Mardi 24 juillet 2012

[Alors quoi] Mort d’un Commis Populaire

Publié à 5h29 | 41 commentaires

Or quel bien est-ce de se ressasser tant et tant
Quand si peu de souvenirs méritent nos sentiments...
Que vivre encore ? De neuf... de fort !

Paul-Emile Geoffroy

1. L'éphémère caractère du divertissement populaire

"Rien n'est éternel" pourrait être une maxime à la pop culture, un hymne. Rien en effet n'est réellement pérenne dans l'art et la distraction populaires qui sont, par essence, d'éternels recommencements. Le propre du divertissement est de suivre le diktat des temps et des nouvelles jeunesses, de naturellement s'adapter à chaque innovation, à chaque génération, de baigner, littéralement, dans l'air du temps. Ainsi vont les modes, les mouvements et même, les philosophies. Ainsi sont allés, des décennies durant, les airs populaires, les contes et légendes, sans cesse remis au goût du jour depuis que la mémoire est archivable. Ainsi se sont succédé styles, stars, histoires, genres et intrigues qui sans barrière ni digue ont englouti toujours plus avant la terre des possibles amusements, des spectacles toujours plus innovants.

Depuis le jazz, à travers radio et disques, par-delà rock'n roll et télévision, jusqu'à notre toile et nos pop attractions, des décennies se sont succédé avec leurs lots de nouvelles têtes, de nouvelles dégaines, de nouveaux sons et jusqu'à la lie, nous l'avons bue, cette musique pop transformiste, pleine de promesses car sans cesse neuve, jamais éternelle, jamais lassante... Jusqu'à ce que... ça soit terminé.

(KO après 56 rounds et des poussières)

"Rien n'est éternel" et elle non plus, la musique qui nous faisait vivre, nous autres fondus, branchés et monomaniaques. Qui l'eût crue increvable, après tout ? Je redoutais la page blanche depuis des années, espérant un répit de plus, encore un, fouillant sans relâche les vieux tiroirs poussiéreux à la recherche de pistes, à la recherche d'un espoir pour la suite que je sentais chancelante, à la recherche déjà du neuf qui ne me semblait plus disposé à bondir. C'est Entendu s'est entre autres choses bâti sur une volonté de trouver dans le passé autant que dans le présent des voies vers l'avenir, vers un mouvement qui se faisait dès 2009 (et même avant) plus chaotique que jamais. Nous avons fait de notre mieux et abandonnons par knock out. La pop est à terre et aucune de nos éponges humides ne sauraient la ranimer.

 

2. Une année sans lumière

2011 fut une année difficile, de l'avis de nombreux aficionados déçus. Des battues furent organisées par les meilleurs des pisteurs d'alors pour dénicher bonnes surprises, pépites et quelques rares disques aussi réussis qu'anachroniques. Ce devaient être les derniers. Les experts sont unanimes, les signes ne trompent pas ; dès les premières semaines de 2012, après le calme habituel des vacances au ski, les classements annuels et les rémissions subséquentes aux crises de foie qui en découlent, la recherche du moderne recommença, l'envie de sons reprit ses droits... en vain. Huit mois plus tard, les chercheurs de jeunes talents sont rentrés bredouilles, les espoirs ont déçu, les victoires attendues se sont révélées des désastres et même, quelques éclaireurs hardis ont déserté. Pour le défricheur lambda de musiques populaires et même savantes ou enhardies, c'est une bérézina écrasante, le désespoir le plus total.

