Mercredi 18 avril 2012
[Vise un peu] Orbital : de l’album vert à “Wonky”, 18 années électroniques
>>
Le projet des frères Hartnoll s'est fait connaître par son style assez unique : un son purement techno à l'origine, mais qui étendit son territoire au fil des albums vers des formes d'électronique aux penchants parfois pop, parfois dance, parfois ambient, entre mélodies gaies au synthé, rythmes endiablés et plages conceptuelles mélancoliques… Grâce à plusieurs singles efficaces, EPs marquants et quatre albums consécutifs excellant dans quatre genres différents sortis au fil des années 90, Orbital devint tout simplement l'un des grands groupes de la musique électronique de cette décennie.>>
Que vous soyez amateur d'Orbital ou pas, j'avais envie de vous présenter leur discographie. Parce qu'il s'agit d'un groupe qui me tient à cœur, qui a évolué de manière intéressante, et même si l'on peut très bien les découvrir avec “Wonky”, il serait très dommage de s'arrêter là !
>>
>>
>>

Les débuts techno d'Orbital, du moins sur l'album vert (sans titre, ou simplement “Orbital”), risquent de ne pas être du goût de tous aujourd'hui. Certes, on y trouve des pistes devenues des incontournables du groupe (Belfast en particulier ; peut-être Chime si on veut), de bons sons et des boucles réussies, mais les compositions sont répétitives, trop longues, presque austères… et manquent franchement de dynamisme quand on n'est pas dans l'humeur. En bref, cet album vert, malgré ses qualités, est à réserver aux convertis
; pour les autres, je conseille plutôt de regarder du côté des EPs de l'époque, nettement plus réussis — surtout l'excellent “III” (avec Satan, L.C.1 et Belfast) puis le très bon “Midnight / Choice” ! Le groupe avait déjà du talent à l'époque, mais était plus doué pour les singles que pour les albums... (À noter que la version américaine de l'album vert est différente de la version britannique, et inclut d'autres singles importants comme les excellents Satan et Choice.)
>>
(The Moebius*)
* La vidéo est un montage récent signé Isidoro Rodriguez en hommage à Jean Giraud.
>>
(Belfast)
>>
>>
>>
>>
>>

Dans un style similaire mais bien mieux exécuté, le deuxième album sans titre d'Orbital est leur premier véritable classique. Toujours résolument techno, celui qu'on appellera l'“album brun” s'ouvre avec exactement le même sample (tiré de Star Trek : The Next Generation, saison 2, épisode 13) que l'album vert, avant de débuter véritablement sur une très bonne piste atmosphérique (Planet of the Shapes), puis de prendre un boost d'énergie et de passer à… allez : ma piste techno préférée, tous artistes confondus. Je ne vais même pas essayer de décrire, de disséquer Lush 3-1, qui reste pour moi le nec plus ultra en matière de techno à la fois atmosphérique et mélodique, rythmée et planante (vous n'avez qu'à l'écouter ci-dessous !). Lush 3-2 n'est pas en reste avec son interprétation plus sombre des mêmes beats, toujours sur des sonorités à la fois très S-F et orientalisantes qui donnent l'impression de partir vers d'autres sphères. Ces premières vingt minutes sont tout simplement parfaites. Vers le milieu de l'album, on peut hélas encore retrouver quelques longueurs qui m'empêchent de considérer l'album brun comme un chef-d'œuvre, mais Halcyon + On + On vient terminer l'album en beauté. (Halcyon + On + On, qui est une version un peu plus rythmée et plus gaie de la belle et mi-amère Halcyon, qui n'est somme toute qu'un remix de la très bonne It's a Fine Day d'Opus III, qui est elle-même une reprise d'une chanson — presque glaçante — du même nom chantée par Jane en 1983, écrite à l'origine par Edward Barton. On peut remonter loin !)>>
(Lush 3-1)
>>
>>
>>
>>
>>

