Dimanche 26 février 2012

[Une recette] Comment réussir une bonne mousse de lait

Publié à 5h54 | 15 commentaires

Avant-Propos :

Je n’aime pas le lait. Il me dégoûte, me répugne, me donne envie de vomir. Je n’ai pas la moindre idée d’où vient ce traumatisme, pour le moins peu commun. Le lait, c’est la base de la nourriture de toute l’humanité, c’est la source de la vie, c’est ce qui réunit les mammifères des deux hémisphères. Pourtant, sa couleur, la goutte qui perle au coin de la bouche de celui qui boit à la bouteille, l’odeur nauséabonde qui s’en dégage, tout me répugne dans le lait, et notamment sa capacité à RAMOLLIR DES CEREALES. Et quelle odieuse discrimination ! Combien de fois ai-je été regardé de travers par des abrutis dont l’étroitesse d’esprit était paradoxalement sans limite parce que je refusais de niquer mes Chocapics en les noyant dans l’odieuse boisson ?
« Ah, mais tu es bizarre ! On ne fait pas ça ! On met du lait dans ces céréales ! Attends, tu vas voir, c’est meilleur.
- NON ! Je ne veux pas !
- Ben t’es trop bizarre, c’est tout ! »
J’ai gardé en mémoire le souvenir de mon frère, s’empiffrant chaque matin d’un grand bol de Chocapics ramollis, baignant dans leur lait, qu’il mangeait la bouche ouverte, en bavant à moitié, bouffi de plaisir et d’indifférence. Ce spectacle me dégoûtait. Lui-même avait l’air tout autant dégoûté quand je mangeais mes céréales sans lait, telles qu’elles m’étaient offertes.
« Ah, mais ça doit être tout sec !
- C’est comme ça que c’est bon ! »
Je sens bien qu’avec mon dégoût de quelque chose d’aussi évident que le lait, je choque la conscience collective, le bon sens général. C’est une anomalie à laquelle les esprits faibles ne peuvent se résoudre. Ma pire humiliation, d’ailleurs, celle qui m’a le plus marqué et le plus bouleversé, a été due à cet abruti de lait et à une cheftaine scoute tout aussi bête. Laissez-moi vous conter cette histoire.

J’avais 12 ans, j’étais louveteau ; j’étais Sisainier. Ça veut dire que j’étais le chef d’une bande de six mômes, et que je devais avoir sur eux la saine autorité du sage. J’étais un homme. J’étais le plus grand. Ils devaient me respecter et ils me respectaient. Les louveteaux (antichambre du scoutisme pour les prépubères) sont eux-mêmes tous guidés par les sages parmi les sages : les Cheftaines. De vraies femmes, des substituts maternels mêlés aux prémices de nos projections érotiques. Elles avaient 17 ou 18 ans, nous en avions maximum 12. Un jour, que nous étions tous réunis pour partager un petit déjeuner, après 2 jours de camping éprouvants où, tels Robinson Crusoé, nous ne nous nourrissions que de boîtes de raviolis Bien-Vu, les Cheftaines nous ont apporté des Corn-Flakes. Quel bonheur ! Quelle libération ! J’étais ravi ! Je m’apprêtais à déguster quand je vis qu’une d’entre elle faisait le tour du cercle que nous formions avec UNE BRIQUE DE LAIT. Arrivant à mon niveau, elle s’apprête à en verser dans ma gamelle.
« Non merci, ça ira !
- Hein ? Mais si, ne soit pas ridicule, dit la conne en penchant sa bouteille.
- J’ai dit non merci, vraiment pas, je déteste le lait !
- Mais non ! Personne ne déteste le lait, tiens, je t’en mets juste un peu !
- J’ai dit non, vraiment, je les mangerais pas si tu fais ça ! »
Trop tard. Le mal était fait. Elle en avait foutu plein. Et d’ajouter, mielleusement, alors qu’elle venait de ruiner mon petit déjeuner « Bon appétit ! »
Refusant de manger cette horrible mixture, cette mer blanchâtre pleine de cadavres flottants de Corn Flakes, je la pose au sol et je discute avec mes voisins. Hélas, la bougresse me voit et dit « Enfin, arrête ton cirque, t’as quel âge ? Mange ! » Je décline. Elle insiste. Je re-décline. Excédée par ma rébellion, elle se braque et la sanction tombe : « Si tu ne manges pas tes céréales, tu n’as pas le droit de te lever de table et les autres non plus ! Avec ton caprice, tu vas handicaper tout le monde ! » Alors, tremblant de colère et de dégoût face à cette injustice, je mangeais lentement les céréales pleines de lait, ce qui me répugnait tellement que j’en pleurais. Moi, l’aîné, l’homme, je pleurais toutes les larmes de mon corps de devoir boire du lait. Autant vous dire que je fus la risée de toute la troupe et que mon autorité auprès de ceux qui venaient de quitter le biberon fut sapée à jamais.