(Orphée aux Enfers, en fin de compte)

Ça n'est pas seulement un appétit trop grand, insatiable, se voyant enfin désenchanté entièrement par trop de snobisme, d'expérience, de cynisme accumulés, c'est un fait. Les musiciens en qui nous croyions nous ont lâchés et cela ne devrait nous poser aucun problème dans la mesure où l'ordre des choses aurait dû les remplacer. Or non. Les jeunes pousses, je parle des rares artistes et musiciens de la jeune génération qui ont une once de talent (ils sont si nombreux à bourgeonner pour la seule raison qu'ils le peuvent !), n'ont pour la plupart rien trouvé de mieux que de planter d'immuables racines en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, le dire, l'imaginer. Ce qui avait demandé à leurs ainés des années de maitrise, eux le pratiquent dès la naissance : ils ne sont pas auteurs de trois singles que déjà ils s'enferment dans une méthode, une formule, une niche de confort depuis laquelle jamais ils n'auront à draguer alentour. Contentés par leur artisanat et contempteurs de leur temps et de leur art, ils s'adonnent sans honte à la médiocrité quotidienne. Leurs chansons, leurs looks, les noms dont ils s'affublent, leurs clips, leurs concerts, leurs discours sont polis, policés, dans une norme post-tout apte à satisfaire tout le monde un peu et personne vraiment. Il n'est pas étonnant qu'une telle époque voie pour la première fois les vieilleries dépasser les ventes des nouveautés.

Cette affligeante série de mois sans brillance, nous nous y sommes résolus, n'aura enfanté aucun chef d’œuvre éternel et une poignée seulement de sources d'espérance. Des disques que l'on se laisserait volontiers aller à placer sur l'immérité piédestal où les pousseraient leurs pauvres pauvres camarades. Certains ont eu droit ici à quelques mots, accompagnant d'un sourire bienveillant un "peu d'ambition" déjà énorme et une qualité artisanale au-dessus de la basse moyenne actuelle : Chairlift, Ty Segall, Witxes, Damon Albarn, iamwhoami, Dominique A... D'autres ne sont pas passé loin de nos colonnes, qui nous auront moins enthousiasmés malgré quelque talent : Julia Holter, Grimes, Oren Ambarchi, Micachu & the Shapes et même le Brian Jonestown Massacre (preuve supplémentaire de nostalgie par défaut). Rares auront été les réussites dignes, sans conteste, de l'honneur du top album de Décembre. Shackleton, peut-être, et Swans avec un double album live et un double album studio terriblement puissants... Les Dirty Projectors, certes inégaux comme de coutume mais encore une fois en avance sur les autres. Frank Ocean sans doute, le seul auteur/compositeur véritablement doué et prometteur de sa génération, une véritable star et pas un ersatz d'indie kid attardé, un jeune homme expressif dénotant parmi les papys de 25 balais qui constituent la masse des musiciens américains, anglais, français de l'indisphère, et un bien plus sérieux candidat que son ami Tyler.


Frank Ocean - Pyramids

Tout au plus une dizaine de disques éparpillés dans l'océan de publications plus insipides les unes que les autres (et ce, quel que soit leur style - des grésillements hululés de Passion Pit au post-dubstep creux de Purity Ring en passant par les prêts-à-stader de Beach House) et combien de grands ? Combien de cette poignée écouterons-nous encore dans dix ans ? Dans un an ? Aucun mouvement, aucune coordination de style ou de pensée, aucune ambition, ni style ni respect ni charme, aucun espoir. Faute de terre à défricher, faute d'aventure, peut-être, la moribonde s'est étalée et ses rejetons la foulent du pied, la recouvrent de brindilles et y mettent le feu chaque jour qui passe. Le désœuvrement sera finalement venu à bout de l'art.

 

 

3. Définition d'un Sourd

Aux critiques qui pourraient nous être adressées encore de snobisme, de goûtisme, et aux reproches que l'on pourrait nous faire d'intellectualiser à outrance ce qui ne devrait rester qu'un engouement physique ou une histoire de goûts, justement, nous aurons fort à répondre. Un sourd est celui qui, sous couvert de simplicité et d’imbécillité au regard d'un art (celui de la Musique) se rend lui-même indifférent à l'anémie de cet art, à la médiocrité, à l'absence, pour ne conserver de cette entité qu'un profit personnel égoïste, dramatiquement limité et furieusement réducteur, quel que soit le prix de cette tant désirée réduction au plaisir individuel.