Atmosphères, mélancolie et conceptualisme baignent “Snivilisation”, troisième album du groupe et premier à s'éloigner véritablement de la techno pure pour adopter le son plus caractéristique que l'on connaît au groupe aujourd'hui. Alison Goldfrapp (oui, la même qui chante dans le groupe du même nom !) est d'ailleurs invitée au chant sur plusieurs pistes, et sa présence est plus que bienvenue… La pochette de “Snivilisation” est certes kitsch, mais elle décrit plutôt bien le son de l'album dans l'idée : un peu drôle, un peu cartoonesque, mais baigné d'un spleen certain. Les pistes sont basées sur des samples lourds de sens, donnant une image critique et mélancolique du monde actuel, de ses dérives et de la vanité de ses tentations — un monde qui ne donne au final qu'une envie : celle de s'en échapper. “Snivilisation” n'est pas un album à singles, mais il n'en est pas moins réussi… Mention spéciale à la discrète Forever, qui a l'air simple voire anecdotique au premier abord mais qui se révèle être une des pistes les plus marquantes des frères Hartnoll. (Si vous aimez, n'hésitez pas à vous procurer aussi le très bon EP “Times Fly”, sorti en 1995 !)>>
(Forever)
>>
>>
>>
>>
>>

Le chef d'œuvre d'Orbital est pour moi très clairement “In Sides”. J'en ai déjà parlé une ou deux fois, si je me souviens bien : il s'agit d'un album prévu à l'origine pour être de la dance music, et qui a évolué vers un album conceptuel aux longues pistes, rempli de tristesse et surtout d'une tension palpable. Ne vous fiez pas à la pochette colorée (qui est ce qui a le plus mal vieilli ici, même si certains trouveront les sons également “trop '90s”) : “In Sides” est l'album le plus sombre d'Orbital, dans le sillage de “Snivilisation” mais en plus humain encore, plus blessé, plus beau, avec des thèmes parfois écologistes, sur le rythme de plus en plus virtualisé et effréné de notre société ou encore sur la mort (celle d'une amie du groupe, la photographe Sally Harding). Dois-je vous avouer qu'il s'agit de mon album préféré ? Pas seulement “mon album préféré d'Orbital”, mais mon album préféré tout court ?>>
(The Box)
>>
>>
>>
>>
>>

Un coup de Prozac et ça repart ? Malgré son titre qui laisserait imaginer une absence, un vide ou peut-être un mal-être, “The Middle of Nowhere” est une fanfare, un album où le groupe se donne à fond, avec un festival de sons riches, un style affirmé et une énergie sans relâche. De nouveau avec Alison Goldfrapp au chant, et toujours avec mæstria. C'est bien simple, il n'y a pas une baisse de régime pendant les premières 27 minutes de l'album ; on pourra trouver la très aggressive I Don't Know You People un petit peu en-dessous du lot, et le final Style est presque trop pop ou trop simpliste, mais le reste est de très haut niveau. Parmi les points forts du disque, on peut citer la très belle Otoño, avec le duo de folk féminin Pooka au chant — mais dans tous les cas, il s'agit d'une autre réussite pour le groupe. Leur dernière ?>>
(Way Out →)
>>
>>
>>
>>
>>

Un pot-pourri de genres et de références à la culture pop, “The Altogether” fut aussi le premier album d'Orbital à être décrié par les fans et les critiques. Le disque est agréablement varié mais aussi moins inspiré que d'habitude, moins unique, et parfois maladroit… L'album commence justement par un collage répétitif et peu convaincant de samples d'une reprise de Surfin' Bird ; plus loin, on retrouve le même mode opératoire appliqué à Tool et Crass, une reprise du thème de Doctor Who, ou encore la très radio-friendly Illuminate avec David Gray au chant qui aura fait grimacer de nombreux fans. Je trouve pourtant que “The Altogether” vaut l'écoute, malgré sa mauvaise réputation : l'album dans son ensemble manque de finesse mais reste tout à fait entraînant et fun à écouter ; c'est le son des frères Hartnoll qui s'essaient à d'autres styles populaires, et si ce n'est pas du grand art, ça reste un plaisir que je ne boude pas. (Et puis il y a Funny Break (One Is Enough) dessus, l'une de mes pistes préférées d'Orbital à cette période…)>>
(Illuminate)
>>
>>
>>
>>
>>