Des années plus tard, je n’aime toujours pas le lait. Pourtant, une drôle d’occasion m’a permis de renouer le dialogue avec lui. Un coup de téléphone. « Bonjour monsieur, vous avez postulé pour un travail de Barista dans nos McCafés ? » et PAF ! Me voilà Barista ! Je manipule du matin au soir des quantités astronomiques de lait, lui et moi sommes devenus inséparables ; je le connais, je le maîtrise, je connais chacune de ses réactions, ce qu’il aime, ce qu’il n’aime pas, que faire pour le dominer entièrement, je l’ai apprivoisé, et lui-même m’a apprivoisé. Je ne l’aime toujours pas, je n’en bois toujours pas, mais c’est devenu mon meilleur ami. Par moment, quand je m’ennuie, quand je suis stressé, quand je suis malheureux, je me saisis d’une brique de lait et, frénétiquement, obsessionnellement, je fais des mousses de lait. J’en fais toute la journée, je fais des dessins dans mes cappuccinos, et je refais des mousses de lait, encore et encore et encore. Prendre cet objet que je déteste et le maîtriser, le transformer en quelque chose d’onctueux, de suave, de sensuel, de pur, sans défauts ni aspérités, d’impeccablement blanc, c’est le fantasme de tout homme par rapport à sa vie. La clarifier. Dans des moments de détresse, rien de tel pour reposer l’esprit et remettre ses idées à plat. Je dois vous le dire, chers amis, je vous souhaite de connaître ce bonheur, je vous souhaite à tous de réussir une bonne mousse de lait.

 

COMMENT RÉUSSIR UNE BONNE MOUSSE DE LAIT ?

C’est assez simple ! Il vous faut un lait entier pasteurisé (par exemple), une petite carafe en inox de 30 ou 40 centilitres, conservée au froid, à 3 ou 4°C, maximum. Un frigo fera l’affaire. Vous avez également besoin d’une buse pour dégager une vapeur d’eau bouillante à très grande pression dans votre lait. Remplissez votre carafe en inox de lait froid jusqu’au tiers. Plongez la buse dans le lait froid à mi-hauteur, et ouvrez le gaz. La vapeur injectée dans le lait va finir par provoquer un tourbillon dans la carafe. Au fur et à mesure que ce tourbillon monte, vous-mêmes descendez votre carafe pour que la buse remonte. Il est très important que ce tourbillon reste dense et lisse. Pour éviter que des bulles ne se forment à sa surface, vous pouvez replonger la buse un peu dans le fond de la carafe. Votre main doit être collée à la carafe, tant et si bien que quand vous sentez que vous allez vous brûlez, vous coupez le gaz. C’est en effet autour de 70°C que la douleur devient trop forte et c’est là qu’il faut s’arrêter, sous peine de faire bouillir son lait, ce qui rendrait votre mousse tout à fait détestable.
Si elle n’est pas parfaite, et que quelques bulles subsistent à sa surface, vous pouvez travailler votre mousse. Il s’agit de quelques gestes simples grâces auxquels une mousse approximative peut devenir un vrai chef d’œuvre ! Tapez fermement le cul de votre carafon sur le plan de travail, pour faire éclater les bulles à sa surface, et faîtes le ensuite tourner très lentement pour recréer un tourbillon de lait qui dissipera, dans l’extrême sensualité de votre geste, les quelques imperfections qui subsisteraient. Et voilà ! Vous êtes maintenant équipés d’une superbe mousse de lait, grâce à laquelle les Capuccinos, Noisettes, Latte Macchiattos ou autre Mochas ne pourront plus vous résister ! Allez, aux fourneaux les gourmands !! ;-)

Dan McHee, barista

La Rédaction, le 26 février 2012 | 15 commentaires

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15 commentaires

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  1. Tu restes un gros malade de pas aimer le lait !