Low - When I Go Deaf

Loin de nous l'idée de rester muets face à des sourds ou d'absoudre comme tant d'autres par le silence ou le mensonge l'enthousiasme de ces sourds, bourreaux d'un art, pour ce qui n'est plus enthousiasmant depuis longtemps.

C'est Entendu a été, plus de trois ans durant, notre façon d'élever la voix contre l'insuffisance d'une proposition artistique et l'inacceptable approbation de la masse sourde.

Nous savions qu'en privant un art de son mouvement, en refusant de le laisser penser, en confortant ses acteurs dans l'idée d'un confort immobile, d'une impossible révolution, les sourds finiraient par l'asphyxier ; c'est pourquoi nous avons par tous nos moyens poussé la musique populaire jusque dans ses retranchements, vers ses frontières, espérant l'y voir se transcender, glorifiant ses acteurs les plus passionnés, les moins soumis, évitant soigneusement les collaborateurs d'une fin annoncée par trop de morale ou les clouant au pilori. Nous essayions de faire voir plus clair à nos lecteurs dans la masse, de pointer du doigt les artistes méritant l’opprobre et de féliciter les quelques résistants dont les vues n'étaient pas qu’égoïstes et dont les œuvres interrogeaient, intriguaient, éveillaient.


The Watts Prophets - Wake up, Niggers

Nous ne nous excuserons jamais d'avoir cherché à éveiller la pensée individuelle chez nos lecteurs, autant que chez nous-mêmes, au détriment du confort individuel prôné partout.

 

 

4. Mort d'un commis populaire, à l'orée de l'Apocalypse

Il nous a pourtant semblé ces dernières semaines réaliser que la surdité triomphait, que la musique populaire avait atteint un stade de rigidité post-mortem tel qu'il n'était plus nécessaire de peiner encore à y chercher un remède ou un quelconque espoir.


Lou Reed - Vanishing Act

Après tout, C'est Entendu n'a jamais été conçu autrement que comme un medium (le magazine) lui-même voué à une fin. "Rien n'est éternel" et comme tout bon magazine qui se respecte, C'est Entendu avait été pensé éphémère, sa durée de vie implicitement liée à celle des phénomènes et des sujets qui chaque jour y étaient décortiqués.

Au cours des huit derniers mois, la débandade s'était d'ailleurs faite sentir ailleurs et surtout chez ceux de nos confrères qu'un an auparavant encore, nous considérions comme les meilleurs en activité. Le webzine anglais The Quietus, une référence jusqu'alors en matière d'intellectualisation de la pop, n'est pas le seul à avoir ralenti le rythme de ses articles éditorialistes. The Drone, qui se voulait jusque-là le numéro 1 de l'interview de musiciens ayant quelque chose à dire et dont le contenu éditorial était majoritairement consacré à la musique, semble aujourd'hui tout sauf spécialisé : on y voit paraître des articles sur des phénomènes internet, des commentaires d'actualité, des rubriques tout sauf intellectuelles et surtout on y trouve de moins en moins d'interviews, faute de candidats sans doute...

On a l'impression que les meilleurs magazines musicaux de l'an dernier... s'ennuient depuis janvier. Et C'est Entendu n'est pas en reste ! Ma réaction fut de parler d'autre chose. A tort peut-être, par désœuvrement, par ennui et par envie de trouver ailleurs le contenu, la polémique, l'effervescence qui n'étaient plus là où je les cherchais auparavant. En huit mois, je n'ai plus assisté qu'à un nombre très limité de concerts, toujours plus "sympas", jamais fantastiques ; aucun disque ne m'a fait voir Dieu, pas même un peu et souvent mes attentes enthousiasmées se sont retrouvées déçues. Si peu de musiciens me paraissent encore vraiment croire en la Musique et tant d'auditeurs, de critiques et d'amateurs m'ont confié ressentir un abandon que je comprends tout à fait The Quietus, The Drone et quelques confrères de s'intéresser à autre chose. Même si je ne partage pas leurs nouveaux centres d'intérêts (je ne lis pratiquement plus ni l'un ni l'autre de ces sites qui étaient l'an dernier tout en haut de mes favoris). Je préfère les voir ainsi obliquer que de vainement s'accrocher comme Pitchfork ou surtout Stereogum à faire l'inventaire de l'actualité de la musique pop, sans réel esprit critique d'ensemble, comme une presse mort-vivante, se nourrissant de la matière livide que l'enthousiasme général leur fournit. Car je l'ai dit, de l'enthousiasme, il y en a énormément, et partout. Les Disquaire/Record Store Day fonctionnent (la dernière édition parisienne a marché du tonnerre), la vente de vinyles est bien repartie, les radio-télé-concert-crochets perdurent, les branchés ramollos s'échangent tout un tas de disques indés plus mous les uns que les autres, les branchés intellos écoutent une avant-garde plus ennuyeuse qu'enrichissante, les autres se contentent des mises à jour périodiques de plus en plus épurées de leurs valeurs sures (on attendait tous le Liars amputé qui nous aura fait défaut).

