Lundi 23 avril 2012

[Réveille-matin] Wire – Too Late (ou « Remboursez le Spectacle ! »)

Publié à 5h55 | 1 commentaire

Pas de surprise, c'est tout de même un comble ! N'est-on pas sans cesse en train de critiquer le cirque politico-médiatique pour ce qu'il ne tourne qu'autour d'une simple notion, celle de Société du Spectacle ? Quel spectacle digne de ce nom se verrait-il doté d'une fin de premier acte aussi banale ? Où est le suspense ? Où sont les rires, les peurs et les passions qui font un bon divertissement ? Non seulement le film a-t-il été historiquement long, causeux et insipide mais en prime on renonce à nous offrir en consolation un peu de tension avant le grand finale (dont on connait tous le fin mot) ? Il y a quelque chose de pourri dans ce royaume du Spectacle moderne. Il n'y a qu'à voir les films populaires dont elle s'affuble, les Chtis, les Intouchables et les autres, personnages dénués de tout caractère, caractères dénués de toute vie, dont les existences tracées depuis toujours ne font qu'avancer dans une boucle interminable vers leurs termes annoncés, et nous de nous emmerder ferme là-devant. Il n'y a qu'à regarder une bande-annonce pour voir un film, tout est dit avant que le rideau ne se lève. Il n'y a qu'à poser les yeux sur l'affiche d'une représentation théâtrale pour deviner le ton, la mise en scène, le propos et même les vannes. On ne devrait même pas s'étonner (de quoi peut-on encore s'étonner ?) de ne rien trouver de surprenant dans le résultat du théâtre politique. Les sondages nous ont vendu le film et sa conclusion bien longtemps avant que nous ne nous déplacions dans l'isoloir. Pourquoi y étions-nous si nombreux, alors ? J'y vois pour ma part la seule lueur de ce triste spectacle, une lueur d'espoir, celui des français qui se sont déplacés soit dans l'espoir de faire valoir leur choix, leur projet, soit peut-être dans l'espoir de faire naître cette surprise qui nous fait tant défaut, ce rebondissement qui n'arrive plus, cette péripétie qui rendrait nos vies enspectaculées plus spectaculaires.

 

 

Espoir déçu, cependant puisque l'on retrouvera comme prévu Guignol et le Gendarme dans l'épisode 2. Il n'y aura bien que les républicains farouches et les tête-en-l'air pour s'étonner de ce que le monstre Le Pen soit si bien représenté au casting, ça n'est pas pour autant ce que l'on pourrait appeler un twist. La déception et la peur de l'extrême en amèneront quelques-uns, amers de l'ennui, flingués du bipartisme ou peu démocrates, à se poser la question qu'évoquait le groupe anglais Wire en 1978, une question propre à s'entendre violemment répétée, prononcée avec force crachat, articulée et ravalée tout à la fois, "Is it too late to change my mind ? (*)".

 

Joe Gonzalez

 

* : Est-il trop tard pour changer d'avis ?

Un commentaire

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  1. Très, très beau papier !

    Rémi

    24 avr 12 @ 19 h 44 min

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