Des adieux en demi-teinte : c'est ce que propose le “Blue Album”, tentative de revenir aux racines techno du groupe qu'il vaut mieux séparer en deux parties pour l'apprécier. La première partie de cet album est à mes oreilles intéressante et réussie, des pistes de nouveau plus axées techno mais avec des instrumentations classiques, entre la triste et cinématographique Transient (“Blue Album” dans le sens “album mélancolique ?), la rythmée et sympathique Pants, Tunnel Vision qui porte bien son titre… au début, cet album bleu paraît tout à fait honorable. Hélas, tout se gâte à la sixième piste, la trop gaie et naïve Bath Time — et devient carrément mauvais sur Acid Pants (qu'est-ce qui leur a pris de sortir ça ?!), pour finir de façon franchement médiocre. Bref, la séparation du groupe suivant ce qui aurait vraiment gagné à n'être qu'un “Blue EP” fut perçue par de nombreux fans comme nécessaire, voire bienvenue…>>
(Transient)
>>
>>
>>
>>
>>

… Ce qui nous mène à la reformation du groupe et (après le 2-titres “Don't Stop Me / The Gun Is Good”, plutôt techno, sympathique sans être indispensable) à “Wonky”. La ressemblance avec “The Middle of Nowhere” au niveau de la pochette ne vous aura pas échappé, et le groupe reprend effectivement en partie le style de cet album — mais pas seulement. “Wonky” (traduisez “bancal”, “instable”… et ne cherchez pas un quelconque rapport avec le genre musical du même nom — d'ailleurs ne me demandez pas dans à quel genre appartient l'album) a un pied dans les sons et compositions typiques d'Orbital, qui reviennent plus revigorées que tout ce qu'on aurait pu espérer, et un autre dans… les grosses tendances des années '10. Ainsi la sorte de bass drop sur Straight Sun (ciel !), le fait que Beelzedub soit un remix dubstep de Satan (enfer !), et surtout la présence de miaulements (WTF ?) et de la rappeuse (damnation !) Lady Leshurr sur la piste-titre… Racolage pour attirer les fans de Skrillex et compagnie, véritable goût pour ces sons modernes, ou phagocytose, appropriation de ces musiques pour les assaisonner à la sauce Hartnoll ? J'avoue que certains passages m'ont fait douter au début. Mais rien à voir avec les quelques errances de “The Altogether” : “Wonky” est maîtrisé et garde les qualités habituelles du groupe de bout en bout. Ne laissez pas les grosses basses et les gros beats de Straight Sun vous rendre sourds à la composition : la mélodie est l'une des plus belles que le groupe ait sorti depuis longtemps. (La plus discrète Distractions se hisse d'ailleurs au même niveau.) J'ai toujours un peu de mal avec la voix de diva indie gothique-synthétique de Zola Jesus sur New France, mais la piste est tout de même une réussite dans le genre d'électronique progressive, à la fois flamboyante et fragile, dans lequel le groupe a toujours excellé. Quant à Wonky… dire que cette piste divise les fans serait sans doute un euphémisme, mais malgré son côté complètement improbable (voire franchement drôle), je la trouve fun et même efficace. En fin de compte, seul le final (bon mais un peu facile) et la vulgarité excessive de Beelzedub entachent un peu cet album beau, ludique et entraînant, qui est un vrai retour en force. Au niveau des “quatre grands” albums du groupe ? Pour moi oui !>>
(Straight Sun)
>>
>>
— lamuya-zimina



