Cet enthousiasme-là est pourtant bien superficiel en cela qu'il est celui des sourds et seulement le leur. Les véritables passionnés désespèrent d'entendre enfin les disques dont ils ont besoin et dont l'art musical lui-même ne peut se passer pour survivre. Une époque si bourgeonnante, présentant une telle explosion de la production indépendante (censée garantir un soulier d'avance sur le supposé mainstream, gage de qualité), une telle ardeur de la masse des auditeurs, voici qui devrait enchanter le passionné et qui plus est le critique. Pourtant, ce qui un temps s'est voulu communauté de blogueurs et zineurs (sic) unie n'existe plus et on en arrive à recevoir des coups de téléphone inopinés de la part de ces boites de promotion que, fut un temps, nous harcelions pour des disques, et à l'autre bout du fil une voix frêle vous demande poliment si vous avez bien reçu un e-mail promotionnel pour un autre de ces innombrables groupes interchangeables, insipides avatars dont l'apparence (pochettes, clips, patronyme) vous renseigne illico sur le contenu, et si vous pourriez, s'il vous plait, écrire un article sur ledit groupe. Le pathétique de tout cela tient à ce qu'en d'autres temps, pour d'autres sons, nous aurions tous été ravis de ces appels-là. Au lieu de s'interroger sur la masse informe de leurs catalogues de prêt-à-clipper jetable, ces labels, ces collectifs, ces promoteurs essaient encore de la vendre par tous les moyens. Et sans doute cela marche un peu ! Mais qui achète ces disques-là, qui est sourd à ce point-là ? Il ne s'agit même pas de "faute de goût". Qu'est-ce que "le goût" ? Qu'est ce qui a du style, aujourd'hui ? Et qu'est-ce qui est embrasé, enivrant ?

Dans ces conditions, peut-être favorisées par l'angoisse bien gomorrhéenne (sourde, elle aussi) d'une proche Apocalypse, je préfère enterrer ce zombie qui erre encore en tous sens et que jadis j'appelais Dieu, avec entre les dents la clé d'argent des bureaux de la Rédaction de ce magazine, sur le torse une peluche à l'effigie de Murray et sur le visage le "rideau !" qu'il faut bien clore. La musique a peut-être fait son temps. Peut-être renaîtra-t-elle à la lumière lorsque l'envie reparaîtra, lorsque la pensée individuelle sera revenue à la mode, poussée par nos interminables odes, qui ailleurs désormais couvriront le glas.

 

Joe Gonzalez

Joe Gonzalez, le 24 juillet 2012 | 41 commentaires

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Dimanche 22 juillet 2012

Vidéodimanche #87

Publié à 9h18 | 5 commentaires

par Joe Gonzalez
art par Jarvis Glasses

 

On a vu vous et moi défiler des centaines de ces clips souvent à gerber d'ennui, parfois fantastiques de justesse, presque toujours révélateurs. Il me semblait dans l'ordre des choses que ce tout dernier numéro de Vidéodimanche, je devais le consacrer à une sorte de définition personnelle du concept et à une apologie de ce que, moi qui depuis des semaines et des semaines m'échine à décortiquer ce qui ne tourne pas rond dans la cliposphère, je considère être un bon clip.