    Stavros

    26 fév 12 @ 12 h 01 min

  2. Trop taré ce mec qu’aime pas le lait..

    John Biroute

    26 fév 12 @ 12 h 01 min

  3. Comment peut-on ne pas aimer le lait en 2012 ? Je ne pige rien à cet article !

    Peter Brook

    26 fév 12 @ 12 h 02 min

  4. Un problème œdipien de lait maternel ? Je vois que ça. Ou alors t’as un grain. My 0,2€ !

    Basile Boli

    26 fév 12 @ 12 h 04 min

  5. C’est la grande gueule ouverte de ton bro qui t’a dégoûté du lait, c’est pourtant clair. Fous-lui la race pour t’avoir détourné des plaisirs du lactose et autres joies de l’actimel 0%.

    Clay Bertrand

    26 fév 12 @ 12 h 05 min

  6. Tu m’as flingué ma journée avec ton souvenir de scout angoissant. Merci.

    Clay Show

    26 fév 12 @ 12 h 06 min

  7. J’espère que tu prononces bien « lè » pour dire « lait », et pas « lé ». Moi j’ai lu l’article en prononçant exagérément « lè » et ça me l’a rendu agréable.

    Clay Bertrand EST Clay Show

    26 fév 12 @ 12 h 07 min

  8. J’aime cet article.

    Je n’ai jamais vraiment aimé le lait non plus — quand j’étais enfant et adolescent, je prenais toutes mes céréales sans lait. Il faut dire que mes parents et grand-parents allaient toujours chercher du lait cru, à la ferme — ce qui est tout à fait honorable en soi, sauf que pour qui n’aime pas le lait, le lait cru est au lait pasteurisé ce qu’un Cerbère zombifié atteint de la rage est au chien de la voisine qui aboie un peu quand on passe à côté de lui. (J’ai une phobie des chiens aussi.) L’odeur de la substance est toujours désagréable, carrément repoussante au bout de deux jours, en général aussi appétissante que celle d’un sac poubelle plein. (Mes excuses à ceux qui aiment l’odeur des sacs poubelle pleins.)

    Mais bon, j’ai fini par emménager dans mon propre appart’ avec mon frère, et depuis j’ai redonné une chance au lait — pasteurisé cette fois. Depuis, je prends mes céréales avec du lait avec plaisir (même si j’en mets nettement moins que lui) ; et il suffit de gérer un peu la quantité de lait pour les manger imbibées, non ramollies ! Il existe même des bols spéciaux pour ça d’ailleurs : http://www.brookstone.com/obol-never-soggy-cereal-bowl http://www.thegreenhead.com/2008/04/eatmecrunchy-cereal-bowl.php (ce qui me paraît déjà un peu plus utile que, disons… une pince à sucre ?).

    Quant à l’incompréhension et à l’intolérance des gens en général quant aux pratiques alimentaires des autres… elle nous montre à quel point on peut être cons.

    “Quoi, tu n’aimes pas la pizza ?! Ça n’existe pas, ça, bien sûr que si tu aimes la pizza !”
    “Mais arrête tes conneries, tout le monde aime le clafoutis !”
    “T’es végétarien ? Hahaha, pédé !”
    etc.

    Bon, inviter une personne végétalienne à manger peut se révéler un peu chiant, mais à part ça…
    La plupart des gens ne sont même pas foutus de comprendre certaines habitudes, comme le fait que “végétarien” signifie “qui ne mange pas de chair animale”, comme s’il s’agissait d’un concept de physique quantique imbitable sans avoir fait des années d’études ou je ne sais quoi. Même dans les hôpitaux, apparemment.
    Après, ça doit être inscrit profondément dans nos habitudes ou je ne sais quoi — moi-même j’ai été étonné l’autre jour en apprenant qu’un pote n’aimait pas le chocolat. Mais je tiens quand même à préciser que je ne me suis pas foutu de sa gueule : ça ferait toujours autant de chocolat que je pourrais manger à sa place.

