Mercredi 16 mai 2012

[45 tours] Dexys Midnight Runners – Geno

Publié à 9h07 | pas de commentaires

On a souvent tendance à considérer à tort les Dexys Midnight Runners comme un one-hit-wonder dont vous avez peut-être déjà entendu le tube absolu (Come on Eileen) lors du mariage de votre cousin. En Angleterre, ils étaient cependant déjà célèbres pour leur soul pétaradante de blancs-becs à grandes gueules. Les Dexys avaient décidé de faire de la dexedrine (leur drogue favorite ) un nom de guerre pour la cause de la northern soul, très populaire au nord de l'Angleterre dans les années 70. Bien qu'originaires de Birmingham, (*1) les Dexys sont des fous de soul, et comme les revivals mod (avec les Who) ou ska (avec les Specials), ils veulent en faire vivre l'intensité à leurs contemporains (*2). Geno en est la parfaite illustration, le titre est un hommage au chanteur Geno Washington, un afro-américain installé en Angleterre qui à l'aide de son Ram Jam Band fit vivre aux jeunes anglais la fièvre de la soul à l'américaine lors de lives incendiaires (*3). Choisir ce mec-là plutôt qu'un Otis Redding était un manifeste de la part de Rowland et sa bande :  un artisan-passeur lui-même passionné plutôt qu'un mythe intouchable. Pourtant, faire triompher une soul cuivreuse au milieu du futurisme des synthétiseurs new-wave n'était pas gagné d'avance.

La chanson parle de l'excitation d'entrer dans un club et se faire happer par la musique soul, quand le reste n'a plus d'importance, et que même si on s'est fait virer de son boulot ce n'est pas grave car on a toujours cette musique en nous. C'est un truc que beaucoup d'entre nous avons vécu sous une forme ou une autre, cette excitation liée à la musique, irrationnelle mais tellement vivifiante qui donne du sens à ce qui n'en a pas forcément... Forcément la voix de Kevin Rowland n'a pas vraiment ce que l'on pourrait appeler un timbre adapté à la soul mais il se démène et combat comme si sa vie en dépendait. Il parvient à être crédible, parce que la soul c'est avant tout une question de tripes plus que de compétences vocales pures et il l'a bien compris. Les cuivres en renfort couvrent les arrières de Kevin parti en éclaireur, ils assurent à la chanson une solide assise rythmique et de grandes mélodies. Les cassures ajoutent une tension bienvenue à la chanson et l'empêche de s’encroûter dans un rythme trop pépère, elles rappellent que l'on est là pour danser et que c'est bien tout le contraire de s'endormir.

 

Alex Twist

 

(*1) : Birmingham est située dans les West Midlands, c'est à dire un peu trop au Sud pour être vraiment au Nord, mais au Nord malgré tout d'un point de vue londonien. De cette ville on retiendra par exemple Black Sabbath, le Spencer Davis Group (autres obsédés de soul) ou la scène "brum-beat" autour de The Move et The Idle Race. 

(*2) :  Il y a d'ailleurs ce film d'Alan Parker, "Les Commitments",  assez inspiré de l'histoire des Dexys Midnight Runners, qui suit une bande de gars essayant de monter un groupe de soul en Irlande. 

(*3) : On trouve un témoignage partiel mais super cool de l'enthousiasme scénique de Geno Washington à l'écoute de l'album "Hand Clappin' Foot Stompin' Funky-Butt...Live!" dont le titre est au moins aussi chouette que le contenu.

Mardi 15 mai 2012

[Vise un peu] Swans – We Rose From Your Bed with the Sun in our Head

Publié à 9h27 | 2 commentaires

On ne fait pas de la musique par hasard. On ne se lève pas un matin avec la conviction que sa vie sera consacrée à un art sans avoir gambergé, sans avoir vécu. On peut et je le conçois entretenir une vocation innée, des facilités et un talent génétiques, mais c'est issu de germain, m'est avis, que le choix d'une vie d'art se fait. Empiriquement.

Lorsque j'entends résonner les miaulements d'untel ou de son voisin de palier chartien sur des mélodies sans saveur à mes oreilles, sans force et sans direction, je ne me contente pas de raisonner en critique acerbe méprisant le manque d'ambition que je conçois derrière les sons produits. Je pense aussi qu'il s'agit, pour ces adorateurs de la pensée sourde, pour ces imbéciles heureux, pour ces tire-à-blanc conquérants, d'exprimer un choix, le leur et pas seulement celui de leur entourage sociétal, médiatique ou parental ; le choix d'une parole. Quand bien même l'on se montrerait haineux à l'endroit d'une telle parole, il serait indigne que de nier à ceux qui la propagent de n'avoir pas choisi de le faire. Tout comme il serait inconscient d'écouter Swans sans interpréter, outre la musique produite, les raisons pour lesquelles cette musique est composée, jouée, enregistrée et distribuée.