Un clip, c'est une œuvre visuelle avant tout, et comme tout document visuel, il documente pardi ! La cliposphère dans son ensemble est un indicateur, en premier lieu, un miroir sur le monde qu'elle éclaire et met en mouvement, le microcosme de la musique populaire. De ce fait, chaque clip est d'intérêt public et exégétique. Le plus mauvais des courts-métrages "plaqué" sur une chanson, avec ses ralentis imbitables, ses clichés cinématographiques et son petit scénario étrange-et-mignon-et-cool qui va bien, même celui-là participe de la gigantesque fresque qu'est la cliposphère et qui conte à qui souhaite ouvrir yeux et oreilles les us, coutumes, looks, idées, envies et rythmes de la génération qui l'enfante, du plus jeune des publics-types censé avaler ces images et s'y retrouver au plus âgé des vitriers censé imager la réalité dudit public. La cliposphère prise à un temps X est un kaléidoscope symbolisant une époque donnée dont X serait le centre, et de ce point de vue, chaque clip est passionnant.

Évidemment, l'anthropologue et le sociologue du Dimanche que vous êtes peut-être doit comme moi commencer à voir plus clairement se définir les contours de sa génération (ou de celle de ses enfants, je salue au passage nos lecteurs du troisième âge !) et cet aspect scientifique des clips doit désormais vous nifler un brin ! Vient la question de ce qui départage la simple peinture d'une culture du clip de talent. Un clip réussi ne met pas seulement en scène une culture, il met en scène les acteurs-mêmes de la musique. Un clip réussi met en scène les musiciens. Non contents d'être les acteurs principaux d'une simple étude de cas culturel, ils seront par ailleurs mis en situation de représenter leur musique, de se représenter personnellement. Les images, le décor, l'enchainement des images, le look et les actes des musiciens seront en accord avec ce qu'ils représentent ou veulent représenter. L'ambiance qu'ils souhaitent distiller, l'idée qu'ils veulent promouvoir, leur carré de prairie culturel particulier, leur folie à eux, c'est tout ça qui sera transmis par les images autant que par la musique. Un clip vraiment réussi ne se contente pas de vous placer en observateur, il cherche à vous convaincre, à vous vaincre, à faire de vous sa chienne, à vous faire participer, à vous faire croire en une musique, en une personnalité, en un univers artistique tout entier. Un clip entièrement réussi instillera en vous la sensation qu'il souhaite, vous fera associer à tout jamais les notes entendues aux images dévorées des yeux, vous donnera envie d'à votre tour prendre les armes et vaincre les suivants. A vous de voir si la dernière cuvée qui vous est servie recèle ce genre de pépite.

 


Peaking Lights - Beautiful Son
(brillamment abuser d'un enfant)

 


Zola Jesus - Seekir
(croire avec son âme à l'idée folle de l'eurodance pour indie kidz)

 


Bloc Party - Octopus
(fanatiques de Blur en phase adulte)

 


Le1f - Wut
(post-rap dégingandé)

 


SSION - Feelz Good (4-EVR)
(raccourci clavier pour smiley pute)

 


The-Dream - Dope Bitch (feat. Pusha T)
(R&Bling pris au mot)