    Enfin… si, je crois qu’il y a un truc qui permet de faire accepter plus facilement ses préférences alimentaires : la religion. Je n’ai jamais entendu quelqu’un se foutre de la gueule d’un juif ou d’un musulman parce qu’il ne mangeait pas de porc. Je devrais peut-être créer ma propre religion, qui dicterait des trucs genre “Du lait dans tes céréales si tu veux tu ajouteras, mais point obligé de le faire tu ne seras.”, “Du parmesan volontiers tu mangeras mais le maroilles de ton frigo tu banniras parce que ça schlingue sérieux”, etc. Ce serait une religion chiante pour les autres, mais ça me donnerait une bonne excuse. D’ailleurs on pourrait étendre ce genre de préceptes à tous les domaines : “Désolé, je ne peux pas venir [voir le match de foot/assister à la séance de ballet de 22h30/participer à un grand débat sur la politique du proche-orient/etc.] avec vous ce soir, c’est contraire à ma religion ! Je suis chiantiste !”

    (Je sens que j’ai encore paumé tout le monde avec mon commentaire de trois kilomètres de long.)

    lamuya-zimina

    26 fév 12 @ 14 h 54 min

  9. Bon pour ma défense, j’aimerais quand même dire que je buvais du lait (notamment avec mes céréales), mais je n’attendais pas que mes Chocapic ramollissement… Ç’eut été réellement dégoutant ainsi. C’est pour cela que le lait devait être bien froid. Sinon ça ramollit beaucoup plus vite.

    Je ne veux donc pas être reconnu coupable d’une quelconque manière de ce traumatisme d’enfance.

    Ce que tu ne nous a pas dit, c’est si tu avais adopté la mousse de lait… Est-ce que le lait sous sa forme si onctueuse et légère telle que tu l’as décrit, tu peux l’avaler? La mousse de lait c’est bien de beau de passer ses journées à en faire et à en être accroc, mais encore faut-il l’apprécier de ses papilles pour revendiquer un tel élan de reconnaissance envers ton ancien ennemi!

    Le frèro qui lui boit du lait avec ses Chocapic

    26 fév 12 @ 22 h 14 min

  10. Je n’aime pas du tout le lait, moi non plus. Je le hais autant sinon plus que Dan McHee. C’est dit.

    Joe Gonzalez

    27 fév 12 @ 1 h 17 min

  11. Je suis évidemment incapable d’ingurgiter une mousse de lait, mais qu’importe! c’est mieux ainsi. J’ai trouvé une autre voie pour faire la paix avec le lait. On travaille ensemble, on a des rapports professionnels, et on ne mélange pas les genres!

    Dan McHee

    29 fév 12 @ 15 h 28 min

  12. J’ai vu quelques commentaires. J’ai une question: pourquoi, grand dieu, pourquoi vous vous acharnez sur lui parce qu’il n’aime pas le lait??? Vous, vous avez quel âge? Vous vous sentez mature? Vous n’avez encore pas compris que personne n’a les même goûts et que personne n’y peut rien? Non mais je rêve… Bref, moi j’adore le lait et si mes papilles ne comprennent pas qu’il puisse en être autrement, la partie frontale de mon cerveau réfléchit un minimum et me permet de ne pas insulter pas les gens pour qui ce n’est pas le cas… tss :p

    Anonyme

    21 août 12 @ 23 h 38 min

  13. Pas du tout. S’il n’aime pas le lait c’est un freak !

    Matt

    22 août 12 @ 8 h 37 min

  14. Un gros malade ouais.

    stone

    1 sept 12 @ 19 h 30 min

  15. Bah moi je le comprends ma mere a genre 50ans et depuis toujours elle a le meme degout pour le lait que celui decrit dans l histoire plus haut. Alors bon ca peut paraitre un peu bizarre mais chacun a ses ptits trucs « anormaux » sans ca on ne serait pas nous meme, certains voudraient vivre dans une societe normalisee a l’exces ou tout le monde se balladerait en uniforme ou tout le monde penserait la meme chose et mangerait la meme chose… et bien moi ca me donnerai des envies de suicide. C’est super qu il y a des personnes qui n’aiment pas le lait mais honnetement ce n est pas ce qui compte, ce qui compte c’est ce qu’on puisse vivre avec nos petites differences sans se moquer l’un de l’autre.

    Mat

    21 oct 12 @ 13 h 39 min

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