Vendredi 3 juin 2011
[Vise un peu] EMA – Past life martyred saints, séjour parisien et reprises notoires
C'est lorsque Gowns a splitté, que la plupart d'entre nous avons découvert l'existence d'Erika M. Anderson et de son petit ami d'alors, Ezra Buchla. En offrant un dernier enregistrement, le fantastique et cathartique Stand and Encounter, le duo arrêtait les frais après un seul véritable album ("Red State", 2007), arrivés au bout d'une relation amoureuse et artistique beaucoup trop chaotique et tendue pour perdurer.
(Marked)
Erika n'est pas une dépressive chronique, elle n'est pas une chouineuse invétérée et elle n'a certes pas l'air désespéré sur scène. Pourtant sa musique se nourrit d'un passé difficile, celui d'une adolescente probablement battue, marquée par les épreuves et c'est à travers les mots et les sons, des sons parfois plus proches du cri que de la mélodie, qu'elle tente tant bien que mal de faire sortir ce mal hors de son crâne ("I wish I had another hole to get it out" dans Marked et dans Coda). Son monde est un clair-obscur délimité par des motifs que l'on peut entendre se répéter au fil des chansons. L'usage coupable de drogues anxiogènes ("These drugs they are making me so sad and i can't stop taking them" dans Marked et Coda), les bras ressentis non comme des vecteurs d'action mais comme de translucides traitres inaptes à laisser transparaitre la marque de l'outrage, les bleus laissés par les coups donnés ("My arms they are see-through plastic / ... / I wish that every time he touched me he left a mark" dans Marked), et tout un parterre d'expériences pas jouasses, de l'ado gothique tailladée de Butterfly Knife à la rupture difficile de Red Star en passant par Breakfast, le petit-déjeuner dont je vous laisse imaginer ce qui peut être au menu ("You can be there when it comes right off / Big fat breakfast / Big fat bluebird"). Les sujets abordés sont certes plombants mais Erika ne les traite pas avec une solennité qui rendrait l'écoute insupportable. C'est plutôt avec un recul mature et une poésie nécessaire qu'elle se détache le plus possible de l'horreur des instants relatés, voguant au-dessus de ses souvenirs et les couvrant d'insouciance et de jolies images pour se convaincre elle-même de leur fin, transformant ses cicatrices en étoiles ("Like a red star / Like a blue scar" dans Red Star), ne ressentant le gros et gras petit-déjeuner forcé que comme une brise sur sa peau ("You feel just like a breeze to me" dans Breakfast)...
(Red Star)
(California)
Dans la droite lignée des riot grrrls des années 90, dont elle dit se sentir l'héritière guitare-en-main, sa musique prend ses racines dans le rock de ces années-là, mais forte de l'apport du folk droné d'Amps for Christ ou de Gowns et représentante de la sensibilité d'une jeune femme ayant traversé les années 00 au son du hip hop des charts, du post rock underground et des crises sociétales, elle enchaine de longues et lentes symphonies en deux ou trois actes, émotionnellement chargées (ouvrir l'album avec les 7 minutes de The Grey Ship est d'ailleurs une preuve de confiance en soi), avec des tubes qui ne s'ignorent pas. Malgré son contenu, California ne ressemble à rien d'autre et s'impose comme un single évident. Quant à Milkman, il ne lui manquait qu'un clip à la mesure de son immédiateté pop (toutes proportions gardées) pour éclater au grand jour, et maintenant que c'est chose faite, il participe d'une mise en avant de la personnalité de la jeune Erika, promise à une starification underground prochaine, au même titre qu'un Tyler, the Creator. Elle en a l'étoffe.

(En marge de l'album, un premier single, celui de The Grey Ship, comporte une reprise du Kind Heart de Robert Johnson en Face B - dont vous pouvez visionner l'enregistrement d'une partie de guitare ci-dessus - et un second rend hommage à Glenn Danzig avec une reprise de Soul on Fire)
Joe Gonzalez
P.S. : ALlez faire un tour sur le site d'Erika si vous êtes curieux.
(*) : Ceci vaut aussi pour Tyler.
9 commentaires
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Si tu ne précises pas ta pensée, elle restera lettre morte, à coup sûr.
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ouais tais toi anonyme
ça n'a presque rien à voir mais j aimerais lire une réévaluation de xiu xiu de votre part. tt le monde déteste ce groupe aujourd'hui mais leurs premiers albums sont toujours de difficiles bijoux
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J'essaierai de m'y atteler alors, tant il est vrai que Xiu Xiu est l'emblème-même du genre de groupe qui quelques années après son climax mérite une réévaluation sérieuse.
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Dingue comme la pochette digne d'un David Guetta ou d'un Ting Tings m'empêche d'écouter cet album.
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Ton premier lien n'est pas si loin !
Non mais sérieux les couleurs sont hideuses. Je vois bien l'idée "image religieuse" mais franchement c'est raté, on dirait qu'elle est en te-boi, ambiance glossy, en semi coma, le nez plein d'coke pendant que Bob Sinclar s’apprête à la serrer DSK style.
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Merci d'avoir causé de cet album en tout cas, parce qu'avec la pochette et le nom, ptêtre que je ne me serais jamais penché dessus. Là je l'ai de côté depuis un moment, je l'écoutais de temps en temps, et ce n'est que depuis quelques jours qu'il m'a entièrement conquis. Maintenant c'est un de mes albums préférés de l'année. La chanson "California" est particulièrement terrible.
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Tout le plaisir est pour moi !






















vous tombez vraiment bas là…