Joe Gonzalez, le 22 juillet 2012 | 5 commentaires

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Samedi 21 juillet 2012

[Alors quoi] La Fin Du Monde, en forme de samossa

Publié à 11h01 | 3 commentaires

Après l’invasion l’hiver dernier des cerfs, renards et autres figures du bestiaire forestier, les images qu’on nous propose depuis quelques mois semblent rafraîchir une «tendance» née il y a quelques années, et largement diffusée depuis par les industries de la  musique et de la mode. Nul besoin d’être un érudit de graphisme, nous expérimentons tous chaque jour ce face à face souvent navrant avec des images qui semblent formées du même moule - un moule triangulaire. Des clips et pochettes d’albums aux T-shirts imprimés de nos amis hipsters, nous ne pouvons avoir échappé au symbole le plus usé de l’année : voici revenu le règne du Triangle et de son univers interstellaire-mystique. Fort de millénaires de symbolique, il ne pouvait réapparaître à notre époque qu’un peu fatigué,  ou un poil ridicule. Ceux qui crurent y voir un renouveau de la Franc-Maçonnerie seront déçus : le triangle n’est aujourd’hui plus qu’un signe marchand, une promesse de vente. Mais comme tout symbole, même marketing, il se doit d’être analysé comme témoin d’une époque.

Et justement, il y a comme une odeur d’apocalypse qui traîne.

(Image 1) Drew turner /  (Image 2) Chritian Conlh / (Image 3) Leif Podhajsky

Renards dorés et loups bienveillants se font désormais plus rares que les stylisations de voies lactées sur les T shirts de TopShop, et la forêt semble avoir été délaissée pour d’autres paysages moins verdoyants. Comme pour nous rappeler que le confort de la vie de bucheron canadien n’était qu’un leurre, même s’il a réchauffé nos fantasmes tout l’hiver. L’heure est grave, le Triangle et ses dérivés graphiques forment le nouveau All-Seeing Eye qui nous regardera fixement jusqu’au Jugement Dernier. Montagnes, pyramides et gros diamants sont les nouveaux symboles de force et de stabilité d’une époque qui semble redouter une fin proche. Et le Graphiste n’a jamais eu tant de responsabilité dans l’entretien de ces nouvelles mythologies. La peur de la Fin nous fait ressortir des tiroirs tout le symbolisme mondial : mélangeons triangles, mandalas, constellations et œil de la Providence, nous cumulerons ainsi les chances de survie.

Inutile toutefois de chercher flammes de l’enfer et paysages dévastés imprimés sur T-shirts, ces croyances revernies n’ont plus rien en commun avec les textes bibliques ; tant qu’à redouter l’apocalyspe, autant la montrer sous son plus bel éclat. A grand renfort d’imagerie psychédélique, le chaos se donne désormais à voir sous une explosion de fragments kaléidoscopiques aux couleurs acidulées. Et rien de mieux choisi que l’industrie musicale pour propager cette iconographie : les pochettes d’albums n’ont jamais été tant empreintes de messages faussement subliminaux depuis les délires graphiques des 70’s. Le maître en la matière s’appelle Leif Podhajsky et signe l’identité musicale de nombreux groupes, dont Tame Impala. C’est sans grand étonnement qu’on découvre la pochette du dernier-né "Apocalypse Dreams" bariolée de couleurs qui évoquent davantage le dream que la fin du monde. L’univers du génial Leif n’en reste pas moins sublime ; pourvu que ceux qui maîtrisent l’art du graphisme apocalyptique restent les préférés de cette industrie musicale.

 

Leif Podhajsky : (Image 1) visuel ayant servi à l’identité de l'album "Inner Speaker" de Tame Impala / (Image 2), pochette de l'album "Apocalypse Dreams" de Tame Impala

Mais dans ce remous d’images mi-risibles, mi-séduisantes, nous n’arrivons même plus à prendre au sérieux cette Apocalypse prévue pour les fêtes de fin d’année. Même le délire Maya a été récupéré par la mode en une effervescence de motifs néo-amérindiens. Que nous y croyions encore un peu ou non, les prédictions de ces nouveaux graphistes-gourous ont au moins le mérite de nous proposer une nouvelle vision plus acceptable du chaos, reste à savoir combien de temps la tendance va perdurer.

Alors roulons encore de beaux patins à ce Triangle étincelant comme une couverture de survie avant d’assister à sa déchéance.

C. H

Extrait du clip d'I’ll be alright de Passion Pit, fraîchement visible sur Internet, dans lequel un gardien de musée embrasse goulûment une œuvre triangulaire allumeuse.

La Rédaction, le 21 juillet 2012 | 3 commentaires

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