtout de te voir t’attaquer, avec ton gros dard, au disque-buzz d’un groupe indé « under the radar ». Un bien joli papelard !

    TANK

    14 mai 12 @ 9 h 50 min

  2. Je suis d’accord… et en même temps j’écoute la chanson Myth 546879 fois par jour.

    Josette K

    14 mai 12 @ 10 h 00 min

  3. Je l’ai eue en tête toute la matinée (et ça m’a gonflé) mais de toute façon cette chanson est laaaaargement au-dessus du reste. Et elle n’est pas très bonne. (elle est « efficace »)

    Joe Gonzalez

    14 mai 12 @ 10 h 06 min

  4. C’est joliment dit cette histoire de « se peletonner dans un plaid d’indé-pensance » !

    Thomazinette

    14 mai 12 @ 11 h 40 min

  5. C’est ça que les indie-kids kiffent en 2012 alors. Outain, je crois bien que le bug de l’an 2000 s’est produit en fait…

    (N°6)

    14 mai 12 @ 14 h 37 min

  6. je suis d’accord avec ta chronique mais c’est aussi pourquoi de je l’aime tant. La surprise n’est pas là mais les mélodies tapent dans le mille à chaque fois. C’est terriblement efficace et terriblement beau. Il y a des groupes que l’on aimeraient voir évoluer à chaque disque d’autres non car personne ne fait mieux qu’eux dans le genre (alors que le clones commencent à pulluler). Pour moi Beach House continue de faire un parcours sans faute et enrichi sa collection de titres sublimes et cela suffit à mon bonheur pour le moment. J’aime ce disque et tant pis si mon avis se fond dans la masse!

    Panda Panda

    14 mai 12 @ 15 h 07 min

  7. Alex Scally : « I hate it when bands change between records. »

    Tout est dit.

    Matt

    20 mai 12 @ 11 h 31 min

  8. Justement, ce culte du changement, cette lassitude programmée inscrite dans l’ADN de cette époque de l’incantation au renouvellement permanent, on n’en peut plus. Les mecs savent faire un truc, et ils savent le faire putain de bien. Ils avancent tranquillement tandis que d’aucuns les accusent de resucer une formule, ces mêmes qui succombent encore malgré leurs grimaces. On sourit quand on lit que « ce n’est pas très bon » mais « efficace ». Ces saillies péremptoires ne s’égaillent que dans le milieu de la critique musicale, éternel régal. Tant que les chansons de Beach House n’irritent pas tant elles manquent d’inventivité, tant qu’on relance l’album, c’est que c’est bon. Point barre de rire à la ligne.

    Anonyme

    25 mai 12 @ 16 h 53 min

  9. « Tant que les chansons de Beach House n’irritent pas tant elles manquent d’inventivité, tant qu’on relance l’album, c’est que c’est bon. »
    Ce qui n’est pas le cas de Joe justement, dont sa dépréciation.

    J’ai posté cette citation de Scally non par sarcasme mais parce qu’elle permet de comprendre le pourquoi du comment de cet album et de ce qu’on lui reproche.
    Ça ne me paraît pas non plus un luxe en cette année 2012 que je vis personellement comme une sorte de crise musicale (l’impression que les artistes sont constipés en ce moment, ouais) de vouloir un tout petit peu d’effort et de démarches « fraîches ». Je blâme pas les gens qui aiment le dernier Beach House mais franchement, accordez-nous le droit de râler.

    Allez Liars, dépchez-vous, on a besoin d’un truc intéressant, vite !

    Matt

    25 mai 12 @ 20 h 13 min

  10. Matt > J’ai écouté l’album de Liars et je te déconseille de t’enthousiasmer par avance :D (mais au moins il n’est pas une édulcoration de l’album précédent.

    Je rejoins la réponse de Matt : je n’écoute jamais le disque de Beach House. Il ne revient jamais sur ma platine parce qu’il n’est pas bon. Je ne critique pas le culte d’un style déniché, je critique l’édulcoration à outrance d’un cliché.

    Joe Gonzalez

    26 mai 12 @ 0 h 36 min

  11. Sérieusement, je trouve cet album pas mal, j’adore la première chanson, je suis très enthousiaste à l’idée d’aller les voir en concert la semaine prochaine… Mais quand je lis ça dans Libération :

    Libération : « Deux critiques que vous aimeriez lire (ou pas) ? »

    Alex Scally : « Surtout, ne pas entendre ou lire que Bloom sonne comme Teen Dream, notre précédent album. Pathétique, fainéant. Si vous pensez qu’on rejoue toujours le même univers, c’est que vous ne savez pas écouter la musique. »

    Wow. Ils ont pas réécouté Teen Dream depuis un sacré bail, je pense.

    Josette K

    31 mai 12 @ 16 h 27 min

  12. J’aime pas, Myth. ça m’emmerde profondément. Par contre The Hours m’excite bien!
    mais c’est le seul.

    Cathedrale

    30 juil 12 @ 12 h 44 min

  13. Plus de doute : aussi peu ambitieux soit-il, Bloom surclasse Teen Dream qui a quand même quelques titres à la limite du naze.

    Josette K

    8 août 12 @ 20 h 06 min

  14. Je ne trouve rien sur Bloom d’aussi beau que Zebra et d’aussi déchirant que Walk In The Park :(

    Matt

    8 août 12 @ 21 h 59 min

  15. Cherche un peu ! (indice : « Wishes »)

    Josette K

    9 août 12 @ 6 h 19 min

  16. J’ai pensé que tu pensais à celle-là ! C’est un des « stand-out » de Bloom, certes, mais bof ouais, pas à la hauteur des deux sus-citées pour moi.
    Sans même parler d’évolution artistique, en admettant que Bloom soit un Teen Dream-bis je trouve qu’il fait pas le poids au niveau de l’atmosphère, que le précédent est beaucoup plus « dreamy » et poignant.

    Matt

    9 août 12 @ 9 h 45 min

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