Samedi 10 mars 2012
[45 tours] Inspiral Carpets – Island Head EP
De la vague Baggy/Madchester on se souvient plus sûrement de nos jours des leaders, qu'il soient esthètes (The Stone Roses) ou épicuriens (Happy Mondays). Mais se souvient-on des Inspiral Carpets pour autre chose que leurs t-shirts "cool as fuck" avec une vache dessus ? Drôle d'héritage pour un groupe quand même.
On ne va pas se mentir, les Inspiral Carpets ont définitivement quelque chose de "seconde division" en eux, et on ne pourra jamais les comparer sérieusement aux Stone Roses, mais ces mancuniens ont tout de même sorti une tripotée de très bons singles entre 1988 et 1990 (Joe, Find out why, ou Butterfly). La seconde division ça a quelque chose de bon aussi, un public plus familial et local, moins de pression pour le résultat... Bref de temps en temps ça fait du bien de s'aérer la tête et Inspiral Carpets est précisément ce genre de client.
Le son Baggy/Madchester est une rencontre entre le rock psychédélique et les rythmes de l'Acid House qui faisaient suinter les murs de l'Haçienda chaque weekend. Le premier Summer of Love rencontrait alors le second et donnait naissance à un courant qui excita toute l'Angleterre avant de conquérir le monde (une nouvelle fois) par l’intermédiaire de la plus sage Brit Pop. Les Inspiral Carpets s'inscrivent parfaitement dans leur époque mais avec un son plus orienté vers le garage et le rock 60's, sans être de purs revivalistes pour autant. Clint Boon, l'organiste, se chargeait d'apporter le "petit truc en plus" au groupe, un élément déterminant du style Inspiral Carpets avec son farfisa.
(Weakness, live 1990)
Les Carpets ont enregistré plusieurs albums mais je crois que leurs morceaux s'expriment bien mieux dans un format court, single ou EP, dont ils se sont fait une spécialité. Le groupe trouve un bel équilibre en 1990, l'année de sortie de leur premier véritable album chez Mute, qui voit aussi la parution de cet "Island Head EP" , un 4 titres, comme à la grande époque (*1). Ce n'est pas un hasard si sur la pochette, le groupe s'affiche avec de magnifiques coupes au bol façon Byrds, cela donne le La('s) du 45 tours.
(Biggest Mountain)
Les deux meilleures chansons sont Weakness et Biggest Moutain. Le premier est un titre nerveux à la production léchée, il démarre sur un piano électrique puis le refrain psychédélique et ultra-accrocheur créé un effet saisissant après les couplets rageurs, c'est un super morceau que Rhino a eu la bonne idée d'intégrer sur sa compilation "Children of Nuggets" (*2). Biggest Mountain explore des chemins plus apaisés. La fausse flute dans les premières mesures est inquiétante, elle sonne terriblement kitch en 2012 mais le groupe se tire de ce faux-pas dès que les autres instruments font leur entrée. Le refrain est génial et Clint Boon se fend d'un pont avec un clavecin absolument délicieux pas très éloigné du Golden Brown des Stranglers (*3). Les harmonies sont sublimes et évoquent une finesse mélodique que l'on a plus l'habitude d'entendre depuis les Zombies ou The Left Banke.
Qui sait, peut être qu'un jour collectionnera-t-on les disques Madchester comme l'on s'entiche des raretés garage 60's ? Inspiral Carpets sera peut être alors ré-évalué autrement que comme le groupe pour lequel Noel Gallagher a été roadie. En tout cas "Island Head EP" est un chouette artefact de cette période charnière entre les années 80 et 90.
Alex Twist
(*1) : Sans rentrer dans les détails très techniques, les EP proliféraient dans les années 60 en Angleterre, et la plupart des groupes Beat en ont fait quelques uns (Beatles, Manfred Mann etc.). Après il est vrai qu'en Angleterre le marché du format court était largement dominé par le format single tandis qu'en France l'EP (ou "Maxi 45 Tours) dominait largement avant d'être remplacé vers 1967 par le single.
(*2) : Cette compilation a comme objectif de couvrir sur deux décennies (de 76 à 96) tous les héritiers des groupes que l'on trouve sur les deux Nuggets originales. Forcément un peu bancal dans son tracklisting (les changements de période peuvent être très abrupts) elle se révèle une très belle façon de découvrir les 80's autrement.
(*5) : Les Stranglers et Inspiral Carpets ont de nombreux points communs : un peu trop inspirés par les 60's pour être considérés comme appartenant à un genre (le punk dans un cas, et Madchester dans l'autre), ils font la part belle aux orgues.



