(The Apostate)

Auteurs d'un retour remarqué en 2010 avec un très bon album (et l'on parle d'ores et déjà de son successeur pour dans quelques mois), le groupe New Yorkais, jamais avare de sorties semi-officielles et de bootlegs, a distribué il y a quelques semaines un enregistrement live documentant l'expérience vécue par les musiciens et leurs publics lors des deux dernières années. C'est là un document éprouvant par sa violence, sa perpétuité (on se demande dès l'introduction No Words, No Thoughts si l'on en verra le bout), son lent déroulement de rage sonore... Non, pas de rage, la rage est une perte de contrôle et Swans est une bande de control-freaks. Rien n'est laissé au hasard des mesures plombées qui amènent le propos (car il s'agit là d'un propos ; vous savez bien... ce que l'on nomme aussi "discours" ou "parole", qui sert un dessein ; il fut un temps où les propos pullulaient chez les musiciens pop)  à un rythme plus rapide qu'en studio, avec une hargne tangible. On ne m’ôtera pas de l'esprit que cette hargne n'est pas manufacturée. Il est proposé un second disque, d'ailleurs, qui éclaire encore la parole de Gira, seul en scène, départi du maelström sonique mais tout à fait capable sur ses seules guitare et voix de transmettre la même parole, à peine altérée, tout au plus apaisée. C'est d'ailleurs pourquoi je considère ce bootleg comme l'un des meilleurs enregistrements à avoir fait surface depuis six mois. Il n'est pas une posture, il n'est pas une attitude, comme il n'est pas un compromis. C'est l'expression brute de la tambouille de sentiment et de personnalité des musiciens de Swans, et notamment de leur meneur, Michael Gira. C'est la somme de l'expérience de vie de chacun de ces hommes. C'est un témoignage sans fard, c'est une musique vivante, c'est la vérité. Croyez-moi, il est temps pour nous tous de nous habituer à entendre la vérité.

 

Joe Gonzalez

Joe Gonzalez, le 15 mai 2012 | 2 commentaires

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Lundi 14 mai 2012

[Vise un peu] Beach House – Bloom

Publié à 8h00 | 6 commentaires

Ce qui est intéressant cette fois-ci... Non, rien. Pas la peine de chercher.

Si les mots "aspérités", "profondeur", "contours", "reliefs" doivent ou peuvent être appliqués lorsque l'on décrit ou critique la musique populaire, alors il faudrait absolument ne pas les utiliser pour décrire le quatrième, que dis-je, l'énième album de Beach House, le très mal nommé "Bloom".

Quelle mouche a en effet bien pu piquer le duo-dont-tout-indie-kid-raffole pour mettre le mot "épanouissement" au firmament de son intention ? C'est offrir le gourdin pour se faire castagner par les gens comme moi qui justement espéraient de Beach House un renouvellement, enfin. Après trois albums en constante progression mais sans grande ambition, on ne demandait pas un "Kid A", mais tout de même ! Servir tous les deux ans une resucée édulcorée et glaner ainsi plus de fanatiques (le concert parisien était complet deux mois à l'avance), ça n'a rien de très brave et ça n'incite pas les critiques à louer l'effort. Quel effort ? Aucun, en effet, puisque "Bloom", qui aurait pu s'intituler "Capitalize" ou plutôt "Fructify" pour rester dans les métaphores florales, ne propose rien de neuf, aucune recherche, aucune évolution. C'est là un autre "Teen Dream", plus simple encore à aimer, moins raffiné encore, et plus proche des aspirations stadières d'un U2 que des ambitions post-pop d'un Radiohead. Soit. Après tout, l'exploration n'est pas une pensée commune et certains adorent stagner dans la beauté, car de beauté il est question et n'est question d'ailleurs que de ça.

 
(Myth)

La langueur béate, la belle mélancolie, le spleen doucereux, tel est le fond de commerce de Beach House depuis 6 ans et c'est très bien comme ça. Qui le fait mieux qu'eux ? Partant de là, Victoria Legrand n'a semble-t-il pas trouvé de raison valable d'épaissir son écriture (il y a tellement d'espaces entre n'importe lesquels de ses vers qu'on pourrait y faire pousser un jardin) ou d'approfondir son discours (vaguement universel). Alex Scally parait quant à lui s'épanouir dans le rôle de pupille de The Edge avec option botanique romantisante. Rien ici ne vous fera tiquer, ne vous fera de mal et, enveloppés dans le plaid réconfortant de l'indé-pensance, vous n'en aurez de toute manière pas envie. C'est là tout le pari (gagné à l'avance) d'un groupe zombie promis à un avenir florissant. Seulement pas dans des oreilles ouvertes.

 

Joe Gonzalez

Joe Gonzalez, le 14 mai 2012 | 6 commentaires

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